‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 182 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIII

deyant le château de Jafia et attaché à une croix *oà on voulait le laisser périr, s'il n'engageait les siens à ouvrir leurs portes. Loin de céder à ces menaces, il ordonna aux assiégés de se défendre, et sauva la ville par son dévouement. Il fut livré au sultan d'Egypte avec d'autres captifs, et conduit au Caire, où il périt peu après malheureusement. Frappé à la joue par un émir avec lequel il jouait aux échecs dans sa prison, Brienne, à défaut d'armes pour venger son aOront, saisit l'échiquier et tua l'agresseur. Il fut aussitôt renversé et étranglé par les Arabes qui l'entouraient ^ C'est peu de temps après que le comté de Jafia, avec ses dépendances d'Ascalon et de Rama, fut donné h Jean d'Ibelin, le jurisconsulte, par le roi Henri, devenu régent, et, en réalité, souverain du royaume de Jérusalem^.

La mort de sa mère Alix, survenue en i246 ', sans donner encore au roi de Chypre la royauté de Syrie, remit de fait en ses mains le gouvernement des deux pays. La régente morte, Raoul de Soissons, absent et oublié, la cour d'Acre reconnut Henri de Lusignan pour le plus prochain parent du roi Conrad présent en Syrie, et le saisit de l'autorité. Mélissende de Lusignan , sœur utérine d'Alix de Champagne, et alors veuve de Boémond IV, aurait pu réclamer aussi le bailliage de Jérusalem, en invoquant les droits de sa mère, Isabelle I'', femme du roi Amaury II. On ne voit pas qu'elle ait contesté la r^ence à sa sœur aînée, en 1 243. Si elle demanda, dans cette nouvelle circonstance , à succéder à son pouvoir, on comprend que les liges , en défiance de la maison d'Antioche, favorable à Frédéric, aient repoussé sa requête et donné la préférence au gouvernement de son neveu ^. Le roi Henri ajouta depuis lors à ses qualifications le titre de seigneur da royaume de Jérusalem ^, que son fils conserva. Hugues m, son second successeur, consomma l'union des deux couronnes, en 1269, quand la haute cour de Saint- Jean d'Acre, après

Mort

de

la reine AIîk.

* Amadi , fol. 1 65 ; FI. Bustron , fol. 181. Joinville a entendu raconter autrement la mort de Gautier de Brienne. (Bouquet, t. XX, p. 271.)

* Le premier acte où nous trouvions Jean d^Ibelin qualifié de comte de Jafia et seigneur de Rama est du mois de juin 12^7. (Hist. de Chypre, t. III, p. 647» 649.)

' Amadi, fol. 160.

* Mélissende , devant peu compter sur la faveur des chevaliers d'Acre, exposa ses plaintes au Saint-Siège et demanda son ap-

pui. Innocent IV, dans une lettre du 34 mars 1249» que M. Huillard-Bréholles veut bien nous signaler, recommande faiblement ses droits au légat apostolique , Eudes de Châteauroux, alors en Orient. (Paris, Bibl. impér. Reg. orig. d'Innocent IV.) La réclamation ne. parait avoir eu aucune suite.

* Dès le mois d'avril i 947» au moins, la cour de Rome lui donne ce titre. (Voy. Hist, de Chypre, t. II , p. 66, notes ; Sanudo , p. a 1 8 ; Dandolo, ap. Murât, t. XII, col. 357 ^^ ^^' après, p. 339.)

avoir tenu en suspens, |)endant plus de vingt-cinq ans, Teflet de la constitutiob d'outre-mer, par égard pour le droit de la famille d'Isabelle, dernière reine héréditaire de Jérusalem, et vainement sollicité la présence de Conrad ou de Gonradin, ses enfants, se décida à donner Tinvestiture définitive de la couronne de Jérusalem au roi de Chypre ^ *

Le roi de Chypre

seigneur

du royaume

de JéruMlem.

Le titre de seigneur du royaume, tout en renfermant une reconnaissance implicite des droits supérieurs de la souveraineté de Conrad, n'avait plus le simple caractère de délégation momentanée comme celui de baiie ou de régent, que portèrent les chefs du gouvernement de Terre sainte depuis Fabsence du souverain. Il conférait effectivement et définitivement à Henri de Lusignan les pouvoirs de la royauté , plus complets peut-être que Henri de Champagne, qui ne prit jamais le titre de roi, ne les avait exercés avant lui. Le nouveau seigneur confirma ou modifia les nominations aux hautes charges faites par &a mère. Il donna le conunandement de la ville de Tyr à Philippe de Montfort, déjà sire de Toron par sa femme ^, et changea bientôt cette charge en seigneurie héréditaire. D nomma son cousin Balian dlbelin, fils aine du vieux sire de Beyrouth, baile de Jérusalem, pour gouverner en son nom le royaume de Syrie'; et Balian ayant été tué Tannée suivante devant Ascalon ^, le roi remit ces fonctions au quatrième fils du sire de Beyrouth, Jean d*Arsur, qui parait les avoir conservées presque sans interruption , par des confirmations successives, jusqu'au règne de Hugues 11^.

* Voy. Hist de Chypre, i, II , p. 66 , notes ; p. 73 , notes.

' Amadi , fol. 1 60. (Voy. ci-dessus , p. 3 a 1 .) ^ Id, fol. 161; cf. Sanudo,p. 318.

* Cf. FI. Bustron. fol. 177-178; Amadi. fol. 161.

' Il semble que la dignité de baile, depuis que les rois de Chypre eurent la seigneurie ou la lieutenance générale du royaume de Jérusalem , n ait plus été déléguée par eux que temporairement et pour un temps assez limité. Mais on voit aussi que les rois durent souvent maintenir les bailes en fonctions au delà du terme normal . ou renouveler leurs pouvoirs. En 1247, à 1^. mort de Balian dlbelin de Beyrouth , le roi Henri , d'après les conseils de Philippe de Montfort , avait d*abord confié le bailliage au

chevalier Jean Fuinon ( Contin. de Guilî. de Tyr, p. 436; Amadi, fol. 161], le même, peut-être, qui avait été à la conquête de Constantinople. (Villehard^d. P. Paris , p. 2 , 46.) Jean d7belin d'Arsur, institué la même année 1 2471 se retrouve en fonctions en 1 349 (Amadi, fol. 163) et en 1 95o [Assites, t. II, p. 246); puis, sous la minorité d^HuguesII. en 1 253. ( Contin, de GailL de Tyr, p. 44 1 . 443 ; Amadi , fol. 167, 169; cf. Assises, t. II , p. 4oi.) Son cousin, Jean d*Ibelin, comte de Jaffa , occijqie le bailliage pendant les années i254et]255. {Contin. de GuilL de Tyr. p. 44 1 ; Amadi , fol. 1 67 ; cf. Assises, t. II, p. 4 01.) Le sire d'Arsur y rentre en 12 56, et conserve la charge jusqu'à sa mort, en 12 58. (Contin. de Gnill de Tyr, p. 443 ; Amadi , fol. 169.)

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