‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 177 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE Xll · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE Xll

était né le 25 avril 1228, le prince envoya des lettres et un message aux Jui« 1-213. hommes liges de Syrie, pour demander leur hommage, comme roi de Jérusalem. Il les engageait par avance à obéir au délégué qui serait chargé plus tard de gouverner le royaume en son nom^ Le 5 juin^, un parlement, dont les honmies de la haute cour d*Acre formèrent la partie principale fut tenu chez l'archevêque de Tyr, faisant fonctions de patriarche de Jérusalem', le successeur de Gérold n'étant pas encore arrivé. On y appela les chevaliers de Chypre, l'archevêque de Nicosie, les bourgeois de la commune de Saint- André, Marsilio Georgio, baîle des Vénitiens; qui écrivit au doge, sur ces événements, un rapport existant encore aux archives de Venise *, le consul des Génois et le grand maître du Temple. Les Pisans et les Hospitaliers, si les défiances qu'ils inspiraient n'empêchèrent pas de les convoquer à l'assemblée, refusèrent sans doute d'y assister.

Un des chevaliers, prenant la parole au nom des liges, établit d'abord que le roi Conrad étant devenu majeur, lauiorité de l'empereur Frédéric, sou père, cessait dès ce jour dans le royaume. II ajouta , en s'adressant au messager royal , que, s'il plaisait au roi Conrad de venir en sa seigneurie, il y serait reçu et obéi conune légitime suzerain, mais que ses lettres ni son mandataire ne pouvaient remplacer sa personne^. Alors la reine Alix, présente aux discussions avec son mari , pria Philippe de Navarre de requérir en son nom le gouvernement du royaume, attendu, dit pour elle Navarre, que, lorsque l'hoir ne vient en personne demander l'entrée en sa seigneurie, la terre passe, suivant les assises de Jérusalem et de Chypre, au plus prochain parent présent et formant lui-même sa demande dans la haute cour. La

précise ménie le jour de la reconnaissance cl* Alix, à laquelle il assistait : Et hoc fait die quinto, intrante mense jaiùi predioti anni ( 1 2 i^), (Fontes rerum Âustriacarum, t. XIII; Doeumenls de Venise, t. Il, p* 35 1 , 355.) Tout le récit de la chronique de François d'Amadi , si développé , s^accorde avec ces faits , quoique donné sous Tannée ia42, marquée c*n marge du manuscrit de Venise, fol. 149. Florio Bustron, très-sommaire ici, et dépourvu de date , subordonne cependant toute la narration , comme il convient, à la majorité de Conrad : Qwindo Corradoju alla età de anni iv (ms. fol. 175). Sanudo est donc tout à fait dans Terreur quand il rapporte d'une façon trop concise , sous Tannée 1 3 ^o ,

et le mariage d'Alix de Champagne et la reconnaissance de la reine comme régente de Jérusalem , et la prise de Tyr sur les Impériaux, et le départ de Raoul de Soissons, son mari, pour la France. (Secret. Jldel. p. a 16.) Le continuateur de Guillaume de Tyr, sans donner de dates , a autorisé cette erreur dans un passage (p. dao), que peut rectifier cependant, sur plusieurs points, la suite de son propre récit , p. 4aa-da3.

* Ibelin, toc. cit. p. 399.

' Marsilio Georgio , loc. cil, p. 355.

^ /(/. ibid. Cf. Ibelin , Assises de Jérusalem , t. II, p. 399.

^ Voy. l^note 9 de la page 3a4*

^ Ibelin, Assises, t. II, p. 4oo.

5 jais) 249. reine offrait donc sa requête et réclamait le gouvernement, en sa qualité d^béritière directe de sa nièce Timpératrice Isabelle, mère du roi Conrad'.

La reine

de Chypre

est procuméo

régente de Jérusalem.

Jain-jnillet

Les clieraliers Je Syrie chassent

les Impériaox dp Tyr.

Sans quitter la séance, les chevaliers délibérèrent, et chai^rent Navarre de faire connaître leur réponse. Elle était conforme à ce que la reine avait demandé. Alix et après elle Raoul de Soissons , suivant en cela Fusage des rois et des régents, jurèrent dans les mains de Tarchevéque remplaçant le patriarche, de respecter les coutumes du royaume, les privilèges ecclésiastiques, les droits des liges, des ordres militaires et des communes marchandes. Alors, du consentement de toute rassemblée, Alix et Raoul furent déclarés saisis de l'autorité souveraine, sous la réserve expresse des droits de Conrad, pour le cas où le roi viendrait outre-mer^. Eudea de UDBtbéliard, connétable du royaume, à qui Ton avait remis tous les pouvoirs de baile depuis la mort de Balian de Sidon', ne s^associa qu'à regret à cette d^ei^ minatîon, qui entraînait en réalité la déchéance de Conrad. Il aurait voulu qu'on prévint le roi de ce qui avait été décidé avant de rendre la résolution définitive par Thommage; mais la haute cour, sur les observations de Balian et de Jean d'Ibelin de Jaffa, reconnut quelle n'était point tenue à cette déférence, le roi n'ayant jamais paru dans son royaume. Le sire de Beyrouth et Philippe de Montfort s'avancèrent alors les premiers et prêtèrent homneiage à la reine Alix, puis à son mari. Après eux, les barons, les chevaliers, tous les liges et les boui^ois remplirent à leur tour le devoir féodal ou prêtèrent le serment de fidélité^.

La reine témoigna libéralement sa reconnaissance à Philippe de ffavarre. Elle paya d'abord toutes ses dettes, arriéré dont le total s'était fort accru par la générosité ou par la négligence du poète. Elle lui donna, en outre, en fief, pour assurer convenablement son existence, une pension annuelle de mille besants d'or^.

Les chevaliers , plus confiants et plus unis, en entrant dans des voies plus régulières, révoquèrent aussitôt toutes les nominations faites par l'^Bopereur en dehors de la haute cour^, et envoyèrent une sonmiation aux Impériaux

* Ibeiin , p. âoo ; cf. Amadi » fol. 1 5 1 , 1 5a, FI. Bustron, fol. 176, et la Relation de Marftilio Georgio, p. 35d<

* Cf. Ibeiin, loc. cU. p. 4 00; Amadi, fol. I Ss ; Relation deManiilioGeorgio,p. 355.

"^ Ibeiin , Assises, t II , p. 4oo.

* Cf. Ibeiin. p. 4oo; Amadi, fcJ.

Rel. de Marsiiio Creorgio » p. 355.

^ Amadi, fol. i5a.

^ Ibeiin, Assises, t II, p. 4oo.

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