LIVRE I, CHAPITRE Xll
venir des royaumes latins d'Orient, et réduit peut-étre la Syrie, comme Tile i236. de Chypre, à n'être qu'un simple fief de l'empire d'Allemagne. On pouvait alors envisager avec confiance les difficultés qui restaient à surmonter, pour assurer la propre existence des pays d'outre-mer, pour maintenir en Syrie, avec ou sans la souveraineté du roi Conrad, le gouvernement régulier, reposant sur le concours de la royauté et de l'aristocratie, tel que les assises l'avaient fondé, tel que les seigneurs de Palestine l'avaient conservé depuis le temps de Godefroy, jusqu'aux nouveautés introduites par l'arbitraire de Frédéric.
Balian d'Ibelin, entouré du respect qui s'attachait à la mémoire de son 1237. père, investi dès sa mort des fonctions de connétable de Chypre^, servit, Heaw«.e
n^gocittioD
comme lui, la cause de l'indépendance des deux royaumes. Ce qui importait de
Groffroy le Tort
le plus dans le moment, c'était de faire agréer par la cour de Rome les mo- ^ ^«°p^ tifs qui s'opposaient à l'exécution du traité conclu, sous ses auspices, par l'archevêque de Ravenne et le grand maître des Allemands. Le roi de Chypre confia cette mission délicate à Geoffroy le Tort, un des chevaliers de Syrie qui étaient allés des premiers au secours de Jean d'Ibelin à Beyrouth, et que le roi Henri s'était depuis féodalement attaché c^mme honmie lige de sa couronne.
Geoffroy le Tort, devenu plus tard chambellan du royaume et connu avantageusement dans l'histoire de la jurisprudence d'outre-mer^, partit de Chypre au commencement de l'année 1237. Il se rendit à Viterbe* où résidait la cour romaine, et trouva les esprits dans les meilleures dispositions. Grégoire IX ne tenait plus à ménager l'empereur, qui, sans être satisfait de la déchéance de son fils Henri, sans écouter les instances du Saint-Siège, s'acharnait contre les Guelfes de la Lombardie, et abandonnait la ville de Jérusalem aux insultes des païens. Tout ce qui avait été précédemment ordonné aux Orientaux fut oublié ou révoqué. Le pape , alors plus que nonagénaire, déclara même que le premier traité de l'archevêque de Ravenne lui avait paru exorbitant, mais qu'il n'avait pu refuser de le sanctionner, quand les envoyés d'outre-mer avaient assuré devant lui qu'ils étaient autorisés à en accepter la teneur. Les difficultés qu'avaient pu craindre les barons chypriotes tombaient ainsi d'elles-mêmes.
^ Au moins dès le mois de mars ia36, ' Assisei de Jérusalem, t. I,p. 435.
date du privilège d'Henri V aux Marseillais. ^ Contin, de GuUL de Tjr, 4o6 , 407 ; Ri-
( Méry, Uisu de la mun. de Mars. t. J , p. 4 30.) naidi , t. XXI , p. 1 46 , 1 64 .
1237. Sans rien prescrire de contraire au droit héréditaire de Conrad , Grégoire IX
autorisa expressément les Orientaux à résister à l'empereur et à ses agenU, s'ils voulaient user de violence à leur égard. Il s'en expliqua ouvertement aux grands maîtres et aux communes, particulièrement aux Génois. 11 engagea les uns et les autres à s'unir au roi de Chypre et aux seigneurs de Jérusalem, pour se défendre en conmiun, et conserver la ferme position qu^ils avaient prise ^. Geoffroy le Tort revint en Orient avec un succès complet.
Conrad Le royaume de Chypre consacrait ainsi de nouveau son afiranchissement,
Mt tODJovn
coiuidëni et la conmiune d'Acre son existence. Le pape, pressentant ce qui devait iné-
eommo
roideJ^Miem. vîtablemeut arriver, avait manifesté son désir de voiries deux royaumes de Chypre et de Jérusalem s'unir sous le même sceptre, conmie ils étaient déjà liés par l'intérêt et les lois^. Toutefois, par aucun de ses actes, dans aucun de ses écrits , il n'infirma la royauté du fils de Frédéric. Conrad , petit-fils d'Isabelle et d'Amaury I*', héritier direct de Godefroy , fut, comme par le passent pour tous les partis, le seigneur incontesté et le vrai roi de Jérusalem. Il oe résidait pas en Orient, Quoique la constitution l'exigeât; son autorité était à peu près nulle dans le pays ; les ordres de l'empereur, son père et son tuteur, ne pouvaient guère s'exécuter en dehors de la ville de Tyr, où était la garnison lombarde, et du château de Jérusalem, où se tenait un baile impérial '. Mais, d'un consentement tacite, les débats sur ces questions semblaient ajournés. On se contentait, pour le moment, des garanties que l'on conservait de part et d'autre, et l'on se préparait à tirer le meilleur parti possible de la nouvelle croisade qui se prêchait en Europe.
1237-1239. Le roi Henri, veuf depuis la mort d'Alix de Monlferrat, restée si peu de
F.ii.diycrs. tcmps auprcs de lui, épousa, vers 1237, Stéphanie, sœur du roi d'ArménîeS
dcsProTeaçau Haîtôu 1*'. Chypre trouvait avantage à entretenir ainsi ses relations avec
en
Orient. un pays voisin, peuplé d'habitants chrétiens, industrieux, fortement établis dans le Taurus, où ils pouvaient protéger l'ile contre les invasions des peuples de la haute Asie.
La petite Arménie, obligée de veiller constamment à sa défense vis-à-vis
' Conùn.deGuilLdeTjrr,^.ko'j\Shïiudo, ' ' Conlin. de GailL de Tyr, p. 431, Ssg.
p, ai5. 555.
' « Que il volûit que li dui roiaume fassent * Idem, p. 4 08; Sanudo, p. si 5. Voy.
«une meisme chose.» (Contia. de GuilL de HUt de Chypre, t. II, p. 61. note. GeUe
Tyr, p. 407.) cUt duo régna idem sapèrent princesse est nommée aussi Étiennelle et
« et mutuo se foverent. » (Sanudo , p. 9 1 5. ) Émdine.