LIVRE I. CHAPITRE XII
des sultans dlconium et des khans Mongols, maîtres déjà du Diarbékir, avait alors, par son union politique, son organisation militaire et sa force géogra* phique, plus de vitalité que les principautés latines de Syrie. Les ports de Lajazzo et de Gorhigos, en communication avec les roules intérieures, où les caravanes conduisaient les produits des Indes et de la Chine, offraient des marchés commodes aux navigateurs européens, qui s^habituaient à les fréquenter. Les Italiens n*étaient pas les seuls intermédiaires de ce commerce. Les habitants du midi de la France y participaient également par les villes de Marseille et de Narbonne, et par celle de Mon^>el1ier, dont la ville de Lattes, à Tembouchure du Lez , était le port naturel ^. Depuis 1 2 25 , les bouif;eois de Montpellier jouissaient, en Chypre, de faveurs analc^es à celles que les Marseillais avaient obtenues d'Amaury de Lusignan^. En i236, un diplôme du roi Henri P% délivré à Nicosie, au consul marseillais de Saint-Jean d'Acre, et commun aux gens de Marseille, de Montpellier et « autres terres provençales, > expression qui s'étendait aux habitants de tout le comté de Toulouse^, assura la facilité de leurs transactions en Chypre, et ré^a, par des tarifs modérés, leurs expoi^ations entre TEurope et les contrées d'outre-mer. D.ws le nombre des pays d'Orient où le commerce français pénétrait dès lors, le privilège royal men lionne exceptionnellement les Etats du sultan d'Iconium^. Resserrés par les empires de Nicée et de Trébizonde, d'un côté, les possessions mongoles et le royaume d'Arménie de l'autre, les sultans de Konieh conservaient encoi^ tout le sud de l'Asie Mineure, depuis le Méandre jusqu'à la Cappadoce. Les empereurs français de Constantinople n'occupaient plus rien de ce magnifique continent, que les points fortifiés de la Propontide. Les limites de leur empire s'arrêtaient aux murs mêmes de la capitale, qu'ils avaient peine à défendre contre les Grecs et les Bulgares.
Grégoire IX aurait voulu envoyer à Baudouin H, gendre et successeur de Jean de Brienne, la croisade dont Thibaut IV, comte de Champagne, s'était fait le chef, comme pour acquitter la dette de piété des rois de Navarre, ses pré-
' Dom Vaisaète , HÛL de Long. iiv. XXVI . ch. xcix , t. III , p. 53 1 , nouv. édit. t. VI , p. 169; Mém, de la Soc. archéol. de Montpellier; le Petit Thalamus , in-^*, 1 836 , p. xxii , 1 1 5 ; M. Port , Eesai sur t histoire da commerce maritime de Narbontie, p. 1 14* Paris, i854.
* Gariei , Séries prtesidam Magalon. et MottspeL Toulouse, 1 665 , p. 33 A ; dom Vais-
sëte, t. III , p. 53 1 ; cf. Hist. de Chypre, t II , p. 28.
' BilL de VÉc. des chartes, 2* série, 1. 1, p. 3o6.
* Diplôme donné à Nicosie, au mois de mars is36 , publié par M. Méry, Hist. de la mun, de Marseille, t I, p. 419; voy. Ruflî, Hist de Mars. 1. 1 , p. 96.
Groisada do Thibaut
da Champagne.
1239.12'iO. décesseurs, envers la Terre sainte ^ Mais l'empereur Frédéric, flatté, croit-on , par quelques Grecs, de l'espoir de réunir la couronne de Constantinopie à celle de Jérusalem , entrava le départ des Français. H leur refusa le passage par l'Allemagne , tant qu'il crut les secours destinés à fortifier Baudouin ; il l'offrit avec insistance quand il vit les chevaliers résolus à se rendre en Syrie. Il exécutait ainsi, autant qu'il était en son pouvoir, le traité conclu avec Malec-Kamel dix années auparavant, et cherchait à préserver les Etats du sultan de l'invasion des princes chrétiens^. Aux derniers moments, il tenta encore de faire ajourner le passage, en proposant de s'y joindre lui-même et d'en prendre la direction , si on voulait l'attendre. Ses promesses étaient peu sincères, et, dans tous les cas, trop tardives. Au mois d'août isSg, le corps principal des barons français alla s'embarquer dans les ports d'Aignes-Mortes et de Marseille, pour Saint Jean d'Acre, tandis que d'autres volontaires se rendaient à Gonstantinople.
La nouvelle expédition , dans laquelle on compta quinze cents chevaliers et un grand nombre de sergents d'armes, fut aussi peu efficace que tant d^autres croisades, mal préparées, manquant d'un but précis, et conduites, presque toujours, en dehors des chevaliers du pays , seuls capables de bien connaître ce qu'il y avait de praticable dans la guerre d'outre-mer. Les plans les plus divers furent tour à tour agités et rejetés. L'armée ne se trouvant pas en état de, tenter une nouvelle descente en Egypte , expédition que les Orientaux persistaient à recommander au roi de Navarre , avant son départ, comme l'opération la plus décisive, si elle pouvait réussir^, on pensa à marcher sur Damas^; mais on
' On a une double relation de la croisade inexactitudes (Bouquet, t. XXI, p. GaS-ôag), ^ du roi de Navarre. La première, écrite en et la lettre écrite de Sicile, en 12^1, à di- Orient, forme les chapitres xliv à xlix du vers seigneurs anglais, par Richard de Corlivre XXXIir de la nouvelle édition des Con- nouailles , que Matthieu Paris a insérée dans tinuateurs de Guillaume de Tyr, p. 4i3 à sa Chronique. (Ann. 124 1> éd. Watts, 166^. 4.19. La seconde, dite de Rothelin, beaucoup p. 383.)
plus développée , mais moins exacte que la * « Il ne voloit mie que li pèlerin passas-
première , a été composée en France , pro- « sent oultremer pour guerroier les mes-
bablement sur les récits des chevaliers de c créans Mahommetoiz qui estoient si ami. •
Tarmée de Thibaut. Elle est imprimée à la [Contin. de Galll. de Tyr, p. 5 38; cf. Huili.
suite de la précédente , p. 626 , ch. xx et suiv. BréhoUes, HisL Frider. t. V. p. 433 ; M. Rei-
(Voy. Essai de classification des continuateurs naud, Chro». ar. p. 435, à4i t 448.) de Guillaume de Tyr, BibL de l'Ec. des chartes, ^ Lettre des barons et des prélats à Thi-
5* série, t. I,p. iSy. 161.) On doit consulter haut, Saint-Jean d*Acre, le 6 octobre i238.
aussi , sur cette croisade , Sanudo (p. 2 1 5), qui ( Martène , Thés, Ânec. 1. 1 , col. 1 o 1 2 ; cf. fîist.
abrège toujours la continuation orientale de lilt. de France ^ t. XXI, p. 789.) Guillaume de Tyr, Albéric des Trois-Fon- * Contin.deGnilLde Tyr, ms.de ^oiheWn,
taines, utile au milieu de ses nombreuses p. &32, 533.