‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 19 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

attaqué ou secouru promptement par les armées du dehors, qui trouvent tou- ii9o. jours un accès facile sur sa plage.

Le roi aurait voulu d'abord mettre la reine Sibylle en sûreté dans la Ville de Tyr, et disposer de là son expédition, de concert avec Conrad. Tyr, appartenant pour un tiers à la république de Venise, faisait autrefois partie du royaume proprement dit, ou du vaste domaine réservé à la couronne des rois de Jérusalem, depuis Beyrouth et Ptolémaïs jusqu'à Gaza; mais Conrad, qui considérait cette ville comme sa conquête et sa propriété particulière, craignant que Guy deLusignan, une fois rentré dans ses murs, n'y reprit l'autorité , refusa d'ouvrir les portes au roi. Lusignan ne se détourna pas cependant de son projet. Les chevaliers du Temple et ceux de l'Hôpital promettaient de l'aider; il avait auprès de lui le patriarche, les prélats, avec un certain nombre de seigneurs du royaume, entre autres ses deux frères, le connétable Amaury et Geoffroy, arrivé depuis peu en Syrie ^ Ainsi assisté, il forme une petite armée d'environ neuf mille hommes^; il engage l'amiral de Sicile, le fameux Margarit, alors à. Tripoli, avenir le joindre, et, avec une résolution qui étonne lè^ anciens chroniqueurs^, il vient mettre le siège devant la place, dont Saladin avait encore augmenté les fortifications depuis deux ans qu'il en était maître. On se trouvait alors au mois d'août de l'an 1 189^. « Ce «fut merveille, dit un vieil écrivain, de voir le roi aller assiéger Acre avec « si peu de monde, car il y avait bien quatre Sarrasins dans la ville pour un « chrétien qui fût dehors*. »

Guy de Lusignan s'était établi sur une montagne à l'est des remparts, près d'un affluent du Bélus, où s'abreuvait sa cavalerie. Au moyen de quelques vaisseaux que l'on mit en pièces , on éleva de fortes palissades autour du camp. L'on fut bientôt à couvert dans une position où l'on pût résister aux attaques de l'armée de Saladin, qui tenait la campagne. Les premiers secours du nord de l'Europe parvinrent peu après au roi Guy^; les Lombards arrivèrent en même temps ^; les Génois^, les Marseillais et probablement les conmierçants de Montpellier, déjà en Orient^, prêtèrent également

^ Coniim, de GailL de Tyr, p. ia4-ia5, ^ Contin. de GuilL de Tyr, p. 12 5.

note; Vinisauf, p. 366; Hist, de Chypre, * Ibid. p. 128; Vinisauf, p. 26S-269;

t II, p. 22. Brompton, col. ii64.

* Vinisauf, p. 367. ' Sicardi, ap. Murât, t. VII, col. 606.

' Contin, de GuilL de Tyr, p. 1 3 5. * Gontin. de Gaffaro, Annal. Gen. ap. Mu-

* M. Reinaud, Ckron. arabes, p. 344; rat. t. VI, col. 862; cf. Andq, liai. t. II, Vinisanf , p. 367 ; Brompton , col. 1 1 63 ; Si- col. 29 1 ; Baoul de Dicet , ann. 1191. cardi , col. 606. '^Document de 1 1 90 ; L. Méry, Hist. de

lioo. assistance au roi, qui s'en montra plus tard reconnaissant ^ ils lui fournirent de Targent, des navires et quelques hommes d^armes. Guy de Lusignan crut disposer dès lors de forces assez considérables pour donner plusieurs fois Tassant à Saint-Jean d^Acre; mais la garnison, souvent ravitaillée et soutenue au dehors par Saladin , repoussa toutes ses attaques.

L'étendue des préparatifs des rois de France et d'An^eterre retardant leur départ, l'empereur d'Allemagne et une partie de la noblesse française partirent les premiers, les Français par. mer, les Allemands par les routes de terre, toujours fatales aux croisés. L'armée allemande, obligée d'ouvrir sa marche par des combats continuels à travers l'Asie Mineure, où les Grecs et les Turcs s'unirent contre elle, fut encore décimée par les maladies, et perdit l'empereur au passage d'une rivière de Cilicie. Le duc de Souabe, fils de Frédéric, ramena les débris de ses troupes devant Acre, où il mourut luimême au mois de janvier suivant. Plus heureux, les Français débarquèrent à Tyr, et vinrent prendre leur place autour de la ville assiégée, apportant avec eux une partie des machines de guerre du roi Philippe et une provision considérable de viandes qui soulagea l'armée, car la rareté des vivres s'y faisait cruellement sentir, depuis que Saladin était maître de la plaine^. Dans le nombre des nouveaux croisés se trouvaient quelques-uns des plus grands seigneurs du royaume de France : l'évéque de Beauvais, Philippe de Dreux, déjà connu en Terre sainte; les comtes de Sancerre et de Clermont, le comte de Blois et le comte de Champagne, Henri, neveu du roi de France et du roi d'Angleterre, devenu peu après roi de Jérusalem'.

A mesure que ces hauts personnages parvenaient au camp de Saint-Jean d'Aci*e, le rôle et le crédit de Guy de Lusignan diminuaient On oubliait qu'il avait reçu l'onction royale, que seul dans l'armée où se trouvaient tant d'illustres princes, il pouvait parler comme roi de Jérusalem, et que le premier, quand personne n'eût osé l'entreprendre, il avait conmiencé le siège de la ville devant laquelle se rendait aujourd'hui la chrétienté entière.

Mort d« u reine Uu accidcut malhcurcux survenu en ce moment vint réveiller encore les querelles des chevaliers d'outre-mer, et faire contester son titre de roi à Guy de

la mnnicip. de Marseille, 1. 1 , p. i gd ; Guesnay» * Contin. de GuiiL de Tyr, p. 1 5o ; M. Rei-

Hist. eccl, MassiL p. 336; Hist. de Chypre, naud, SS 5d-55, p. 293 et suiv. Vinisauf,

t. II, p. 28. p. 293 et suiv.

' Voy. ie privilège de Conrad aux Mar- ^ Conlin, de GuilL de Tyr, p. i5o; Vini-

seiilais en 1 187; Méry, ibid. t. I, p. 190. sauf, p. 269, 279.

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