LIVRE I, CHAPITRE XIII
nûssionnaiies et les voyageurs du moyen âge appellent Cambalec ou Khan- 1248. balik ^. Ils remirent une lettre promettant au roi Tamitié et Talliance de leur maître. Si Ton eût ajouté foi à ce qui se répandit alors dans Tarmée chrétienne, on aurait pu compter sur une diversion aussi formidable qu*opportune et décisive, au moment où Ton se préparait à attaquer les Arabes. D'après ce que répétèrent les croisés, trompés vraisemblablement par Tignorance ou l'exagération des premiers interprètes, les ambassadeurs du vice-roi mongol auraient annoncé que le khan se proposait de marcher contre le calife de Bagdad, pendant que le roi de France allait envahir les Etats du sultan d'Egypte, afin d'empêcher les musulmans de la Mésopotamie de venir à son aide. Gaïouk devait pénétrer ensuite lui-même en Syrie, achever Textermination des musulmans, et rendre la ville de Jérusalem aux chrétiens, qu'il aimait et dont il professait la religion ^.
Messagers d'une alliance réellement projetée, mais prématurée, ou seulement espions cachés sous le rôle de négociateurs, les envoyés dllchi- Khatai furent bien accueillis par saint Louis et repartirent , après un séjour de quelque temps dans Tile de Chypre, avec des ambassadeurs du roi et de nombreux cadeaux, parmi lesquels figurait une chapelle portative disposée en forme de tente.
Nulle action, du reste, ne put être alors combinée avec ces peuples bar- Êt»dae
* ^ de l'empire
bares et orgueilleux, que l'on connaissait imparfaitement et qui semblaient àt» aspirer à la domination universelle. Arrêtés dans leurs invasions vers le centre de l'Europe, les Mongols n'avaient pas tardé cependant à se fractionner. Une partie avait fondé le royaume du Kaptchak , dans la Kazarie et la Crimée, entre l'Oural et le Dnieper. Les masses principales de la population s'étaient reportées heureusement vers l'Asie, dans les régions immenses qu'entourent le Caucase, le Taurus et l'Himalaya. C'est là que régna pendant deux siècles la dynastie des Gengiskhanides de Perse, dont les Etats s'étendaient de cinq ou six cents lieues au delà des limites de la Perse actuelle, et formaient le plus vaste empire qui ait jamais existé. De la Chine à l'Asie Mineure, tous les pays avaient été ravagés ou soumis. Les sultans seldjoucides d'Iconium et les rois chrétiens de la Petite Arménie, réduits à un état de vas-
^ Recueil de mémoires et de voyages pu- * Cf. Joinville , p. 211; G. de Nangis ,
hliés par la Société de géogr, de Pai'is, t. IV ; Gesta , p. 358 , 362 ; lettre de Jean Sarrasin ,
M. d'Avezac, Mém. sur les voy. en Tartane, p. 670; Matth. Paris, ann. 12491 P* ^*^'
p. S 19. Qi Additam. p. 116.
selage, avaient peine à conserver un reste d'autorité. Les princes chrétiens et musulmans, unis par le danger, en vinrent à se liguer quelquefois pour essayer de résister et de se sauver ensemble. Deux mille Latins, passés au secours des Turcs dlconium , sous les ordres du chevalier chypriote Jean de Limniate^ et de Boniface de Molino, noble Vénitien, avaient disparu en i24â , sans qu'on ait su depuis quel avait été leur sort^. Ce fut un fait isolé et sans conséquences. Les Chypriotes n'eurent jamais rien à redouter directement des Mongols, dépourvus de marine; et, dans la suite, quand les successeurs d'Henri I*' prirent part aux guerres du continent, ils furent toujours, comme la sagesse le leur conseillait, du côté des Mongols contre les musulmans.
Premiiret Tola lions
des chrétiens avec
CCS peuples.
Les Arméniens, les premiers, étaient parvenus à s'entendre avec les conquérants descendus des steppes boréales. Ils les décidèrent à mén^r les populations chrétiennes qu'ib trouvèrent dans l'Asie occidentale et à s'en faire des auxiliaires. Ib réunirent leurs troupes à leurs armées, tantôt contre les Turcs seldjoucides, tantôt contre les Arabes d'Alep. Sempad, connétable d'Arménie, et frère du roi Haîton I", avait entrepris de pénétrer jusqu'à Karacorom, afin de conclure une alliance solennelle avec le^and khan lui-même. On a une lettre du connétable adressée au roi de Chypre, son beau- frère, à la reine Émeline ou Stéphanie, sa sœur, à Jean d'Ibelin (comte de Jaffa) , qu'il appelle son frère, et à Marie, sa sœur, dans laquelle Sempad donne des nouvelles du courageux voyage dont il avait à peine fait alors la moitié. La lettre, écrite à Samarkhand, en Boulharie, le 7 février 12^7 ou 1248, arriva en Chypre à l'époque où saint Louis se trouvait dans l'ile ^.
Quelques marchands européens avaient, dès ce temps , pénétré en Chine et dans la haute Mongolie. Un plus noble mobile avait porté des missionnaires apostoliques à aller prêcher l'Évangile dans les mêmes contrées. Jean du Plan de Carpin, religieux cordelier, envoyé par Innocent IV à l'empereur mongol, s'était trouvé à Karacorom lors de l'inauguration du khan Gaîouk,
* Limnati , vUlage et fief dans le Kilani , au nord de Limassol.
• Sanudo, p. 335-a36; cf. Tillemont, HisL de saint Louis, t III , p. 8 , et Joinville , p. 3 1 2 , ap. Bouq.
' « Saurequant , die tu* Febmarii.» Une copie de ia lettre de Sempad , appelé Rembacfa , fut envoyée au pape par le légat Eudes
de Chftteauroux, dans sa lettre du i''« avril laAg. (JyKchery^Spicileg. t. III, p. 634; liinaldi , il nnal. eccUs. 13^9; Reinhard, Hisl. de Chypre, 1. 1 , pr. p. 43.) Vincent de Beauvais (îiv. XXXI , t. IV , p. 1 3 1 6 ) et Guillaume de Nangis (Gesta 5. Ludov, ap. Bouquet. t. XX, p. 36o) ont transcrit également ce document curieux.