‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 18 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE f · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE f

Francs^. » Effrayé des propositions qu'on lui fit, inquiet du rôle qu'il lui hb?. faudrait soutenir, Humfroy s'enfuit à Jérusalem, se jeta aux pieds de sa belle-sœur, lui fit hommage comme à sa reine; et déclara que c'était malgré lui qu'on voulait l'élever à la royauté^.

Sibylle profite aussitôt des circonstances. Secondée par Tordre du Temple, (jiont elle s'était assuré l'appui, elle fait couronner son mari roi de Jérusalem, et parvient peu à peu à calmer les grands vassaux, qui reconnurent la nécessité de s'unir pour faire face aux nouveaux dangers du royaume.

Saladin, proclamé sultan dans les mosquées de l'Egypte et delà Mésopo- conqu^ict tamie, avait annoncé la guerre sainte et appelé à son aide tous les pays mu- sabdio. sulmans. Il avait rassemblé de nombreuses troupes, et s'était jeté au centre ^^^^^ du royaume de Jérusalem, menaçant à la fois sa capitale et Saint-Jean d'Acre, de jJliMiem. son port le plus considérable. Les désastres se succédèrent dès lors sans interruption en Palestine. Le 3 avril 1187, l'armée fut détruite à Hittin, sur les bords du lac de Tibériade; le bois de la vraie croix, qu'on avait porté au combat pour exciter le courage des soldats, tomba au pouvoir des Arabes; le roi Guy de Lusignan, fait prisonnier dans la même journée, avec son frère Amaury, connétable du royaume, ne recouvra la liberté, l'année suivante, qu'en échange de la ville d'Ascalon, dont la possession établit Saladin maître de la route directe entre Damas et le Caire. Saint-Jean d'Acre avait été forcé le 8 avril, cinq jours après la prise du roi; Tibériade, Jafla, Sidon, Beyrouth, Botron, Naplouse, enlevées et saccagées peu après; Jérusalem enfin, obligée de capituler le 2 octobre. Arrêté deux fois devant Tyr, par la défense de Conrad, marquis de Montferrat, frère de Guillaume Longue- Epée, Saladin poursuivit ailleurs ses conquêtes; il occupa ou détruisit dans le sud tous les postes qui gênaient ses communications avec l'Egypte; au nord, il soumit Tortose, Valénie, Giblet, Laodicée; en tout, plus de trente villes ou forteresses.

A la fin de l'année 1188 il ne restait plus aux chrétiens que trois places de quelque importance dans toute la Syrie: Tyr, défendu toujours par le marquis Conrad, Antioche et Tripoli, que tenaient le prince Boémond et Raymond, son fils. Saladin, après avoir dévasté tout le pays autour de ces villes, avait réuni ses forces, comptant s'en emparer avant l'arrivée des secours que les Francs ne pouvaient tarder à recevoir d'Occident.

* Boha-Eddin. (Voy. M. Reinaud, p. 3a8.) — ' Conùn. de GuilL de Tyr, p. iSa.

Nouvelle croitade.

La perte de Jérusalem avait consterné la chrétienté; l'œuvre de Godefroy de Bouillon semblait anéantie. A la voix des légats apostoliques et de Tarchevéque de Tyr, Thistorien d'outre-mer, venu lui-même en Europe, il y eut un mouvement général qui rappela les temps de Pierre THeimite et de saint Bernard. De toutes parts les fidèles s'armèrent et apportèrent leurs offrandes à la croisade d'où dépendait la nouvelle délivrance du saint tombeau. On établit une contribution spéciale pour combattre Saladin , dont le nom s'était répandu en Europe comme celui des conquérants qui l'avaient autrefois ravagée. Guillaume de Tyr remit de sa main la croix de pèlerin aux rois de France et d'Angleterre; il passa ensuite en Allemagne et souleva les populations de ces contrées, restées jusque-là presque étrangères à la guerre sacrée. Les seigneurs et les paysans le plus tôt préparés, sans attendre le départ de l'empereur, allèrent s'embarquer sur tes bords de la mer du Nord ; il en partit depuis la Baltique jusqu'à la mer d'Angleterre. Montés sur leurs navires à rames et à voile, les nouveaux croisés longèrent les côtes de l'Océan, franchirent le détroit de Maroc, et se dirigèrent, pleins de confiance, vers la Palestine ^

Le roi Gov CDtreprena

«Icge d'Acre.

Pendant ce temps Guy de Lusignan, relevé par l'Église du serment que Saladin lui avait imposé de ne plus porter les armes contre l'islamisme, avait formé le dessein de reprendre Saint-Jean d'Acre. C'était, en effet, la place dont il importait le plus de s'emparer avant de songer à une expédition contre Jérusalem. Jaffa n'offrait pas un refuge assez certain à une armée avancée dans l'intérieur des terres; Tyr et les villes du nord étaient trop éloignées de la Judée. Ptolémaïs, au contraire, l'un des meilleurs ports de la côte de Syrie, à deux journées de Jaffa, était la ville la plus forte qu'eussent perdue les chrétiens, et, à l'époque où ils l'occupaient, l'entrepôt le plus considérable du commerce de l'Europe avec l'Orient. « On y voyait de l'or, « dit un Arabe contemporain, de l'argent, de l'écariate, des étoffes de Venise, « du sucre e* [i'autres objets de prix. C'était le rendez-vous des marchands « de la Grèce et de tous les pays des Francs^. » Placé au nord d'une immense rade dont le Carmel forme au sud l'extrémité, Saint-Jean d'Acre peut être

' Vinisauf, p. 268-269; Gontin, de Gmll de Tyr, p. 128; Godefroy de Saint-Pantaiéon , Chrome, ap. Stnive , Script, Germ. t. I , p. 3ii8 et suiv. Ansbert, Hist. de exp. Fride-

rici imper, publié par Dobrowski, Prague, in-8^ 1827, p. 16 et suiv.

^ M. Reinaud, Ckron. arabes, p. 201; Vinisauf, p. 262.

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