‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 175 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XII

honorable sépulture aux victimes de la défaite de Gaza, dont les ossements recouvraient encore le lieu du combat, et avait fondé un service quotidien pour le repos de leurs âmes ^

Le roi de Navarre était déjà rendu à Saint-Jean d'Acre , pour reprendre la mer avec ses compagnons , après son inutile croisade , quand le fils cadet du comte de Soissons, Raoul, sire de Gœuvres^ Tun des chevaliers croisés avec le comte Thibaut, se détermina à demeurer en Orient, sur Tespérance qu'on lui fit concevoir d'épouser Alix de Champagne, mère du roi de Chypre, sépar^ alors, comme nous Tavons vu, de Boémond d'Antioche. Philippe de Montfort ', chevalier appartenant à la fois par sa famille et par ses biens personnels aux noblesses de France et de Syrie, avait eu le premier la pensée de cette union. Les seigneurs dTbelin, toujours incertains des résolutions de leur tante, qui, dans un moment de dépit ou d'ambition, pouvait se jeter dans le parti des Impériaux, approuvèrent le projet, pour la fixer, et engagèrent Alix à donner sa main à Raoul, ce quelle fit peu après ^*

Philippe de Montfort était fils de Guy, frère du fameux Simon de Montfort TAmaury, et d'Héloïse dTbelin, sœur du vieux sire de Beyrouth, laquelle avait épousé Guy de Montfort, alors croisé, après la mort de son premier mari, Renaud, seigneur de Si don ^. Né dans un village voisin de cette dernière ville, emmené, élevé et marié en France^, Philippe, déjà veuf, avait pris la croix en 1289 et était revenu en Syrie, où il avait retrouvé, dans les premiers barons du pays, des amis et des parents. Les seigneurs d'Ibelin étaient ses cousins germains; le sire de Sidon, Balian, baile du royaume, était son frère utérin. Désireux de le retenir parmi eux, les chevaliers de Jérusalem remarièrent Philippe à l'héritière de la seigneurie de Toron, Marie, fille de JRaymoud Rupin d'Antioche, petite-nièce d'Humfroy de Toron « beaufrère de Guy de Lusignan, alliée, par son père et son grand-père, des princes d'Antioche .et d'Arménie. Les revenus dont Philippe I** de Montfort disposa alors durent être considérables , car il possédait, outre la terre de Toron ,

La reiue

do Chypre

épouse Haoul

de

Soiuons.

' MaUfaieu Paris , ann. 1 a 4 1 .

' Coiuin. de Guill. de Tyr, p. 4i3, 627. Raoul de Soissons était fîb de Raoul deNesle, comté de Soissons.

♦ * Philippe K

^ Amadi rapporte la conclusion du nouveau mariage de la reine de Chypre à Tan i34i. fol. 16 5.

' Voy. Lignages d'Oulre-mer, ch. xviii et XXIV» Assises, t. II; Amadi, fol. i46.

* A Éléonore de Courtenaî. Dom Vaissëtè a consacré une dissertation à cette branche des Montfort, qui posséda la seigneurie de Castres en Albigeois. (Hist, de Languedoc, t. III, p. 6o3 , not. 44» nouv. éd. t. Vf, p. 344.)

1240-1241. en Phénicie, que Ton estimait encore valoir 60,000 besants dor^ la riche seigneurie de Castres, en Albigeois, ancienne propriété des Trencavd^. H joignit peu après à ces terres la principauté de Tyr, dont le château du Toron était considéré généralement comme une dépendance.

Liés par Tamitié autant que par la parenté, Montfort et les Ibelin veillèrent ensemble sur le gouvernement des pays d'outre-mer. Leur bonne entente, après en avoir facilité les moyens par le mariage de la reine avec Raoul de Soissons, délivra définitivement la Syrie de la domination des Impériaux et réalisa sa réunion politique au royaume de Chypre. Richard Filangîer amena lui-même le prétexte de cette nouvelle et courte lutte, dernier incident de la guerre que Frédéric, par son obstination, avait été contraint de faire, en Orient, aux honmies et aux institutions des assises.

1241. Le maréchal, pendant que les croisés français et anglais se trouvaient

NoDveiic dans l'ancien pays des Philistins, avait cherché les moyens de rentrer en

d» iiDjMfriaux possession de SaintJean d'Aa^. Les chevaliers de THôpital , dont les Impé-

poar

reprendre riaux s'étaicut fait ouvertement un appui contre le Temple, favorÎMient d'Acre. ses projets. La conmiune de Saint-André, négligée durant le séjour et les marches des Européens en Palestine, s'était affaiblie. Quelques bourgeois influents, craignant le retour des troubles, avaient pris leur parti de la domination allemande, et promis aux Lombards de leur livrer la ville. Après le départ du roi de Navarre et du comte de Cornouailles, Filangier, introduit dans les murs par une porte secrète, arrêtait, avec ses adhérents, les dernières conditions du rétablissement de son autorité', quand Philippe de Montfort fut heureusement prévenu du danger.

Il n'avait presque point de troupes avec lui et se trouvait seul à peu près à Saint-Jean d'Acre des hauts barons du pays. Les Chypriotes étaient repassés dans 111e depuis les trêves, avec Baudouin et Guy d'Ibelin, Tuii sénéchal, l'autre connétable du royaume. Balian reposait ses hommes 4 Beyrouth , Jean fortifiait Arsur; Tannée campait à Césarée, avec le connétable de Jérusalem et les Templiers^. Philippe de Montfort, secondé par quelques Italiens, s'empara d'abord des chefs du mouvement, et, dès Tarrivée du sire de Beyrouth, qu'il s'était hâté d^appeler, il attaqua le couvent de l'Hôpital, où Ton croyait saisir Filangier. Mais le maréchal, sorti au premier bruit, avait

' Amadi, fol. ii5. ^ Amadi, fol. i46. Florio fiiistron abrégr

* D. Vaissëte , Hist. dr Long, t. III , p. 602, toujours la chronique d'Amadi. not. hà. * Amadi, fol. 167. ikS.

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