‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 173 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XII

abandonna bientôt ce projet, qui parut encore trop ambitieux. On voulut ré- 1250.1240. tablir le Saphed, château des Templiers, situé au nord du lac de Tibériade, et construire à la place du fort détruit par Coradin ^ une vaste citadelle, qui protégeât la campagne du Jourdain et les routes de Saint-Jean d'Acre et de Jérusalem vers Damas ^. On proposa de fortifier la ville de Jérusalem, qu'il était impossible de prendre pour capitale du royaume, ouverte et désarmée comme elle était. Sans suivre aucun de ces partis, on se borna à aller avec des ouvriers relever les fortifications du château d'Ascalon , première place forte

du royaume vers FEgypte. Les chevaliers d'outre-mer et les maisons militaires s'étaient associés à cette utile entreprise, afin d'en assurer l'exécution, quand elle fut interrompue tout à coup, à la suite d'un grave échec qu'occasionna l'inexpérience des croisés. Une partie considérable de l'armée, sous les ordres du comte de Bar, s'étant avancée vers Gaza , contrairement à l'avis de Gautier de Brienne et des Orientaux^, y fut surprise et taillée en pièces. Les Français, principale cause du désastre, s'irritèrent et quittèrent la plupart Ascalon , renonçant à poursuivre l'armée égyptienne , dans la crainte qu'elle ne sacrifiât les prisonniers à sa sécurité^.

Ce n'était pas tant l'insuffisance des troupes que l'irrésolution , l'indifférence , Wwnion rindiscipline, qui frappaient d'impuissance les armées chrétiennes dès leur ci>er» «oUifs. arrivée outre mer. On conmiençait à voir, parmi les vrais soldats de la Croix disposés aux humbles dévouements , trop de gens qui cherchaient en Orient l'occasion de satisfaire un stérile amour de la guerre ou de la renommée, et qui méconnaissaient toute subordination. Les Orientaux, comme les Euro-' péens, ressentaient aussi parmi eux ce relâchement de la ferveur et de l'abnégation anciennes. « La discorde et la haine régnent en Terre sainte, à la place « de l'union et de la justice d'autrefois, > écrivait peu après avec humeur un prince croisé, parent de l'empereur Frédéric, fâché peut-être d'avoir vu SCO rang et son autorité rester à peu près sans effet en Syrie. « Comment «espérer que ces maux soient réparés, continue Richard de Cornouailles, > quand les deux frères jumeaux, chargés plus particulièrement de défendre « la terre du Seigneur (le Temple et l'Hôpital), tout enorgueillis de leurs innom-

1 £11 1228. Vincent de Beauvais , 1. XXX, De constmcU cashri Saphet, ap. Ba}. toc. cit,

cap. 9Â,éd. Douai. p. 228.

* De constructione castri SapheL ap. Ba- * Coniin, de GailL de Tyr, p. 5À7-549; \uie,MisceU. éd. Mansî, 1. 1, p. 228. Sanudo.'p. 2i5; G. de Nangis, éd. Géraud,

* Contin, ^e Gai//, de Tyr, p. 5^1-544; t. ï, p. 28g.

IMQ-IMO.

« brables richesses, oublient les commandements dn souverain pontife, soof- « fient la discorde autour d*eux et sont toujours prêts à entrer en conflit Tun « contre l'autre '. •

D n'y avait de comparable au peu d'accord des chefs chrétiens réunis alors en Palestine que la désunion des héritiers de Saladin , se disputant les trônes d'Alep, de Damas et du Caire. La rivalité de ces princes permit aux gens d'outre-mer de conclure la paix avec Malec-Naser Daoud, prince de Karak , et avec Malec-Salah Ismaêl , qui avait dépouillé son neveu Malec-Salah Nodgem- Eddin du royaume de Damas. La possession du royaume de Jérusalem fut confirmée aux chrétiens, et une alliance défensive formée aveclsmaèl contre l'Egypte^. Mais Nodgem-Eddin étant parvenu à se faire proclamer au Caire, à ia place de son frère Malec-Adel U, les arrai^ements pris avec le salta de Damas furent désavoués par une £gict»on de Tarmée, à l'instigation de l'Hôpital , resté fidèle aux ressentiments de Frédéric contre les princes de Damas. Le comte de Champagne, amené bientôt au même avis, arrêta des trêves avec le nouveau souverain d'Egypte pour assurer la délivrance des prisonniers de Gaza et son propre retour en France*"^. Il s'embarqua avec le duc de Bretagne et la plus grande partie des barons français, le 24 du mois de septembre i34o, sans attendre l'expiration du délai de quarante jours, après lequel le traité fait avec Malec-Salah devait être ratifié^.

Croisado de Richard

d« Comonaîlles.

L'arrivée du comte Richard de Comouailles, frère du roi d'Angleterre, n'apporta pas beaucoup plus d'union dans les conseils des croisés. Richard , débarqué à Saint- Jean d'Acre le 8 octobre i34o^, quinze jours après le départ du comte de Champagne, fut forcé de rester inactif entre les partis opposés, qui souhaitaient ou appréhendaient la guerre^. Il avait cependant une sorte de délégation officieuse de l'empereur Frédéric, son beaufrère, qui ajoutait à son crédit; il amenait une nombreuse compagnie de seigneurs anglais, tous bien équipés "^ et disposait*personnellement de sommes

' Lettre du comte Richard deCornouailles, écrite de Sicile, en la^i ; Matthieu Paris, ann. 12^1, p. 383, éd. Watts.

' Contin, de GuiU, de Tyr, p. 4i8, diQt 55s; Sa^udo, p. -215,' 916; M. Reinaud.

' CoHtin» de GuilL de Tyr, p. 4 20; cf. p. 554; Sanudo, p. 916.

} Lettre du comte Richard de Cor-

nouaiiles; Matth. Paris, p. 383; cf. Coniinmm.tenr de GuilL de Tyr, p. 4ao.

^ La veille de Saint-Denis.

^ Richard regretta le départ du comte de Champagne, qui Tempécha d*attaqaer les Sarrasins : • Quum veniendo, pro lotis vinbos « nostris Cruels ignominiam super inhnioos «ejus vendicare sperabamus.» (P. 384.)

7 Contin. de Gaill. de Tyr, p. 556.

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