‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 17 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

mourut, laissant un fils digne du trône et capable peut-être de résister à nso. Saladin, qu'il battit deux fois, si la lèpre ne Teàt enlevé à Fàge de vingtcinq ans. Le royaume de Jérusalem, après un court moment de force et de sécurité, voyait arriver le temps de sa décadence. Accru et protégé dans son intégrité par ses quatre premiers rois, énergiquement défendu encore par leurs trois successeurs, il déclina rapidement depuis la maladie de Baudouin rV, et les troubles du règne de Baudouin V, son neveu , mort à Tâge de sept ans.

Ce jeune enfant était fils de Sibylle, Tainée des filles d'Amaury I^, veuve Eut du royaume

f sous

alors de Guillaume de Montferrat dit Longne-Epée, mort en Palestine. Dans Baudooio iv.

les dernières années de sa vie, le roi Baudouin IV, malade et sans enfants,

craignant les entreprises du prince d'Antioche et du comte de Tripoli ^ avait

engagé sa sœur à se remarier. Au lieu d'associer à sa fortune un des grands

barons du royaume , dont le pouvoir ou les talents pussent balancer Tinfluence

qu'on redoutait, et défendre la couronne de son fils. Sibylle préféra donner

sa main à un simple dievalier poitevin alors en Palestine, nommé Guy de

Lusignan, frère du connétable de Jérusalem. Guy, Tun des fik cadets de

Hugues le Brun , sire de Lusignan en Poitou , ne possédait ni seigneuries ni

dignités en Syrie; il n'avait pas l'intention de se fixer en Orient^, où il était

encore considéré comme étranger^. Ses qualités, d'ailleurs, ne l'avaient point

fait distinguer: la droiture de son caractère passait pour de la simplicité^; uso.

mais ses manières et sa belle figure avaient plu au roi et à sa sœur^ L'aflec- Giiyd«Lu»igo>ii

tion de la princesse l'entraîna même, dit un contemporain^, à une faute que i* «««r do

le mariage seul pouvait réparer. Sibylle épousa Guy de Lusignan en 1 180'',

et lui donna pour son patrimoine particulier le comté de Jaffa et d'Ascalon ,

qu'elle avait eu en dot.

Ce mariage mécontenta la noblesse et finit par dépilaire au roi lui-même, qui s'était trop hâté de le conclure. La famille de Guy de Lusignan ne put s'expliquer sa fortune. Un de ses frères aines, Geoffroy, alors en Poitou, venu depuis en Palestine, où nous l'avons déjà vu, s'écria, dit-on, ironiquement

> Guill. deTyr, lib. XXII, cap. i , p. 1062. ' Guiil. de Tyr, p. 106 a ; Benoit de Pé-

' Vinisauf, p. a8i. terb. t. II, p. 443; Hist de Chypre, t. Il,

' Guill. de Neubrige , 1. 1 , p. 3o6 ; Sicardi , p. s 3 - 23 , note.

Chron, ap. Murât. StripL Ital t. VII , ool. 6o3. ' Benoît de Péterb. t. II , p. 443.

* «Simplei «rat et minus astutus. » (Vini- ^ Guill. de Tyr, p. io63 ; flist. de Chypre,

' sauf, p. 393 ; Hist. de Chypre, t II, p. a3.) t. II, p. 33.

roi.

1186. en rapprenant: « Si mon frère Guy est devenu roi, certainement il deviendra Dieu^ » On ne voulut pas permettre que le mari de la reine fut tuteur du jeune héritier, ni régent du royaume, pendant la maladie du roi Baudouin. De l'assentiment des barons réunis en haute cour, la tutelle du prince fut confiée à Jocelin, autrefois comte d'Edesse; et Raymond, comte de Tripoli, dont les Arabes reconnaissaient eux-mêmes Thabileté^, dut se charger de la régence du royaume.

Il Ml rreoDDn La mort de Baudouin V arrivée sur ces entrefaites (1186), en éteignant ii« j^niuiem. la race masculine des rois de Jérusalem, donna de nouveau du crédit et des amis à sa mère. Se trouvant Tainée des deux seules héritières survivantes du roi Amaury I*', Sibylle était légalement appelée au trône, suivant la loi des Assises de Jérusalem, qui régissait le royaume. Excités cependant par le comte de Tripoli, les barons de la haute cour retirés à Naplouse, dans les montagnes de la Samarie, refusaient de reconnaître Guy de Lusignan'. Ils auraient voulu donner la couronne à Isabelle, sœur cadette de Sibylle, et faire sacrer en même temps cette princesse et son mari Humfroy , fils et petitfils de gentilshommes de Touraine établis en Syrie, élevés à la connétablie du royaume sous les rois précédents, et connus sous le nom patronymique de Humfroy de Toron ^, à cause d'un château bâti par les Français dans les environs de Tyr, dont ils étaient seigneurs. Dès Tâge de huit ans, Isabelle avait été fiancée au sire de Toron, très-jeune lui-même; elle Tépousa en 11 83, dès qu'elle eut atteint sa douzième année ^ Mais Humfiroy inspirait moins de confiance encore à l'armée que Guy de Lusignan lui-même : « Il était «doux conune une femme, disent les anciennes chroniques, calme dans « ses paroles et lent dans toutes ses actions^. » Le cadi de Jérusalem, qui le vit en 1 192 , rapporte que c'était un jeune homme de la plus grande beauté, • à cela près, ajoute- t-il, qu'il avait la barbe rasée, suivant la mode des

^ François Pipino , De acqaisitione Terrm dans les rues de Jérusalem une chanson dont

sanctœ, ap. Murât, t. VII, col. 783*, HUt, dé le refrain était :

Chypre, t. II , p. aS. Maugré le Polciii ,

' M. Reinaud, Chron. arabes, p. i8d. Anroos nous roi Poiterin.

^ Suivant un continuateur de Guillaume (RanMignemMi traatmis

de Tyr dont le ms. est conservé à la biWio- P" ^' ^•n,)

thèque de la ville de Lyon, les partisans de * Toron, en vieux français, veut dire émi-

Guy de Lusignan témoignaient leur opposi- nence, colline, et, par extension, châtecui.

tion aux gens d'outre-mer, généralement fa- ^ Guill. de Tyr, p. 1068, 1 lad*

vorables à Humfroy de Toron, comme plus ' Vinisauf, p. 391; Conân, de Gaill. de

tard à Conrad de Montferrat, en chantant ^'^^ P* ^^^-

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