LIVRE l. CHAPITRE Xll
de Tyr de remettre la ville à la reine. Sur Jeur refus, ils partirent dès 1^ Juiojuiiici 9 juin ^ pour former le siège de la place. Depuis longtemps ils s'étaient pré* parés à l'expédition • de concert avec les Vénitiens, Malgré les intelligences ménagées dans Tintérieur* ils s'attendaient à une longue résistance, car le maréchal, rappelé par l'empereur, qui, dès l'année précédente, avait désigné l'ancien baiie, Thomas d'Âquin, comte d'Âcerra, pour le remplacer^, avait pourvu la ville d'approvisionnements considérables. Le comte Thomas n'étant pas arrivé lors de son départ, Richard avait remis ses pouvoirs et le soin de la défense à son frère, Lotbaire Filangier.
Balian d'Ibelin, Raoul de Soissons', Philippe de Montfort, Jean dlbelin d'Arsur, Jean d'Ibelin de JatTa , commandaient les hommes de Syrie et ceux des chevaliers de Chypre qui étaient venus les joindre^. On comptait encore quelques auxiliaires italiens. Marsilio Georgio, le consul vénitien, s^était joint personnellement à cheval aux barons avec trente hommes bien armés^. Philippe de Navarre, chargé des dispositions de la campagne, avait passé des marchés pour trois ans, afin de ne pas être pris au dépouvu, et avait, au nom de la reine, acheté ou obtenu gratuitement des Vénitiens un grand navire, qui emporta une partie des troupes^.
Dès leur arrivée sous les murs de Tyr, les confédérés s'assurèrent des amis qu'ils avaient au dedans, et le troisième jour après le campement (12 juin) , aux signaux convenus, pendant que l'on menaçait la ville d'un côté, Ibelio, suivi d'un corps de cavalerie, s'avança dans la mer vers un gué conduisant au bas des remparts du port, où il trouva une porte basse qui s'ouvrit bientôt devant sa troupe et lui donna passage. Les eaux étaient alors très-agitées, et, dans cette courte traversée, 011 des piétons auraient infailliblement péri, Balian de Navarre, fils de Philippe, à qui le nouveau seigneur de Beyroutli, son parrain, avait confié le gonfalon pour inaugurer sa récente prise d'armes, eut grand peine à maintenir dans ses bras son précieux dépôt ^. Lotbaire Filangier, surpris, n^essaya pas de résistera l'attaque, qu'un mouvement de
* Relation de Marsilio Georgio , p. 356. fol. 1 53 \ FI. Bustron , fol. 176. SuivantÂmadi ,
* Richard de S. Germ. ann. lada, ap. le roi de Chypre prit part en personne À Texpë- Murât, t. VII, col. io5o; Hist.de Chypre, dition de Tyr, et le récit de Jean dlbelin n*est t. II , p. 1 6 » n. pas contraire à cette circonstance , que le si-
^ Jean d^Ibelin (Assises, t. II, p. doo) et lence de Marsilio rend cependant douteuse. Marsilio Georgio (Relation , p. 356) attestent ^ Relation de Marsilio Georgio, p. 356.
la présence de Raoul de Soissons avec eux au ^ Cf. Amadi , fol. 1 53 , 1 56 , et la Relat. de
siège de Tyr, ce que méconnaît le continua- Marsilio Georgio , p. 356. teur de Guillaume de Tyr, p. 4a 3. ^ Amadi, fol. i53-i54; Conùn. de GuiU.
* Ibelio, Assises, t. II, p. 4oo; Amadi. de T^r, p. 4 2 2-4 a 3.
juin-jaiiut ia population favorisa; il abandonna la ville et se retira avec les troapes
dans le château. Il s'y défendit vigoureusement, et peut-être eût-il contraint Tannée royale à la retraite, comme dix ans auparavant la résistance du château de Beyrouth lassa Frédéric, sans une circonstance imprévue qui obligea les Impériaux à céder par un honorable sentiment d'humanité.
Richard Fi langier, assailli, en pleine mer, d'une violente tempête, repoussé ensuite depuis les côtes de Barbarie jusque dans les eaux de la Syrie, rentra à Tyr, sur la chaloupe de son navire, ign<Mrant que la ville ne lui appartenait déjà plus, et vint jeter l'ancre à côté précisément du vaisseau de Philippe de Navarre. Il fut pris inmiédiatement ainsi que son frère Henri, leur famille et tous ses gens. Des fourches patibulaires furent élevées devant le château, et l'on menaça d*y pendre tous les prisonniers, si les portes ne s'ouvraient. Après de longues négociations, durant lesquelles Richard Filangier autorisa généreusement son frère à résister, Lothaire, déterminé par Philippe de Navarre, se décida à capituler. Il y avait ving^-hoit jours qu'il était assiégée II obtint la liberté des naufragés et des captifs, le payement de la solde aux fantassins lombards et la promesse que l'on fournirait à tous les sujets de l'empereur décidés à quitter la Syrie, les moyens de regagner l'Italie avec leur mobilier et leurs familles sous la protection d^un membre de la famille d'Ibelin, ce qui fut ponctuellement exécuté par le comte de Jaffa lui-même^.
J243. « Enfin , disent les chroniques de Chypre, cette venimeuse plante des Lom-
Fin a« u gnem « bards fut déracinée à jamais des pays d'outre-mer. Le roi Henri et ceux de Lombtrds. « la maîson d'Ibelin gouvernèrent depuis lors dans ia paix et dans la justice • les deux royaumes de Chypre et de Jérusalem, aimés et estimés de tous. " Quoique l'empereur Frédéric et son fils Conrad aient vécu longtemps en- « core, ils ne voulurent rien entreprendre de nouveau contre eux'. • Conrad ne fut plus que le roi purement nominal de Jérusalem. On respectait toujours ce titre en sa personne, mais ni lui ni l'empereur son père n'exercèrent plus le moindre acte d'autorité sur le territoire du royaume proprement dit, qui comprenait toute la Syrie méridionale à partir de Beyrouth. L'indépendance et l'autonomie des Etats d'outre-mer, devenues inévitables depuis la reprise de Cérines, étaient désormais assurées. Bien que l'empereur maintint encore
^ Cf. Reiat. de Marsiiio Georgto, p. 356; ' Amadi» fol. 169.
Amadi.fol. i56-i59; Contin,deGuHLde Tjr, ' Id. ibid, FI. Bustron, fol. 176: cf. Na-
p. 422,^96. varre , Assises, t. I , p. 570.