‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 168 sur 283 · LIVRE r CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE r CHAPITRE XII

des débats de famille , qui se prolongeaient depuis près de vingt ans. Déjà , dans le conunencemeDt de Tannée tiià^ le roi, pendant son séjour à Beaumont et à Saint-Germain , avait eu plusieurs conférences avec la reine de Chypre ^ Au mois de septembre, et sans aitlendre le retour de Thibaut, qui était allé prendre possession du royaume de Navarre^, on scella, dans une dernière entrevue, les actes définitifs de la transaction'.

La reine déclara faire abandon, dans les mains du roi de France, de tous les droits qu'elle pouvait avoir sur les comtés de Champagne et de Brie, appartenant autrefois à son père, Henri II, comte de Troyes, roi de Jérusalem. Elle promit de ne plus jamais revendiquer le comté, à moins que la descendance de son cousin Thibaut ne vint à faire défaut. Elle reçut, pour sa renonciation, une somme de 4o,ooo livres tournois, payée comptant, et la propriété d'une terre de 2,000 livres de revenu, qui devait être déterminée plus tard sur les domaines du comte, et qu'elle posséderait librement, suivant Tusage des alleux de Champagne, mais sans y élever de forteresse. Son héritier seul, qui fut, par suite d'un arrangement postérieur, son petit-fils, Jean de Brienne, fils de Gautier IV, dont nous venons de parler dernièrement^, devait faire l'hommage de cette terre, comme d'un fief, au comte de Champagne^.

Saint Louis ratifia le traité, et investit de tous les droits que cédait Alix, Archambaud de Bourbon , beau-père de Thibaut, présent à la réunion ^. Dans

^ Comptes des recettes et dépenses du roi , en laSd, ap. D. Bouquet, t. XXI, p. 33g, 233; a3é. 338, ad8. "

* On pense que Thibaut , couronné à Pampelune, le 7 mai i334 (Bouquet, t. XXI, p. 612), ne revint en France qu'en ia35 (Tillemont, t. II , p. 23o).

^ Les lettres de renonciation aux comtés de Champagne et de Brie, que la reine Alix fît rédiger à cette occasion , sous la date de septembre i234, sans indication de lieu, ainsi que les lettres de confirmation de saint Louis, de la même date, ont été publiées d'après le cartulaire de Champagne , par Baluze (Epist. Innœ. III, t. II, p. 848) et par Du Cange (éd. JoinviUe, p. 46) ; puis , par Stiltingus (Acta S. Ludovici, p. 63, col. 3) et par Reinbard ( Hist. de Chypre, 1. 1 , pr. p. 38,

* Voy. p. 3o4. En ia47> Henri, roi de Chypre, abandonne à son neveu Jean de Brienne , fils de sa sœur Marie , les propriétés qu'il avait et les droits qui pourraient ultérieurement lui revenir en Champagne et en Brie. Lettre orig. aux Arch. de l'Empire, J. 433. 5 , publiée dans Labbc {AUiance ckron. p. 656 ) , dans La Fitau ( Hist. de J. de Brienne, p. 499) et Reinbard (Hist. de Chypre, t. II, p. 111). La branche d'Antioche, issue d'Alix de Champagne , adhéra aux accords de 1334 et 1 347 par un acte de 1367, que nous avons donné dans nos preuves, Hist de Chypre, t. II , p. 69.

^ Actes cités. (Cf. Baudouin d'Avesnes.

Hist. de Chypre, i. II , p. 5o ; Bouquet , t. XXI , p. 162; Albéric des Trois -Fontaines, ibid, p. 613.)

* Lettres citées de septembre i334.

le même mois, Thibaut, toujours en Navarre, envoya sa ratification , et autorisa le roi de France» son suzerain, à choisir dans ses terres le domaine promis à la reine de Chypre ^ Ce fut une partie des bois de Vassy et de Mantes^. Thibaut demanda, en même temps, au duc de Bourgogne et à plusieurs autres seigneurs et prélats du voisinage, de sanctionner, par leur charte publique, le pacte qu il venait de conclure^.

Alix, sans se préoccuper davantage des accusations dirigées contre sa posi tion d'enfant lé|[itime, qui tombèrent d'elles-mêmes, à la suite de sa paix avec Thibaut, satisfaite, en outre, du dédommagement qu'elle avait obtenu par son voyage en France , retourna en Syrie dans le courant de Tannée 1 235 *, et s'y remaria pour la troisième fois, quelques années après.

Eflbru Depuis l'insuccès des démarches de l'évêque de Sidon, l'administration

Grégoire IX du royaumc de Jérusalem était restée de fait aux mains du sire de Beyrouth

pour

niever l'auiorii^ et dc la communc d'Acre. Les chevaliers avaient interrompu tous rapports

lie l'empereur ^ ^ ^ m. x m.

en Syrie. avcc Ics chefs impériaux renfermés à Tyr; mais, se bornant à demander le rétablissement des formes normales du gouvernement, ils ne voulaient por ter aucune atteinte aux droits souverains du roi Conrad, et laissaient au connétable Eudes de Montbéliard, avec le rôle secondaire que les événements lui avaient fait, son titre de baile impérial, pour le royaume de Jérusalem^. Récenmient, à la mort du sire de Sidon, la haute cour d'Acre avait conféré expressément ce titre à Montbéliard, sur le refus successif de Jean de Césarée et de Jean d'Ibelin de Jafla ®.

Grégoire K, entraîné dans les contradictions par la violence de son caractère, soutenait alors les intérêts de l'empereur, qui pouvait le ramener dans la ville de Rome , révoltée de nouveau depuis le départ de Jean de Brienne. 11 aurait voulu rétablir entièrement l'autorité de Frédéric en Syrie. Il reprochait au sire de Beyrouth d'avoir soulevé le pays contre le chef I«^i-

' HisL de Chypre, t. II , p. 09 et 60.

^ Lettres d'Alix, du mois d'avril i235. (RisL de Chypre, t. II, p. /i 2.)

^ Voy. Hist. de Chypre, t. II, p. 42-, Tiliemont, t. II, p. 23 j. 232. Il semble que les pièces principales de cet accord , oii Thibaut ne reçoit le titre de roi de Navarre que dans une dernière phrase , aient été préparées , sur les bases acceptées par Thibaut et garanties à la reine de Chypre par saint Louis , avant le

départ du comte de Champagne pour Pampelune.

^ Hist. de Chypre, t. II, p. éo, not.

^ Des actes de ia33 et i234 qualifient ainsi Eudes de MonU>éliard : « Conestabuias «regni Jherosolimitani et bajulus ejusdem R regni pro domino imperatore. > ( Paoli . Cod. diplom, t. I, p. 126.)

* Ibelin le rappelle lui-même. (Assises, t. II. p. 4 00.)

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