‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 161 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XI

cha quelques moments les combattants de Cérines. La reine Alix de Mont- 1232-1233. ferrât, renfermée dans le château avec les troupes impériales, mourut vers aiîx la fin de Tannée 1202 ou le commencement de i2o3. On ignore 1 époque à laquelle la sœur du marquis de Montferrat avait été conduite dans file que l'empereur lui assignait pour royaume. La cérémonie célébrée à Limassol , en 1229, par ordre de Frédéric ^ n'avait été probablement qu'un mariage par procuration. Alix, que les chroniques de l'île appellent avec affectation la reine lombarde ^ , ne parait être venue réellement en Chypre qu'après le retour de Frédéric et de son père Boniface en Italie. On a même douté ' que l'union , bénie par avance à Limassol , ait été jamais effectivement contractée.

En i23o, lors de la première capitulation de Dieu-d'Âmour et de la remise du roi Henri aux Chypriotes, rien ne fut dit, on l'a vu, d'Alix de Montferrat, qui semble encore absente de l'ile. Boniface de Montferrat envoya vraisemblablement sa sœur en Orient dans le court intervalle de paix qui s'écoula entre le traité de Dieu-d'Amour et le siège de Beyrouth. Avant ou après cette époque, la reine eût sans doute abordé à Tyr ou à Cérines, au milieu des Impériaux, en dehors de qui n'existait pour elle, eu Orient, que des étrangers ou des ennemis. Alix put alors être véritablement couronnée reine, conmie l'assure la chronique d'outre-mer*; mais on ne voit pas quelles circonstances l'éloignèrent du palais de son mari, si elle y entra, et la déterminèrent à se retirer au milieu des troupes de l'empereuf .

Le roi Henri, considérant toujours Alix comme son épouse, une suspension d'armes fut conclue pour ses obsèques. Le corps de la princesse, revêtu de ses plus beaux habits et paré de la couronne de reine, fut transporté de Cérines à Nicosie, au ndlieu d'un pieux concours. Les chevaliers chypriotes, marchant à pied, portèrent tout le temps sur l^urs épaules le cercueil royal et le déposèrent dans la cathédrale de Sainte-Sophie, où l'archevêque Eustoi^ prononça les prières de l'inhumation^. Le roi revint ensuite à Cérines et fit reprendre les travaux du siège.

Comme il manquait de navires pour cerner la place du côté de la mer, Longueur les assiégés conmiuniquaient librement avec la ville de Tyr et recevaient, en siëgcdeC^nucs. temps opportun , tout ce qui leur était nécessaire. Le sire de Beyrouth parvint à engager au service du roi treize galères génoises , arrivées depuis peu

' Gi-<lessus» p. 253. ^ Condnualear de Guillaume de Tyr,

' Âmadi, fol. i3o. p. /|o8.

^ iMTedjàuo , ht. de* re Lusignani,p. i)3< ^ Idem, p. ho2; Amadi,fol. i3o.

294 HISTOIRE DE L'IlE DE CHYPRE.

12SS42S3. à Limassol ^ et put alors surveiller le canal de Cilicie. Mais la ruse vint en aide aux Impériaux et retarda encore le progrès des Chypriotes.

Philippe Génard séduisit le chef des arbalétriers et des piétons royalistes, nommé Martin Roussel. Cet homme, en qui le sire de Beyrouth avait toute confiance, était plus particulièrement chargé de protéger les retranchements et de surveiller le château^. Les chevaliers, postés à une petite distance autour de la ville, s'épargnaient les ennuis sans dangers de la garde journalière et ne s'armaient qu'aux jours où on croyait avoir à se battre. Roussel, agissant en toute liberté, grâce au commandement qu'il occupait, prévenait régulièrement les Lombards de tous les projets dlbelin et leur faisait même passer des armes, qu'il achetait pour eux à Nicosie, ou qu'il prenait dans les magasins de l'armée. Deux grands châteaux de bois, destinés à porter les assiégeants sur les remparts, furent attaqués à propos sur son avis, démontés, et les chevaliers qui s'y trouvaient mis à mort. De concert avec un maître des arbalétriers, homme lige du roi, mis dans le secret, il avait fait espérer aux Lombards de les débarrasser d'un seul coup du siège et de toute l'armée d'ibelin. Au moment où les chevaliers chypriotes seraient sans défiance, les Impériaux devaient faire une sortie qu'appuierait tout à coup Martin Roussel avec les fantassins.

Le complot iiit découvert par hasard, à la suite de l'arrestation d'un homme de la garnison , que les Chypriotes trouvèrent dans la campagne et qu'ils mirent à la question pour savoir ce qui se passait dans le château. Martin Roussel était ce jour-là à Nicosie, occupé à reconnaître des armes qu'on devait lui livrer prochainement. Philippe de Navarre, chargé de se mettre à sa recherche, le saisit et arrêta son complice avant que rien n'eût transpiré. Le crime /ut jugé par la haute cour, et les' coupables, punis comme des criminels de la dernière espèce, furent traînés à la queue d'un cheval jusqu'à perte de la vie, puis, pour dernière marque d'infamie, pendus à un gibet. Une batiste lança le corps de Martin Roussel dans le château de Cérines'.

Anseao daBrie Qu répara aussitôt les tours de bois, on reforma les gardes, on construisit

mortellement dc uouveaux ouvrages pour donner l'assaut à la place. Un jour qu'Ansean

de Brie dirigeait les travaux d'approche, les hommes chaînés de rouler un

des châteaux jusqu'au bas du mur d'enceinte furent tout à coup accablés

' Amadi, fol. i3i ; FI. Bustron. foi. 164. * Idem, fol. i3s, i33; Flor. Bnstron.

^ Âmadi, fol. i32. fol. i64; cf. Assises de Jérus. 1 1. p. 487.

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