‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 167 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XII

et qui fut repmissé, dans ces deux compétitions ^ par son cousin germain, Hugues d'Antioche , (ils d'Isabelle de Lusignan , petit-fîls comme lui d'Alix de Champagne.

La reine Alix, vers laquelle ces circonstances nous ramènent, s'était, on le sait, éloignée de son fils Henri et de Tile de Chypre, depuis que la haute cour avait refusé de lui rendre la régence. Elle vivait alors dans la retraite, probablement à Saint-Jean d'Acre, où elle possédait un hôtel avec des bains ^, et se trouvait séparée de son second mari, Boémond d'Antioche, pour cause de parenté, depuis Tannée 1228'. Le renoncement que sa sœur Philippine et son beau-frère Érard de Brienne avaient consenti, de guerre lasse, en 1^22 1, à Thibaut de Champagne, ne l'avait point liée. Si Alix n'était pas encore venue réclamer elle-même ses droits au comté de Champagne, comme on est fondé à le croire^, ce n'était point, chez elle, indifférence ou résolution bien arrêtée; elle n'était pas, d'ailleurs, de caractère à s'en tenir à une première détermination , ou à résister à de nouvelles sollicitations. Les barons de France , ligués contre Blanche de Castille, comptaient sur son concours pour se venger de l'assistance que Thibaut IV avait donnée à la régente, comme autrefois les grands vassaux de Champagne avaient essayé de sç servir de sa sœur Philippine contre Blanche de Champagne.

Le duc de Bretagne, Pierre Mauclerc, le plus entreprenant des coalisés, mécontent de n'avoir pu marier sa fille Yolande à Thibaut IV, et se trouvant veuf alors , ne pensait à rien moins qu'à épouser lui-même la reine de Chypre , et à se faire ainsi un titre personnel sur la Champagne^. Le comte de Boulogne, oncle de saint Louis, le comte de Dreux, le comte de la Marche, l'archevêque de Lyon, Robert de la Tour d'Auveigne, cousin du duc de Bourgogne, soutenaient ces projets inquiétants, et, dès 1281, les confédérés se résolurent à faire venir Alix de Champagne, pour donner, par sa présence, plus de force à ses réclamations et d'unité à leurs efforts.

Alix,

reine de Chypre ,

vient

en France.

* Voy. ann. 126A et 1267.

' Paoli, Codice diplom. 1. 1, p. 356.

' Voy. ci-dessus, p. 219-220 et 276.

^ Nous ne trouvons point de preuves de Topinion de Tillemont,. d'après qui la reine Alix de Champagne serait venue déjà en France, avant cette époque, dans les années 1219 et 1227. (Uist de saint Louis, t. II, p. 1 76. Voy. UisL de Chypre, t. II , p. âo>not.)

^ Le 2 1 juillet 1229, le pape , apprenant

que Pierre Mauclerc recherchait en mariage la reine de Chypre , charge Tévéque du Mans et le patriarche de Jérusalem de s'opposer à Tunion des parties, attendu leur parenté. ( liist. de Chypre, t. II , p. 4 1 , ^9. ) Cette circonstance tend à prouver encore qu Alix de Champagne était alors séparée de Boémond d'Antioche, et que la séparation des époux avait été ohteniie par l'Elise, non en 1 238 , mais dëri2 28.

La reine n arriva cependant en France qu'au commenceotent de Tannée 1 233 ^ Ce retard nuisit au succès des entreprises projetées. Les barons, intimidés par lattitude du jeune roi, alors âgé de dix-neuf ans, prêt à se porter au secours de la Champagne, n'osèrent l'attaquer et négocièrent. Thibaut fit à Alix des offres honorables, que le comte de Boulogne la détermina à rejeter, mais qui commencèrent à Fébranler^. Peu après, et à très-courte distance, trois de ses plus influents soutiens vinrent à mourir^. En même temps, le pape Grégoire IX, instruit du départ d'Alix, renouvelait contre elle les menaces et les prohibitions de ses prédécesseurs. Ordre était donné aux prélats de Champagne d'empêcher la reine de poursuivre la r^titution des biens de son père, devant aucune juridiction , avant qu'elle n'eut fait examiner la légitimité de sa naissance, car l'ancien procès intenté, sur ce point capital, par Blandie de Navarre , en 1219, n'était point abandonné ^. Alix était assignée à comparaître personnellement devant la cour de Rome, pour voir juger la cause préjudicielle d'où pouvait dépendre l'issue de ses réclamations et de ses espéranc^es^. En attendant, défense était faite aux vassaux du comté de Champagne de rendre hommage, sous quelque titre que ce fût, à la reine ^. De tous côtés, dans le courant de l'année 1 233 , des difficultés et des déceptions assaillirent Alix.

Sept. 1234.

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En i234f le duc de Bretagne, le seul de ses partisans qui eut pu commencer les hostilités, fut battu par saint Louis et réduit à demander la paix". Le comte de Champagne, délivré de ses ennemis, appelé à recueillir l'opulente succession de son oncle Sanche, roi de Navarre, et toujours assuré de Tamitié du roi de France, se vit tout à coup un des plus riches princes d'Europe. Il n'avait plus rien à craindre pour ses Etats patrimoniaux , il aurait pu , sans danger, refuser un accommodement à Alix. La médiation de saint Louis amena entre eux un règlement équitable et satisfit tous les intérêts , en fermant

* Le 3o scplcmbre laSa, la reine était encore à Saint-Jean d*Acrc (Paoli, Cod. dipiomaU 1. 1, p. 356); et l'on voit qu*èlic ne quitta ia ville de Gènes pour se rendre en France qu'au mois de janvier 1 s33. (B. Scriba , continuateur de Gafiaro ; Murât, t. VI , col. 468. Gf. Hist de Chjrptr, t. II, p. ^o, not. 5o; Tillemont» i/û/. de saint Ijouis, t. II,

* Ghron. de Baudouin d'Avesnes, Uist. de Chypre « t. II , p. 5o ; Bouquet, t. XXT , p. 1 62.

' Aux mois de janvier et de mars i353. ( Tillemont , t. II, p. 332.)

* Lettre de Grégoire IX , du 1 7 avril 1 333. ( HisL de Chypre ^ t. II , p. 4 1 . Voy. p. 4a . et

ci-dessus, p. 3 3 3-3 33.)

^ Lettre du 34 juin 1 333. (Hiit. de Ckyprf, t. II» p. 4 1-43.)

* Gf. Tiliemont , Hist, de saint Lùuiâ, i. II , p. 177 ; D. Galmct, Hisi, de Lorraine , t. II, pr. p. 447.

^ Août 1 334. (Tiliemont, t II, p. 31 4-)

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