LIVRE I, CHAPITRE XIII
atteindrait peut-être, mais avec peine, le chiflFre de cinquante mille honmies, is m»\ 1249. que les calculs les plus acceptables des chroniques arabes donnent à Tai^née débarquée en Egypte sous les ordres du roi de France ^.
Le i3 mai, jour de TAscension^ les croisés mirent à la voile dans les Le roi de Chypre divers ports de ille de Chypre ^, et se réunirent à Limassol , où le roi saint avec le roi Louis s'embarqua le soir même avec sa maison, à bord de la Montjoie\ Le pouri'é^%. roi Henri, dont les écrits comtemporains ne parlent presque point en ces circonstances, mais que l'on sait avoir assisté à la prise de possession de Damiette, avait sans doute fait ses apprêts dans le même port. Quand la flotte fut assemblée, elle compta plus dé mille huit cents navires ^. Aussi loin que la vue pouvait s'étendre, dit Join ville, on n'apercevait que voiles blanches flottant sur la mer. Après quelques jours d'attente, quand le grand convoi allait cingler vers l'Egypte, une tempête violente l'assaillit et le bouleversa. Saint Louis, poussé par le vent jusqu'à Paphos, revint vers Limassol et jeta l'ancre près du cap Gavata. Il fut obligé de séjourner plus d'une semaine dans la rade, attendant le beau temps et le retour de ses vaisseaux dispersés. Dans l'intervalle, il vit arriver sains et saufs, avec des renforts, Guillaume de Villehardouin, prince d'Achaîe, accompagnant Hugues IV, duc de Bourgogne, qui avait passé l'hiver à la cour de Morée ^. En touchant à Rhodes, Villehardouin avait donné cent de ses chevaliers aux Génois, alors maîtres du château, que Théodore Contostéphane parvint, nonobstant ce secours, à leur enlever peu après ''. Le roi reprit la mer le 20 ou le 21 mai ^, inquiet encore du sort de cent cinquante navires et d'une grande partie de ses chevaliers ^.
Le vent étant redevenu contraire, la flotte mit huit jours à une traversée qu'un temps favorable permet de faire aisément en deux ou trois jours , et n'arriva en vue de Damiette que le vendredi 4 juin 1^. Les hommes embar-
* M. Reinaud , p. d48, 475.
* Jean Sarrasin , p. 67 1 ; lettre da comte d*Artois à Blanche de Gastiile; ap. Matth. Paris, Additp, i07;Gailiaume de Nangis»
Guta, ap. Bouquet, t XX, p. 870.
^ Jean Sarrasin, p. 671 ; lettre du comte d'Artob, îoc. cit. p. 107.
* J. Sarrasin, p. &71, 589.
* Joinville, p. 31 3.
* Idem, Ufiden: Nangis, Gesia, p. 370; V. de Beauvais , liv. XXXI , t. IV , p. 1 3 1 9 ;
G. Guiart, Royaux lignages, éd. Buchon. in-8% p. 3i, 33.
' G. Acropolite, éd. Bonn. p. 94 ; Nangis , GesIa, p. 370.
* Contin, de Guill. de Tyr, p. 437.
* Matth. Paris, Âddit. Tiliemont, t. IIJ, p. 338. Joinville dit même que saint Louis avait à peine le tiers de ses chevaliers quand il débarqua en Egypte, p. 3i3, 3i4.
'* Le vendredi après la Trinité. (Jean Sarrasin , p. S89 \ lettres du comte d* Artois et
Mai jaiD 1249. qués le i3 mai avaient déjà vingt-deux jours de mer^ Après un conseil tenu sur la Montjoie, où l'on émit Tavis d'attendre l'arrivée des navires rejetés sur les côtes de Syrie, le roi, résolu d'agir sans retard, décida que l'on débarquerait le lendemain , au lieu même où les chrétiens avaient pris terre trente ans auparavant. Le samedi 5 juin^, de grand matin, les divers corps répartis dans les galères et les nefs les plus légères, s'avancèrent avec ordre vers la plage, précédés de l'oriflanmie de saint Denis ', pendant que le légat, monté sur la galère royale, tenait la vraie croix élevée au-dessus de sa téte^. Plus d'un chrétien dut se rappeler qu'autrefois Moïse, près de ces mêmes* lieux, avait ainsi tendu ses mains suppliantes vers le ciel, pendant une bataille du peuple de Dieu contre d'autres infidèles.
Dans cette armée nombreuse, couverte d'armures brillantes, animée par l'exemple des chefs et le brmt des musiques militaires, Joinville remarqua surtout la compagnie d'un baron d'outre -mer, bien connu de nos lecteurs, et que le sénéchal de Champagne était flatté de compter dans sa parenté. Jean dlbelin , devenu un riche et puissant chevalier depuis ses débuts militaires à Gasal-Imbert, et créé récemment comte de JaiTa par le roi Henri, débarqua avec ses vatoaux à la gauche de Joinville. « Ce fut celui qui le plus «noblement arriva, dit le sénéchal, réduit, par suite d'un malentendu, à « débarquer sur une mauvaise chaloupe. La galère du comte de Jafia était « toute peinte en dedans et en dehors des écussons de ses armes : d'or à une «croix de gueules pâtée. Il avait bien trois cents rameurs, et, à côté de « chaque rameur, était un écu de ses armes , avec un penonceau ou bannière «portant ses armes brodées en or. Quand la galère s'avançait, il semblait «qu'elle volât sur les eaux, et on croyait entendre le tonnerre gronder au «bruit que faisaient les banderoUes, les timbales, les tambours et les cors « sarrasinois de ceux qui la montaient ^. *
Les Arabes ne purent empêcher la descente de l'armée chrétienne, que la vue du roi saint Louis, élancé dans les flots, avait électrisée. Vers midi.
du grand maître du Temple, ap. Matth. Puris,ii2(2if. p. i07f iio;G. deNangis.p. 370; Sanudo, p. 319.)
^ c Nous fusmes sur mer xxii jourx. » (Jean Sarrasin, p. 571.]
' Les chroniques arabes et chrétiennes 8*accordent sur cette date. ( Contin, de GuilL de Tyr, p. 437; Jean Sarrasin, p. 589; Matth. Paris, Addit. p. 107, 110; Nangis, Gtsta, p. 370; M. Reinaud. p. 45i.)
^ Joinville , p. 2 1 5 ; Guill. Guiart , Branche des royaus lignages, p. 35.
^ J. Sarrasin, p. 690; lettre du comte d* Artois, ap. Matth. Paris » Addiu p. 1 08 ; G. de Nangis, G^iCa^p. 370.
* Joinville , p. 3 1 5. Le comte de Jafia , fils de Philippe d'Ibelin , frère du vieux sire de Beyrouth, était parent des Joinville par sa mère Héloîse de Montbéliard , sœur de Tancien régent de Chypre sous Hugues I*'.