LIVRE I, CHAPITRE XIÏ
gagné ses Gantonnements de Tyr. L'armée revint aussitôt de Césarée, et I94M&42. Tordre fat rétabli dans la ville ^
Dès qae les liges se trouvèrent réunis à Saint-Jean d'Acre, un parti se prononça fortement pour répondre à l'agression du maréchal , en allant de suite l'attaquer à Tyf K Le succès paraissait probable. Les Vénitiens et les Génois, établis d^ns la ville, avaient envoyé des émissaires pour assurer les chevaliers de leurs dispositions. Les Vénitiens surtout, ligués alors avec le pape, se montraient fort irrités. Ils voulaient se venger des Impériaux, qui avaient privé leur nation d^ ses établissements et de ses vieux privilèges dans la ville de Tyr conquise autrefois par leurs armes. Bien loin d'accueillir les réclamations du consul de la république > Richard Filangier avait déclaré, en lui donnant le défi^ suivant l'expression du temps, qu'il considérait les Vénitiens comme ennemis de l'empereur et que, sans autre avertissement, il leur ferait, eti toute occasion, tout le mal possible^.
Beaucoup de chevaliers hésitaient cependant à se mettre ainsi en révolte ouverte contre Frédéric, et à violer le serment d'hommage qu'on lui avait prêté pour le temps de l'interrègne. Philippe de Navarre parla surtout en ce sens. « Vous avez toujours gardé loyalement votre foi au seigneur empe^ « reur comme baile du roi Conrad, son fils, dit-il aux feudataires; lui n'a pas « tenu ses sennents< Gardez votre avantage. Voilà que le roi Conrad arrive à « sa majorité. Vous allez être libres de tous engagements vis-à-vis de son père, « au nom de qui les gardes et les commandements se crient encore dans le « royaume. Avant que vous ne le dépouilliez de la régence et que vous ne « vous empariez de la ville de Tyr, il faut que tout le monde sache que le « roi Conrad est devenu majeur, et que vous ne devez plus rien à l'empe- « reur. Vous avez d'ailleurs, en ce pays, la reine Alix, mère du roi de Chypre, « cousine germaine des seigneurs d'Ibelin , fille du roi Âmaury, la plus directe « héritière de la couronne de Jérusalem , après le roi Conrad. Elle peut oc- « cuper le gouvernement jusqu'à l'arrivée du véritable héritier*. »
Ces sages paroles d'un homme aussi sûr, aussi dévoué qu'expérimenté.
* Âmadi,fol. i48, 1A9.
* Amadi, fol. i^o» qui suit, à nen pas douter,, pour l^ensemble de tous ces événements de la guerre des Lombards, des mémoires contemporains, et vraisemblablement ceux de Navarre lui-même, si souvent mis en scène dans son récit.
' Relation de Marsilio Georgio , baile vénitien , en Syrie , adressée à la république de Venise, au mois d'octobre i343. (Ap. Fontes rerum Austriacamm , t. XIII; Doo. de la repuhUqae de Venise, t. II , p. 354 ; Vienne , in-8°, 1 856.)
* Amadi, fol. 1^9.
On ajourne tonte attaque
contre
les Impériaux
la majorité
do
Conrad.
ui\-nx%. obtinrent Tassentiment général. On résolut d'attendre 1 époque de la majorité de Conrad avant de rien entreprendre contre les Impériaux et de voir alors ce qu'il y aurait de plus convenable à faire; mais, sans tarder, les Ibelin, Montfort, Navarre et leurs principaux amis, s'étaient accordés pour remettre définitivement à cette époque la régence du royaume à la reine Alii et à son mari, à moins , ce qui était tout à fait improbable, que le roi Conrad ne se déterminât à venir requérir lui-même de la haute cour la mise en possession de la couronne, et ne se fixât en Orient, comme la loi, les préci'dents et l'intérêt manifeste du pays en faisaient une condition absolue a l'héritier royaP. L'exécution de ces projets n'était pas ajournée de beaucoup.
Avril 1243. Aussitôt quc Courad eut atteint sa majorité , fixée à quinze ans par la cou- Majoriié tume d'Oricut^, ce qui ne put être avant le 25 du mois d'avril 1 9^3, puisqu'il
de roi Connd.
' Amadi , foi. 1 5o- 1 5 1 .
* M. Huillard-Bréholles» rappelant, dan5 sa belle introduction aux documents du règne ^ de Frédéric II (p. ccclvii), la proclamation de la régence d'Alix de Champagne et la prise de Tyr sur les Impériaux , rapporte ces événements à Tannée i24o » c'està-dire trois années avant la majorité de Conrad. Une semblable opinion, déjà difiicile à concilier avec l'attitude légale prise par les chevaliers d'Orient vis-à-vis de Frédéric , si bien exposée dans le discours de Philippe de Navarre que nous venons de reproduire , est, en outre, suivant nous, tout à fait en contradiction avec les documents contemporains. Une circonstance politique d'une importance extrême domine et fixe la date de ces événements, c'est qu*ils s*accomplirent après la majorité de Conrad , par conséquent après le 35 avril 12^3. Ibelin, qui prit une part personnelle à ces débats et à l'expédition qui en fut la suite , dit expressément que la .détermination nouvelle des barons fut amenée par favénement du roi Conrad à l'âge de sa majorité féodale : « Et après ce , quant « le rei Conrat fu d'aage , il manda letres et «messages por mètre home en son leuc; si cque les homes liges s'assemblèrent. . . , et «distrent cornent le rei Conrat leur seignor «estoit d'aage, et puis qu'il csteit en son «aage, qucl'empcreorPédéric son père n'cs-
• toit plus baill de cest pays, etc. a \ Assises, t. II, p. Sgg.) Or il est impossible d'admettre, quelle que soit Tépoque à laquelle Je comte de Jaflaait ensuite écritses ouvrages . qu'il se soit trompé sur un fait aussi considérable que celui de savoir si l'attaque des Impériaux de Tyr avait eu lieu avant ou après la majorité du roi , car cette circonstance changeait totalement les devoirs des chevaliers de Syrie à l'égard de l'empereur, régent de son fils. Les termes dont se sert Ibelin , en disant que Conrad était alors d^âge^ sont les termes habituels des chroniques et des coutumes du moyen âge pour indiquer la majorité de Théritier. Il ne peut y avoir ni doute ni restriction sur le sens de cette expression. ( Voy. les observations de Du Cange sur Fhistoire de saint Louis, éd. Didol du Gloss. t. VII, p. 343 , au moi Àagiaùu.)
La date de i a 43 , à laquelle on arri? e ainsi forcément, et qu'indique déjà le chroniqueur vénitien , André Dandolo ( ap. Muratori, Scripi. ItaL t. XII, col. 347)» est d'ailleurs exporessément marquée dans la relation adressée au sénat de Venise, avant la fin de Tannée même , par le baiie des Vénitiens • Marsilio Georgio , témoin oculaire des événements, comme Ibelin et Navarre. Le rapport du consul vénitien est» en effet, daté du mois d'octobre 1 243. On lit en tête de la pièce : A. D. 12^3. M. Octobri. Marsilio Géorgie»