LIVRE I, CHAPITRE XII
tJrae; il le pressa, par une bulle restée sans effet ^ de rentrer au plus tôt 1234. dans les bonnes grâces de l'empereur, insistant pour être lui-même le médiateur de ce rapprochement.
Durant la conférence tenue à Spolète, au mois d'août, à laquelle assistèrent les trois patriarches latins de Constantinople, de Jérusalem et d'Antioche, Grégoire IX chargea l'archevêque de Ravenne, Thierry, investi k cette occasion des fonctions de légat apostolique, de se rendre outre-mer, pour faire accepter par la commune d^Acre un traité de paix et d'oubli, éta bli sur les bases que le patriarche d'An tioche avait préparées de concert avec Herman de Saltza, grand maître teutonique, et que le Saint-Siège approuvait de son côté^. Frédéric écrivit en même temps aux chevaliers et aux bourgeois de Syrie. Il leur représenta, en termes accommodants, la nécessité de calmer l'agitation du royaume, et leur annonça qu'il déléguait aussi à l'archevêque de Ravenne les pleins pouvoirs d'envoyé impérial, aGn qu'il pût s'entendre entièrement avec eux, et ratifier ce dont le patriarche d'Antioche serait convenu en son nom*.
Les barons de Syrie auraient adhéré à un honorable arrangement. La fin )'235. des trêves faites avec les princes arabes qui s'approchait leur donnait peut- Mission être quelque inquiétude, et d'ailleurs, ils n'avaient jamais repoussé la souve* <io
raineté de Conrad. Mais ils ne voulaient pas retomber sans conditions sous Je bon plaisir du maréchal. Le sire de Beyrouth engageait les chevaliers à ne pas se contenter trop facilement des offres de l'empereur. Il croyait qu'on n'obtiendrait des garanties sérieuses de Frédéric qu'après avoir obligé ses dernières troupes à quitter la Syrie par la prise de Tyr. C'était la politique la plus hardie et en même temps la plus sûre, puisque l'empereur cherchait évidemment à regagner dans les négociations ce qu'il avait perdu par la guerre, La population d'Acre approuvait Ibelin , et le siège de Tyr paraissait alors si probable , que Grégoire IX multiplia ses ordres et ses exhortations pour empêcher une pareille attaque , qui rendrait impossibles tous ses essais de conciliation *.
* Du 7 août 1234. (Hist. de Chypre, L II, toriœ Ravenn. 1. VI, p. 407. Voy. ci-dessus,
p. 69; t. III, p. 64o.) p. 278.)
^ LettredeGrégoirelX.datéede Riéti,du ' Lettre de Frédéric, Riéti, août i33i.
8 août 1234 > adressée aux prélats et aux ba- (Hist. diplom, Frider. t. IV, p. 48o.) rons de Terre sainte. ( Rinaldi, AnnaL 1 234 . * Lettre à Ibelin , du 28 juillet 1 235 ; Ri*
S 32 ; Huillard-BréboHes, Histor, diplomat. naldi , 1 235 , S 42 ; Reinhard, t. I , pr. p. 37 ;
Prid. t. IV, p. 48 1, 483; Jérôme Rossi, llis- Hisl. de Chypre, t. III, p. 64 o, not. 1. Lettre
navanos.
L'archevêque de Ravenne aborda sur ces entrefaites en Syrie. Plus désireux encore que Grégoire IX de complaire à Frédéric, le prélat ne trouva rien de mieux, dès son arrivée à Saint- Jean d'Acre, que d'ordonner, pour le moment, la reconnaissance pure et simple du gouvernement de Frédéric et de Conrad, et le retour immédiat de Richard Filangier, coname lieutenant impérial, sans dire un mot ni des assises, ni de la haute cour, ni de la conmiune^ Les habitants de la ville refusèrent d'accepter un pareil arrangement, qui , sous une apparence provisoire, rétablissait de fait, et peut-être pour toujours, le pouvoir décrié du maréchal. Frappés d'exconununication par l'archevêque^, ils se réunirent en conseil, maintinrent leurs résolutions, et envoyèrent deux chevaliers, Philippe de Troyes et Henri de Nazareth, porter leurs plaintes au pape'. Grégoire IX, pour sortir de di£Bculté, leva Tinterdit « lancé sur la ville d'Acre , et engagea Frédéric à envoyer un mandataire auprès de lui, afin de s'entendre avec les gens de Syrie*.
1336. La présence du grand maître teutonique et l'insistance de quelques prélats
Les Orienuux influeucèreut les envoyés d'Acre. Ds acceptèrent un traité , qui , sauf quelques le traité arrêté réserves protcctriccs , fut trouvé , dans son ensemble , blessant et préjudiciable
par
leurs envoyés aux droits dcs habitauts du royaume de Jérusalem^. En maintenant la cour de Rome, royauté dc Conrad au-dessus de toute discussion , ce que ni les boui^eob d'Acre, ni Jean d'Ibelin ne contestaient, on stipulait bien le maintien des anciennes assises du royaume ; mais on ne prenait aucune précaution pour prévenir le retour des actes illégaux dont le pays s'était plaint On remettait toutes choses dans l'état où elles étaient avant que les chevaliers et les bourgeois, soulevés par l'illégdité de la nomination et des procédés du maréchal, n'eussent conquis leur indépendance en fondant la conuuune, à la suite de la
au grand maître de THôpitai, du 28 juillet 1235; Paoli, Cod. t. I, p. 271; Huillard- BréhoUes, Hut diplom, Frid, t. IV, p. 737.
* Lettre de Grégoire IX à Frédéric, du 22 septembre i235; Rinaldi, i235, S 43> à à i Huiilard^réhoHcs , t. IV» p. 773 ; Amadi, ann. 1 235, fol. lài.
^ Lettre citée de Grégoire IX à Frédéric, du 22 septembre 1235.
' Gette première ambassade , mentionnée par le continuateur de Guillaume de Tyr (p. 4o6, année 1 233) , dut arriver en Italie au milieu de Tannée 1 235. Grégoire IX en
parle à Tempereur dans sa lettre du 29 septembre 1235. (Huillard-BréhoUes, t. IV, p. 774. Cf, Sanudo,p. 2i4.)
* C*est Tobjet de la lettre du s 2 septembre
^ Voy. le Contin. de GuilL de Tyr, p. io6 . et Sanudo , p. 2 1 5. On n*a pas le texte de ce traité, que Grégoire IX annonce avoir été conclu dans sa lettre à Frédéric , du s 1 février 1236 (Huillard-firéholles, t. IV, p. 808); mais ses conditions essenti^es sont énnmérées dans la lettre pontificale du 29 septembre 1235.