‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 158 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

cipitaient sur les Impériaux démontés, qu'ils faisaient prisonniers ou déca- i5jaîni232. 4 pilaient ^

C'est ainsi que périt le comte Bérard de Mani|pelio, chef du second corps allemand. Anseau de Brie, heureux de se retrouver au milieu d'un grand combat, dominant tout ce qui l'entourait par son haut cheval et sa belle stature, cherchait toujours à porter des coups décisifs. Apercevant de loin le comte Bérard, il court à lui, le prend par son casque, le désarçonne et le jette à terre, en criant : à nxortl Des piétons, revenant en ce moment d'Agridi, d'où ils avaient été repoussés, se précipitèrent sur le comte gêné par son armure , et lui tranchèrent la tête. Dix-sept chevaliers impériaux , qui avaient mis pied à terre pour aider leur chef à remonter à cheval , eurent le même sort^. Le cri d' Anseau de Brie, répété par les sergents d'armes, vola de bouche en bouche dans l'armée du roi , qu'il excita comme l'annonce d'un succès. Les Impériaux en furent troublés. La nouvelle manœuvre des hommes de pied, l'éloignement du premier corps , dont ils n'eurent plus de nouvelles durant l'action , achevèrent de les déconcerter. Quand le maréchal Filangier arriva avec l'arrière-garde, le découragement et le désordre avaient gagné les siens ; il ne put reformer ses compagnies. Après quelques nouveaux efforts , ses troupes cédèrent sur tous les points, et se précipitèrent confusément vers la gorge, pour gagner Cérines, livrant leur camp et les défilés de Saint- Hilarion aux Chypriotes^.

A la suite d'une semblable bataille, où il est souvent question de morts, de blessés et de prisonniers *, on attendrait un chiffre de victimes assez élevé. La chronique d'outre-mer, comme preuve de la gravité de l'affaire, dit que les chevaliers de Fouille , et sous cette désignation elle comprend ici tous les Impériaux , eurent bien soixante des leurs tués et au moins quarante prisonniers^. Précédemment, en d'autres occasions, on avait vu la perte de quatrevingts chevaliers alarmer les chefs chypriotes, et un secours de cent chevaliers sauver le château de Beyrouth®. L'armée royaliste ne perdit, à ce qu'il paraît , qu'un homme de valeur dans le combat d'Agridi , car on ne tient pas compte des piétons. C'était un chevalier d'origine toscane , fixé en Chypre depuis sa jeunesse sans avoir jamais oublié l'accent du pays natal. Dans un de ces moments de confusion assez fréquents au milieu d'ennemis armés à

' Conihi, de Guill. de Tyr, p. /^oi.

^ Amadi » fol. 1 26 ; FI. Bustron , fol. 1 69.

' Amadi, fol. 127.

^ Idem, fol. 137; Fi. Bustron, fol. 161 ^ Condn, de GuiU, de Tyr, p. 4oi.

* Voy. ci-dessus , p. 272, 273.

FaibleMO namériqve

armées en présence.

corps iiuperiaox.

juiD 1232. peu près de la même façon, le Toscan cria, pour se faire reconnailre, le mot de ralliement chypriote, qui était vaillance, en prononçant hallanza. On le prit pour un Lombard impérialiste, et on le massacra ^

Pounuiu! Balian dlbelin put revendiquer une grande part du succès de la journée,

cl destruclioQ

des car son heureuse diversion avait coupé Tannée du maréchal et dérangé tout son plan d'attaque. Si le comte Gautier de Manupello ne se proposait pas de tourner les Chypriotes, et de se jeter sur leurs derrières, son mouvemeDl dans la plaine est inexplicable. Le retard que mit le corps principal des Impériaux à sortir de la gorge lui fit croire peut-être à un stratagème de Tennemi ou à une retraite soudaine du maréchal vers Cérines, et le détermina à pourvoir de son côté à sa sécurité. Il marcha presque sans s'arrêter durant vingt lieues, et vint demander refuge aux Templiers de Gastria, sur la côte du Karpas ^. Il en fut mal accueilli. Les Impériaux , à leur amvée en Chypre, n'avaient rien respecté. Ils avaient arraché des maisons du Temple et de l'Hôpital des femmes et des enfants inoQensifs^. Les chevaliers de Gastria, blessés de ces outrages, fermèrent leurs portes devant le comte Gautier. Jean d'Ibelin le jeune, envoyé à sa poursuite, le trouva logé avec ses chevaliers dans les fossés du château. Il l'attaqua brusquement, l'obligea à se rendre, et l'emmena prisonnier avec les siens à Philippe de Navarre, que le roi avait nommé gouverneur de Nicosie*.

Les Impériaux restés au siégé de Dieu-d' Amour abandonnèrent leur campement en apprenant la déroute du maréchal. Ils formaient un corps assez nombreux, composé entièrement d'honmies à pied. Ils ne pouvaient se retirer à Cérines , dont la route leur était fermée par Ibelin ; ils se répandirent dans la plaine de Nicosie, du côté de Morpho, et se réunirent au village de Blessia, attendant Toccasion d'entrer à Nicosie , où ils espéraient trouver dans les maisons religieuses l'inviolable hospitalité qu'ils avaient ravie aux familles de leurs ennenus ^. Navarre les surprit vers minuit , avec un détachement de cavalerie, et leur fit plus de trois cents prisonniers, qu'il enmiena à Nicosie. Les autres parvinrent à se sauver dans les églises et les couvents. Navarre voulut faire un exemple de trois chefs de soudoyers qui avaient abandonné l'armée chypriote près de Giblet, après le débarquement du mois de février,

^ Âmadi , fol. 1 37 ; Contin, de Guill, deT r, ^ Amadi , fol. 179, et précédemment; FI.

p. 4oi. bustron, fol. 162.

^ Amadi, foi. 129; FI. Bustron, fol. 159, ^ Amadi, fol. 129.

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