‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 181 sur 283 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

SUITE ET FIN DU R^GNE DE HENRI f.

Alliance momentanée des Francs et des Arabes de Syrie. Invasion et ravages des KLarismiens en Palestine. Les Francs évacuent pour la dernière fois Jérusalem. Le sultan d'Egypte bat les chrétiens et les Arabes ligués contt'e lui. Mort d'Alix de Champagne. Le roi Henri de Lusignan devient seigneur du royaume de Jérusalem. Son indépendance politique, ôommc roi de Chypre , déclarée par le Saint-Siège. Succès du sultan d'Egypte en Syrie. Croisade de saint Louis. Séjour du roi de France en Chypre. Ambassadeurs mongols. Étendue de Tempire des Mongols. Premières relations des chrétiens avec ces peuples. Dispositions pour rembarquement de Tannée. Plan de campagne de saint Louis. Force de son armée. Le roi de Chypre part avec le roi de France pour TÉgypte. Il entre avec lui à Damiette. H quitte Tannée croisée. Faits ecclésiastiques. Difficultés avec les Grecs et avec Tarchevêque latin , Hugues de Fagiano. Mariage et mort du roi Henri. Faits judiciaires. Origine du greffe de la cour des bourgeois.

Aux années agitées de la minorité d*Henri P' f uccédèrent des jours plus calmes. Ce temps de repos intérieur nous permet de porter un moment nos r^ards hors de Tile, et rien , dans les pays voisins, n'appelle autant notre attention que la rivalité toujours vive des princes arabes. La guerre des sultans d'Egypte et de Syrie pouvait, en effet, en se prolongeant, permettre aux Francs de consolider leurs établissements et de reporter enfin le siège de la royauté dans les murs de Jérusalem fortifiée de nouveau. La Providence voulut que tous les événements qui paraissaient devoir leur être favorables, tournassent bientôt contre eux.

Malec-Salah Nodgem-Eddin , quoique bien dédommagé par la conquête des provinces d'Afrique de la perte de Damas, ne pardonnait pas à son oncle Ismaêl de lui avoir enlevé son premier royaume. Il s'autorisait d'ailleurs des droits de Satadin et de Malec-Adel, et voulait, comme eux, régner sur la Syrie jusqu'à TEuphrate. Le sultan de Damas, pour se prémunir contre des projets hautement avoués, forma alors une ligue avec les émirs d'E-

Alliance

momentanée

fies Francs

et de* Arabes

de Svrie.

1244. messe et de Karak, qui avaient leuri principautés au delà de TOronte, et, ne se trouvant pas encore assez rassuré par leurs promesses, il sollicita le concours des chrétiens de Saint-Jean d'Acre.

Les chevaliers, alliés d'Ismaêl dès le temps de la croisade du roi de Navarre, conclurent, à cette occasion, avec lui un nouveau traité, qui leur confirmait itérativement la possession de Jérusalem et de presque tout le pays situé à Touest du Jourdain , à la condition de combattre ensemble les vues et les armées du sultan d'Egypte ^. Malec-Salah ne pouvait invoquer les trêves arrêtées antérieurement de son côté par le comte de Gornouailles; les chevaliers d'Orient, à l'exception des Hospitaliers, dévoués aux intérêts de l'empereur, étaient restés étrangers aux négociations du pcince anglais, et, après son départ, le traité auquel il avait donné tous ses soins et attaché tant d'importance, était tombé de lui-même et demeuré sans effet

Alarmé de l'alliance formée contre lui , le sultan d'Egypte réclama alors l'assistance d'une peuplade belliqueuse, que les invasions avaient successivement poussée de l'Asie centrale à l'entrée de la Syrie. L'apparition de ces hordes sauvages, qui passèrent comme un fléau sur la Palestine, et que ceux-là mêmes qui les avaient appelées furent obligés de combattre ensuite, est un navrant épisode des envahissements de la race mongole vers l'Occident

invaiioQ Depuis le conmiencement du* siècle, d'innombrables armées de Tartares

et de Mongols, parties du fond de la Chine sous les ordres de (jengis-Khan , avaient parcouru l'Asie edtière, franchi le Dnieper et paru sur le Danube, d'où elles effrayèrent longtemps l'Europe. Les premières invasions, après avoir subjugué la Boukharie, dispersèrent la nation des Kharismiens, et 1^ armées suivantes refoulèrent jusqu'aux bords de la Mésopotamie le dernier noyau de cette population guerrière, qui avait eu pour capitale la ville d^Organdi ^ sur le Gihon , au sud de la mer d'Aral , dans le Turquestan moderne ^. Il y avait sept ou huit ans que les Kharismiens avaient établi leurs tentes sur les terres de l'ancienne principauté d'Edesse, lorsque Malec-Salah leur demanda de venir se joindre à son armée. Il livra d'avance la Syrie entière à leurs déprédations, et promit de leur abandonner à perpétuité, pour s'y

* M. Reinaud , p. kk^*kkk ; lettredu grand Kharesm,par Mirkkùnd, 1 8 is , in>8*; Haîton , maître de THôpital; MaUh. Paris, ann. 1 344» Hist. orient, seu de Tartaris, in-i**; (Brandep. 420* bourg) 1 67 1 , p. 4 f 35 ; M. Quatremère , No-

* Ou Organci. dceset Extr, des mss. t, XIII, p. 389; M. Rei- ^ Voy. M. Defrémery, Hist des àuUans du naud, Chron, ar. p. 444.

on Palestine.

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liier, la Palestine et la ville de Jérusalem , s'il parvenait, avec leur assistance, 1244. à se défaire de ses ennemis ^ Les Kharismiéns travei^èrent TEuphrate vers le commencement de Tannée 1 244 > passèrent le Jourdain, et marchèrent sur la Judée, en tournant les montagnes de la Samarie, laissant partout la ruine et la mort sur leurs traces. Ualliance que les chrétiens avaient peut-être imprudenmient formée allait avoir de terribles conséquences pour eux.

Les chevaliers de Saint-Jean d'Acre, surpris c^mme les sultans de Damas lm Fnne»

cvacnont

et de Karak, n'eurent pas le temps d'envoyer assez tôt des secours à Jéru- pour salem , où les grands maîtres se trouvaient seuls avec quelques-uns de leurs JéniMiem. frères et le patriarche^. Les premières attaques des Kharismiens furent cependant repoussées ^. Mais la garnison du château de David, unique point de la ville en état d'opposer une vraie résistance, ne crut pas pouvoir se défendre plus longtemps, et résolut de gagner la côte. Ceux des Francs qui s'étaient hasardés à revenir dans Tintérieur du pays depuis l'alliance faite avec Ismaël et un grand nombre de chrétiens indigènes, qui l'habitaient de tout temps, épouvantés à l'approche des Barbares, se mirent sous la protection des hcmimes d'armes de la citadelle, et tentèrent de se sauver avec eux. Leur espoir fut cruellement déçu. Les Arabes de la mer Morte, au mépris des Arrangements des émirs, se mirent à la poursuite des fugitifs, les pillèrent, en tuèrent ou prirent un grand nombre, et harcelèretit le reste jusqu'à la plaine de Rama, où les Kharismiens les atteignirent De six mille émigrants, hommes ou femmes, qui avaient pris la route de Jaffa, à peine trois cents malheureux échappèrent par miracle au massacre ou à la captivité ^.

Les Kharismiens s'abattirent sur Jârusalem comme des bétes féroces. Ils égoi^èrent ce qui restait de la population chrétienne; ils souillèrent les églises et les tombeaux des rois; puis ils se retirèrent avec leur butin et allèrent joindre l'armée de Mdlec-Salah, qui les attendait près de Gaza^.

Les messages des chevaliers et des prélats d'Orient annoncèrent ces tristes nouvelles aux princjes d'Europe, en implorant leur compassion *. Les Francs, s'ils n'avaient pu rétablir dans sa réalité. le royaume de Jérusalem, avaient

' Conlin. de GailL de Tyr, p. 662 ; MaUh. ann. 1 244 , p. 427 ; cf. p. 4) 1; M. Reinaud,

Paris, ann. 1244. Chron. ar, p. 445.

* Lettre de Frédéric, citée par Rinaldi, * Continuateur dé GaïU. de Tyr, p. 563,

ann. 1^44. Sa etsuiv. t. XXI, p. Soi. 564; M. Reinaud, Chron. ar» p. 445; lettre

^ Conûn. de Guill. de Tjr, p. 56«i. des prélats de Terre sainte, Matthieu Paris,

^ ïd» ihià. Lettre des prélats de Terre sainte p. 4 a 8. aux prélats de Frartcc, dans Matthieu Paris, * Idem, p. 420, 437, 428.

au moins la consolation, depuis la croisade de Frédéric, d'occuper la ville sainte et d'y satisfaire librement leur piété. L'invasion des Kharismiens les en chassa pour toujours. Nulle armée chrétienne ne revit plus jamais le château ni les murs de la ville de David; et les pèlerins n'entrèrent depuis au saint Sépulcre qu'en se soumettant à d'humiliants tributs.

'do Svrio.

Ociobre 1244. Ismaël avait, pendant ce temps, fait des préparatifs de défense et reçu des Lo.»uiun renforts des "Francs de Syrie et de l'île de Chypre ^ 'que séduisait tout espoir

bat les^iLtioDs d'affaiblir Malec-Salah , au lieu de laisser ce soin aux propres ennemis qu'avait le sultan parmi les Sarrasins. Sans attendre l'attaque de son neveu, le prince de Damas était venu au-devant de lui dans la plaine de Gaza, destinée, par sa position sur la limite du désert, ii être le champ clos des armées d'Egypte et de Syrie. Il y fut entièrement défait ^ et obligé de regagner en désordre sa capitale, où Nodgem-Eddin l'assiégea bientôt. Les émirs, ses partisans, blessés d'avoir des chrétiens pour auxiliaires , croyant , d'ailleurs » imprudent d'engager l'action contre les forces qui leur étaient opposées, s'étaient battus sans confiance. Les chrétiens, placés à l'aile droite, où Philippe de Montfort portait l'étendard royaP, se conduisirent admirablement^. Le centre et l'aile gauche d'Ismaêl étaient en fuite, qu'ils résistaient toujours. Ils avaient quinze cents cavaliers et dix mille fantassins ^. Mais ils furent écrasés dans une dernière attaque du corps des Kharismiens, où se trouvait plus de dix mille cavaliers^. Un grand nombre de prélats et de barons, l'archevêque de Tyr, le connétable de Tripoli, les deux grands maîtres du Temple et de l'Hôpital, furent tués ou^nmenés en Egypte ''. Parmi les prisonniers de Gaza se trouva Gautier IV de Brienne, comte de Jaffa, beau-frère du roi de Chypre. Blessé grièvement dans le combat, et pris par les Kharismiens, le comte Gautier fut traîné

* Cont de Gttill. de Tyr, p. 428.

* Le 18 octobre i244. Cont. de GniU. de Tyr, p. 43 1 ; lettre de Frédéric II à Richard de Comouailles, de Foggia, 3* indiction, ap. Matth. Paris, ann. 13 44, p. 419; lettre des prélats de Syrie aux prélats de France , de 1 244 > ap. Matth. Paris, p. 428.

* ' Lettre de Frédéric II à Richard de Cornouailles, ap. Matth. Paris, p. 419. Dans une lettre concernant la même bataille , Guillaume deChâteauneuf, nouveau grand maître de THôpital. dit, par erreur, que Montfort y fut tué. ( Idem, p. 42 1 . )

.* Ibn-Giouzi, témoin oculaire, rend ce témoignage. (M. Reinaud, p. 445.)

^ Ibn-Giouzi, ioc, cil. Le continuateur (p. 428] et Sanudo (p. 217) donnent aux chrétiens six cents chevaliers , sans compter les autres cavaliers et les gens de pied, p. 428.

* Dix mille, suivant les Arabes (M. Reinaud, p. 444) ; vingt mille , d après le continuateur (p. 427-428, 429) et d'après Sanudo (p. 217).

'^ Contin, de Gmll de Tyr, p. 43o*^ Matth. Paris, ann. i244 . p« 420.

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