‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 186 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIII

au mois d'août i246^* Le commerce retira de grands avantages des routes 1248/ pa vertes aux Occidentaux dans ces régions nouvelles;. mais les missions y furent absolument stériles. Après avoir flotté dans les vagues pratiques d'une idolâtrie voisine du fétichisme, les Mongols passèrent à Tislamisme avant la fin du siècle, sans avoir pu s'élever à la morale chrétienne.

L'espoir de leur conversion séduisit longtemps la cour romaine et quelques princes chrétiens. Saint Louis partagea aussi ces illusions généreuses, et, en chargeant trois missionnaires de porter sa réponse à Ilchi-Khataî, le saint roi semblait bien plus désireux d'amener le chef mongol à la foi de l'Evangile que d'obtenir de lui un concours militaire. S'il eut été possible de réaliser alors cette alliance, si une armée mongole, comme on le vit plus tard quand les chrétiens furent trop affaiblis , eât envahi la Syrie pendant que l'armée du roi de France attaquait l'Egypte, l'empire chrétien se relevait et se peipétuait peut-être à Jérusalem.

L'hiver était cependant passé, et les chevaliers chypriotes, qui avaient i^^^pris la croix à l'exemple du roi Henri ^, faisaient leurs dispositions pour en- Dispositions trer en campagne avec les Français. Quelques renforts étaient venus d'An- i*«n»b.rqu«n«ni gleterre^; d'autres arrivèrent des îles de l'Archipel, où le mauvais temps avait retenu beaucoup d'Occidentaux ^. Une des grandes difficultés était de trouver des moyens de passage suffisants pour toutes les troupes réunies alors dans l'ile. Beaucoup de navires qui avaient servi l'armée de saint Louis étaient retournés en Italie. Chypre n'avait encore qu'une marine fort restreinte. Les patrons d'Europe, restés dans les ports de l'tle ou de Syrie, mettaient au nolis de leurs vaisseaux des prix que les chevaliers ne pouvaient payer. Saint Louis intervint avec sa générosité ordinaire. Il fixa des tarifs raisonnables, il distribua une part de ses trésors aux chevaliers croisés, ou cautionna les prêts que leur firent les marchands d'Italie et de Languedoc ^. En même temps il réconciliait par ses conseils le prince d'Antioche avec le roi d'Arménie, il facilitait un nouveau compromis au sujet des dîmes entropies prélats et les barons chypriotes, et cherchait à faire rentrer dans

' Relation de Jean du Plan de Carpin, ^ Matth. Paris, ànn. 13^9, p* 5i3; cf.

Recueil de la Soc, de ^éogr. de Paris, t. IV, p. 617, 5 2 5. p. 590, 760 et suiv. ^ Guillaume de Nangis» Gesta, p. $70.

* Nangis, Gesta , ap. Bouq. t. XX , p. 356; ^ Lettre du légat Eudes, du i*' avril 1 2^9 ,

CkroiL 1. 1 , éd. Géraud ; Baudouin d*Avesnes , ap. Reinhard , 1. 1 , pr. p. 43 ; Arch. de TEm-

Ckron. ap. Bouquet, t. XXI ; Hist, de Chypre, pire , sect hist J. A4 1 , nnni. 7,8,1a. ( Voy.

t. Il , p. 65 , notes. Hist. de Chypre, t. II , p. 64.)

Tile les prêtres grecs qui s étaient éloignés , afin d'assurer les efforts de tous les chrétiens au succès de la croisade ^ On avait fait construire des barques dans File ; on fit venir des bâtiments de F Archipel ^, et Ton réunit ainsi les transports nécessaires. Un grand nombre de chevaliers bretons , campés près de Limassol, chargèrent à cette occasion un patron de Nantes, nommé Hervé, venu avec eux en Orient, de fréter à leur compte un navire pour les porter de Chypre en Egypte \

Plan de campagne

do saint Louis.

On laissait encore ignorer si Ton se dirigerait sur Damiette ou sur Alexandrie, afin d'obliger le sultan à diviser ses troupes^. Mais on avait résolu de débarquer sur Tun de ces deux points, et Ton inclinait à se porter vers Damiette, dont on voulait avant tout s'emparer. Le souvenir de la campagne de 1219 était présent à tous les esprits. On espérait mettre à profit son exemple, et éviter ses fautes. On avait depuis longtemps reconnu qu'il fallait attaquer l'Egypte par mer, et que l'occupation de Damiette ou d'Alexandrie était la condition indispensable de la conquête du Caire. Si l'on parvenait à s'établir fortement au cœur de l'Egypte, il paraissait difficile que Jérusalem et Damas, privées de leurs réserves et de leur appui habituels, pussent résister à l'invasion.

C'était le plan conçu d'abord par Innocent III , lors de la grande croisade de l2o4^ rappelé par Honorius III en 1217 ^ tenté en 1219 dans des conditions désavantageuses, recommandé néanmoins de nouveau par les barons de Syrie en 1238 au roi de Navarre''; représenté plus tard avec instance aux princes d'Europe, en i3o8 et i3ii, par le grand maître du Temple^ et par le roi Henri II de Lusignan^; plan qui, dans ses con.ditionsvessentielles, est le fondement et la conclusion pratique de louvrage adressé par Sanudo le Vieux au pape et au roi de France, en i32l ^^. Sanudo voulait

* Vinc. de Beauvais, liv. XXXI, t. IV, p. i3i8; Matth. Paris , ann. 1249, p. 5i3; Nangis, Gesta, ap. Bouq. t. XX, p. 358, 368 ; lettre du légat Eudes , du 1*' avril 1 24 9 ; Reinhard , 1. 1 , p. 48.

* Voy. Tillemont, Hist, de scdnt Louis, t. III, p. 234.

^ Hist, de Chypre, t. II , p. 64 et notes.

* Voy. Tillemont. t. III, p. 233, 236; cf. Matthieu Paris, 1249; Additamenta,p, 108.

^ Sanudo, lib. H, p. 11, ch. ix, p. 48. (Voy. ci-dessus, p. i55, 193.)

^ Voy. ci-dessus, p. 193.

^ Voy. ci -dessus , p. 3 1 6.

' Baluze , Vitœ paparam. Aven, t. II , c. 1 79. Le mémoire d*un anonyme au roi de France est encore plus explicite. (Ibid, col. 1 90.)

* Hist, de Chypre, t. II, p. 118.

^® Sécréta fidelium cruels, lib. II, part. 11. Continet rationem. ostensivam qaod iier maritimam de JE^pto sit potins eligendum. (Cap. Ti 11.) Continet quod in ACgypto primo hellandam est contra Saracenos pro recupcratione Terne sanctœ. (P. 37, 47.)

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