‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 179 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XII

Thomas d'Acerra dans sa qualité de baile du' royaume de Jérusalem et de i^^'légat du Saint-Empire dans les pays d'Orient, bien que le comte se soit embarqué pour la Terre sainte au mois de juin 12^2 ^, il est tout à fait invraisemblable, après les événements récemment accomplis en Syrie, qu'il ait été reçu à Saint Jean d'Acre en qualité de lieutenant impérial , et qu'il ait fait lui*mème exécuter les lettres patentes de Frédéric et de Conrad, des mois d'août et novembre i2^3, ordonnant la remise du château d'Ascalon aux Hospitaliers^. Des actes postérieurs de i244 et 12^8 indiquent que Thomas d'Acerra, dans l'impossibilité de résider à Acre ou à Tyr, s'était retiré à Tripoli'.

Il dut trouver protection et appui dans cette ville. Boémond V conservait d'anciennes rancunes contre les Chypriotes et contre les Ibelin , qui , dans le temps, avaient fait casser son mariage avec Alix de Champagne, pour l'empécher de s'immiscer dans le gouvernement de l'ile^. Continuant par d'autres moyens la politique égoïste de son père^, il avait séparé ses intérêts de ceux des chevaliers de Saint-Jean d'Acre, et recherché la bienveillance de l'empereur, depuis que les barons de Chypre et de Syrie s'étaient détachés de l'obédience impériale^. Il favorisa sans doute les projets de son baile. Mais aucune des tentatives qui purent être dirigées de Tripoli contre Tyr ou Ptolémaîs, en 12^4 ou en 1248, tentatives qui ne nous sont pas d'ailleurs connues, ne purent relever le pouvoir de l'empereur dans le royaume.

Avec la régence d'Alix , les chevaliers avaient conquis toutes les sécurités que comportait le gouvernement des assises et les moyens légaux de les défendre. Les etTorts de Frédéric pour soumettre à sa vassalité , tantôt par la violence, tantôt par la ruse, les deux royaumes d'outre-mer avaient complètement échoué. Après quinze années de luttes morales ou de combats légitimés par la nécessité de défendre la coutume, qui était la loi et la justice, les liges restaient maîtres de la situation et de leur sort. Les Impériaux, dont la croisade avait mal déguisé les desseins, sortirent de Terre sainte, détestés

^ Ricfa. de S. Germain » ap. Mural, t. XII , * En Tabsence de témoignages positifs , la

col. loSo. conduite générale de. Boémond V, dans ces

* Huillard-Bréholles , Hist. diplom. Frid. circonstances, et la position qu'il conserva

p. CGCXUii. (Voy. ci-dessus, p. 3ao, note 3 , jusqu'à la fin de son règne, autorisent à pen-

ct ci-après, p. 339-340.) ser qu'il avait consenti, pour lui et pour

' Huillard-Bréholles , Hist. dip!om. Frider. ses hommes , à rendre h Frédéric ou à Con-

p. CCGLXYII. rad l'hommage refusé d'abord par son père,

*' Voy. p. 2 1 g. avant que l'empereur fût en hostilité avec les

Voy. p. 274-37.^. Orientaux.

lâ^s. à peu près partout, nonobstant la conquête de Jérusalem, qui leur était due et qui ne leur profita point.

La haute cour confia d'office le commandement du château royal de Saint- Jean d^Acre à Philippe de Montfort et à Nicolas Antiaume, un des chels de ta boui^eoisie qui s'étaient le mieux montrés dans les moments d'épreuves. Elle chargea Balian dlbelln de la garde du château de Tyr, Ces mesuits parurent à Raoul de Soissons des réserves de défiance, et commencèrent à riqdisposer. Mais la précaution, bien qu'on ne Teût pas toujours pratiquée dans les cas semblables, était autorisée et régulière. Les assises prescrivaient, dans toutes les circonstances où TÉtat se trouvait en régence, par suite de la minorité, de labsence ou du défaut d'investiture personnelle du roi, de donner aux barons, et non au r^ent, le gouvernement des châteaux forts ^ Les liges restaient ainsi nantis d'une garantie matérielle , qui les associait pour une part et pendant l'interrègne à la souveraineté même, en leur permettant de conserver les clefs du pays pour les remettre à celui-là seul qui devait en étrç le chef définitif^. D y aurait eu danger et tentation d'abus trop faciles, dans la plupart des minorités, si on eût laissé les forteresses du royaame à l'entière disposition du régent, maître déjà de la personne du roi. « Nous ne «voulûmes pas, dit nettement Ibelin de JaSa, nous ne voulûmes pas que «messire Raoul de Soissons eût les châteaux en sou pouvoir, pour aucuns « périls qui pouvaient advenir; comme il arriva de la Morée aux enfants du «Champenois (Guillaume de Champlitte), par le fait de messire Geoffit» « de Villehardouin , dans les mains de qui la principauté finit par rester^. •

Dissoiuiion La commune de Saint-André n'ayant plus d'objet par suite du ix>taUisâe<

de la confrcrio

<ie ment de l'administration régulière, cessa d'exister comme institution poli

Saial-Aa<lr^. ^

tique, et redevint une simple confrérie pieuse. Les chevaliers n'oublièrent pas les services que la bourgeoisie leur avait rendus, et l'histoire n'a pas mentionné un seul conflit qui ait éclaté depuis, en Orient , entre les deux ordres, si inégalement traités dans le partage des pouvoirs publics. Sans attributions politiques, sans oi^anisation municipale, lés boui^eois, sujets des rois de Jérusalem ou des rois de Chypre, satisfaits d'avoir, dans la cour spéciale du vicomte , la justice équitable et compétente de jurés pris parmi eux , bornèrent toute leur ambition à développer l'industrie et le négoce.

^ Cf. Assises, t. I, p. 607; t. II, p. Aoi. *"* Idem, ibidem. Cf. Conùnuaietir de Gail-

* Ibdltn , Fragments sur la saccessibilité et laame de Tyr, livre XXXIII , chapiUv lui . !a régence. Assises, t. II, p. 4oi^ page 4a3.

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