‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 180 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XIL · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XIL

Les Vénitiens fdrent moins satisfaite du gonvem^ment des liges. De longt^nps ils ne purent obtenir la restitution des biens qu'on leur avait promis quand il s'était agi de combattre les Impériaux , et sur laquelle une active coopération durant la guerre leur donnait droit de compter. A Tyr, on retint un grand nombre de leurs anciennes propriétés^, tandis qu'ils devaient avoir, avec une entière juridiction et tous les autres droite de la souveraineté, le tiers de la ville et des villages environnante, en vertu du pacte fait en i ia4, avant la conqqéte de Tyr, avec le doge Dominique Micheli, venu en Orient sur la flotte de la république^. A SaintJean d'Acre même, le vicomte royal voulut restreindre l'action des consuls vénitiens sur leurs propres nationaux. Ce n'est qu'après des instances réitérées qu'ils obtinrent satisfaction, vers le temps» croyons-nous, où le roi Hugues III fut mis en possession de la royauté de Jérusalem. Us s'étaient adressés inutilement à la reine Alix et à son mari dès leur rentrée à Saint-Jean d'Acre. Les chevaliers répondirent aux Vénitiens qu'il leur serait donné raison , si les griefs dont ils se plaignaient provenaient de bailes ou de régente du royaume; mais que, s'il en était autrement, ils devaient attendre, parce qu'il n'y avait encore d'autre roi légitime de Jérusalem que Conrad , et que le roi seul pouvait réparer ou modifier ce qu'un autre roi avait fait avant lui'.

La situation qu'on lui faisait ne tarda pas à déplaire à Raourde Soissons, homme capable d'exercer l'autorité, et peu fait aux formes étudiées et défiantes des gouvernemente d'outre-mer. Les prescriptions des assises, qu'on avait autrefois si souvent tempérées, on les exagérait aujourd'hui contre lui. 11 reconnut qu'on prenait des précautions autant à cause de la versatilité et de l'inconstance de la reine, que dans l'appréhension de ses propres empiétemente. On ne s'était servi de lui, on ne l'avait mis à la tête de l'Etat que pour empêcher les gens de Conrad d'y rentrer , et pour en rester maitre en son nom. « Quand Raoul de Soissons eut la seigneurie, en la manière que vous

Raoul qnilte l'Orieut,

^ Yoy. les plaintes et les mémoires du consul MarsUio Georgio, deia43eti344* (Fontes rer. Âustriacaram , t. XIII^ Doc, de Venise, t. II, p. SSy, 358, SSg.)

' Guillaume de Tyr, lib. XII, cap. xxv; Dandolo , Chron, ap. Murât. Script. UaL t. XII , col. 365. En 1191, Conrad de Montferrat, reconnu roi de Jérusalem par une partie des Orientaux . avait confirmé le pacte de 1 1 sA.

(Fontes rer. Austr. t. XII; Doc. de Venise, L I, p. 212.) En 1 206 , les Vénitiens possédaient toujours le tiers de la seigneurie de Tyr. (Ibid. t. II, p. 1 1 ; Ârch. des miss, scientif, t. I, p. 359, 36i.)

' « Quum ipsa regina non sit légitima in « regno , sed rex Coradus. » (Relat. de Marsilio Georgio, ap. Fontes rer. Aastr. t. XIII; Doc. de Venise, t. II, p. 357.)

1243. « avez vue, dit la Chronique d*outre-mer, il la tint assez faiblement, parce que « ceux qui Ty avaient mis étaient les parents de sa fenmie. Ils conservèrent « plus de pouvoir et d'autorité que lui dans le gouvernement, si bien qn il « semblait que Raoul fut là comme une ombre ^. »

Alix de Champagne ne ressentant pas conmie lui les ennuis de sa position, Raoul quitta brusquement la Syrie, y laissant la reine, qu'il ne revit jamais, et revint en France^. 11 retourna plus tard en Terre sainte, conune croisé, après la mort de la reine de Chypre. On le trouve, en 1 25 1 , assistant avec saint Louis aux travaux de fortification de Césarée', et on le perd ensuite de vue.

' Contin, de Gu'dl. deTyr, p. à 20. de Soissons ait quitté la Syrie dâ Tannée

* En suivant , ainsi que nous nous sommes ado , comme semble Tindiquer Sanudo. ( &*-

efforcé de le faire , le cours des événements cret. fidel, Crucis, iib. lU , p. xii , cap. xvi ,

écoulés de Tan ia4o à Tan i*aÂ3, d'après les p. 316.] Voy. la nouvelle édition des conli-

relations des témoins contemporains et ocu- nuateursde Guillaume de Tyr (p. 4ao, 433). làîres, on voit qu'il est impossible que Raoul ^ Joinville, apr D. Bouq. t. XX, p. 263.

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