LIVRE I, CHAPITRE XL
prendre Cérines. L'évéque de Sidon devait assui^r la population de Saint- 1S32-12S3. Jean d'Acre de Toubli du passé et des dispositions toujours bienveillantes de Tempereur. U devait la détourner des voies de la résistance dans laquelle on Tavait engagée, et obtenir, s'il était possible, comme témoignage de déférence, la dissolution de la confrérie de Saint- André.
Frédéric n'était pas éloigné, du reste, de donner quelques satisfactions aux chevaliers de Palestine poar faire accepter les propositions de Tévéque. S'il leur répugnait d'obéir à des bailes étrangers, tels que le maréchal Richard ou ses frères, l'empereur leur ofirait d'investir des fonctions de la lieutenance, jusqu'à la majorité du roi Conrad, un autre chevalier d'outre-mer. Et, usant d'arbitraire, en même temps qu'il voulait se montrer conciliant, il instituait d'avance, comme nouveau baile du royaume, sans consulter les liges et par de simples lettres patentes remises au prélat négociateur, un chevalier de Syrie nommé Philippe de Maugastel, que lui avait désigné le maréchal ^
Maugastel, d'une ancienne famille de croisés, était tout gagné au parti de l'empereur, et tellement lié avec les Filangier, qu'il demeurait habituellement à Tyr, au milieu de la garnison lombarde. Ses détracteurs ajoutent qu'on n'avait pour lui aucune estime, et qu'il était devenu la risée de ses amis, par la manie qu'il avait de farder son visage comme une femme ^ .
Le sire de Sidon et le connétable de Montbélîard étaient encore prêts à céder aux désirs que leur exposa l'évêque de Sidon , en ne leur laissant pas ignorer le prix qu'y attachait l'empereur. Une prudence excessive, que l'on avait accusée quelquefois d'être calculée, les disposait toujours à sacrifier les droits des liges^à la volonté souveraine pour éviter un éclat. Ils convoquèrent un parlement général , auquel assista le patriarche Gérold dans l'église de Sainte-Croix, cathédrale de Saint- Jean d'Acre, résignés d'avance à reconnaître Philippe de Maugastel comme régent du royaume, et à faire prêter en ses mains le nouveau serment de fidélité requis par l'empereur au nom du roi Conrad '. Mais les choses tournèrent bien autrement qu'ils ne l'avaient pensé.
Jean de Césarée, le fils de l'ancien connétable de Chypre, qui avait quitté La popuinion momentanément le siège de Cérines pour aller dans sa terre de Césarée, et ùijmw qui était alors à Saint- Jean d'Acre, se rendit à l'assemblée des feudataires. do
Impcritnx.
* Amadi, fol. i36; Ibclin, Fragm, sur la * Amadi, fol. i36; FI. Bustron, fol. 168.
saccessibiUté et lu rég. Assises, t. II, p. 399. ^ Amadi. fol. i36; FI. BustroD, 168.
Son arrivée déjoua tout ce qu^avaient pu arrêter les agents et les trop complaisants amisderempereur. Le souvenir des paroles que fit entendre le digne neveu du sire de Beyrouth en cette circonstance, pour défendre le droit de la haute cour, a été rappelé par son cousin germain , Tautenr des Assises, qui campait alors, âgé de dix-huit ans, sous les murs de Cérines. «Messire Jean de Césarée, dit Ibelin, se rendit à Sainte-Croix, pendant que le sire de Beyrouth et nous tous, nous étions en Chypre, et c^est lui qui parla au nom des hommes liges. U rappela à l'assemblée que Tempereur Frédéric avait juré d'observer les assises et les usages du royaume de Jérnsaleni, que le connétable et le sire de Sidon, là présents, avaient eux-mêmes prêté le même serment en recevant le pouvoir. Il ajouta que tous les hommes liges, et surtout ceux qui occupaient les grands offices, étaient engagés à faire respecter les lois du royaume, et qu'ainsi personne ne devait souffrir qu'on acquiesçât à ce qui était demandé, au nom de l'empereur, parce que Tempereur voulait défaire, par ses lettres, ce qui avait été fait d'abord par lui dans la haute cour ^ »
On répliqua à ces observations. La discussion s^anima, si bien que Jean de Césarée donna ordre de sonner la cloche de la commune de Saint-André. Les bourgeois affiliés à la confrérie, prévenus dès le matin de ce qui se passerait, accoururent avec des armes; les Génois se joignirent à eux. La foule envahit l'église en proférant des cris de mort. Les chevaliers se séparèrent sans avoir reçu Maugastel ni renouvelé le serment. Au milieu de la mêlée, i'évéque de Sidon et le connétable coururent risque de la vie. L'évêque, se sentant plus particulièrement menacé , fut obligé de se réfugier dans la sacristie, d'où on eut de la peine à le sauver. Il fallut que le sire de Césarée usât d'autorilé pour faire respecter son asile et dégager quelques seigneurs accusés d'élre de connivence avec lui^.
Vaincf démarchei
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révéqve de Sidon
•upris
d'Ibelin.
L'évêque de Sidon ne se rebuta pas. Ibelin étant, peu de temps après, venu à Saint-Jean d'Acre, le prélat alla le trouver et lui remit une lettre flatteuse de Frédéric, qu'il avait tenueen réserve jusque-là. Rien ne paraissait plus facile, disaient l'empereur et l'évêque, que de terminer à la satisfaction conmiune les anciens différends, et de rétablir la bonne intelligence entre l'empereur et ses sujets d'Orient. Tout ce que conseillerait Ibelin serait accepté; luimême et ses enfants, que l'empereur n'avait cessé d'aimer comme de vrais
^ Jean d*lbelin , fragmenta cites , Assises , t. Il, p. 399.
* Âmadi» fol. i36; FI. Ikistron, fol. 168; cf. Assises, t. II , p. 399.