‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 189 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIII

ils battirent en retraite. Les troupes chargées de la défense de Damiette, sachant le sultan Malec-Salah presque mourant, s'enfuirent comme les autres, et la place, plus forte qu'à Fépoque où elle avait arrêté près de vingt mois Tarmée de Jean de Brienne, fut tout à coup abandonnée.

Juin 1249.

Le dimanche 6 juin ', le roi de France, après avoir fait occuper les portes ii entre avec lui de la ville par de forts détachements, fit son entrée solennelle à Damiette. Accompagné du roi de Chypre^ et du légat, du patriarche de Jérusalem, des prélats et des barons de Tannée, tous marchant pieds nus comme lui, saint Louis se rendit processionnellement à la grande mosquée, convertie aussitôt en église, pour remercier Dieu de ce premier succès, qui devait être, hélas 1 le dernier.

Un an après, au mois de juin 1260, le roi r racheté de la captivité, s'éloi- 1240-1250. gnait de TEgypte plus malheureux que Jean de Brienne, et se retirait en Syrie. La fougue inconsidérée des chevaliers d'Europe avait encore une fois compromis la guerre dès la première bataille rangée, et ruiné l'entreprise la mieux préparée pour le succès qu'on eût vue depuis la conquête de Saint-Jean d'Acre. Le nombre et le choix des troupes, la certitude des approvisionnements et des renforts, la prééminence incontestée du chef, conditions qui avaient manqué aux précédentes croisades, et qui assuraient la discipline des camps avec l'unité du conmiandement, tout fut inutile, et tout fut perdu à Mansoura, par le fol empressement du comte d'Artois à porter les premiers coups aux infidèles.

Pendant qu'on se battait encore sur les bords du Nil , les Arabes de Syrie attaquèrent les garnisons chrétiennes et s'emparèrent de Sidon , qui leur fut repris ensuite ^. Des collisions violentes entre les Génois et les Pisans troublèrent, à la même époque, Saint-Jean d'Acre. Le sire d'Arsur, lieutenant du roi de Chypre, parvint à réconcilier les deux nations; mais les jalousies ne tardèrent pas à se réveiller, et il fallut la parole écoutée de saint Louis pour

^ Le dimanche qui suivit TOctave de la Pentecôte. (Jean Sarrasin, p. 59 1 » 59 3 ; Matth. Paris , Addit p. 1 08 , no.) '

' V-inc de Beauvais , Spec. kist. t. IV du Spw, majns, iib. XXXI, p. i3i9; Nangis, Chron, éd. Géraud, t. I, p. aoii; Gesta S. Ludov, ap. Bouq. t. XX, p. 373; voy. HisL de Chypre, t. II , p. -65 , notes. Les rares témoigoages qui attestent la présence du

roi de Chypre à la croisade de saint Louis sont amplement confirmés par celui du roi Hugues III deLusignan, neveu de Henri I". « Et au passage dou rei de France i fu mon c dit oncle et emmena aveuc lui et dou plus c et dou miaus de ces dis homes à Damiate. » (Assises ti. II, p. 429, S 16; cf. p. 432.)

^ M. Reinaud, Ckron. arabes, p. 453; Condn, de GuilL de Tyr, p. A 4 1 •

empêcher le retour de luttes sanglantes. Si nous suivions le roi de France eu Syrie, nous le verrions plus admirable encore dans Tadversité que dans la bonne fortune « calme et confiant, relevant le courage des gens du pays en prolongeant à dessein de quatre ans son séjour parmi eux ^ toujours généreux au milieu de sa détresse, et, après avoir scrupuleusement acquitté le payement d'une énorme rançon , sachant trouver, encore des ressources afin de réparer les places fortes du royaume et donner au moins la sécurité à ceux qu il n'avait pu conduire à la victoire*.

Jl quitte l'armée

après la priso

de

DainîMte.

Le roi Henri avait quitté saint Louis peu de temps après la prise de Damiette^, pour revenir à Nicosie, en laissant dans Tarmée croisée cent vingt de ses hommes, aux ordres de Baudouin dlbelin, sénéchal de Chypre, et de Guy, son frère, le connétable, chargés conjointement du commandement des chevaliers d'outre-mer ^. Joinville, pour qui le roi de Chypre

semble n'avoir pas existé, et qui ne parle pas une seule fois, dans tout son récit, de ce prince, témoigne, au contraire, en mainte occasion, de sa haute estime pour les seigneurs d'Ibelin et leur famille. Il avait en affection particulière le connétable Guy, « l'un des plus entechiez (fameux) che- « valiers qu'il eût jamais vus et que plus aimoit les gens de ce pays ^. » Après l'assassinat de Touran-Schah, fils et successeur de Malec-Salah, les prisonniers chrétiens, croyant que les Mameloucs révoltés allaient rejeter la capitulation conclue avec son père, et ordonner leur massacre, demandaient l'absolution aux ministres de la religion, en attendant la mort. A défaut de prêtres, ils se confessaient à leurs amis. Messii^ Guy d'Ibelin s'agenouilla près de Joinville, et lui fit humblement l'aveu de ses fautes. « Je vous absous, '( lui dit le sénéchal, de tel pouvoir conotme Dieu m'a donné. Mais, quand je

^ « Les barons de cest paîs dient , se je m'en avoiz, que ic royaume de Jérusalem est «perdu, que nulz ni osera demourcr après amoy.B (Joinville, p. a 57.)

' Joinville; Coatin. de GuUL de Tjrr,p. à ko, 628; Sanudo, p. sao.

^ «Quant il (le roi de Chypre) parti de «Damiate à venir en Chypre, il convenansa «au rei de France de tenir en son service « G et XX chevaliers un an. • ( Document reluùf au service nùUtaire» Assises de Jérusalem, tome U, page d32 , S la.) On ne peut rien opposer à cette allégation positive, produite ,

en 1271, dans le sein de la hante cour de Nicosie, et confirmée par tout ce que Ton sait de la bataille de Mansoura et de se« suites. C'est faire un pur roman que d'associer le roi Henri à la captivité de saint Louis , et Ton dépasse les limites du raisonnable quand on ajoute que les Mameloucs, après le meurtre de Touraa-Schah, pensèrent à choisir le roi de Chypre pour leur sultan. (Loredano, Islorie de' re ùtsignani, p. 1 10.)

^ Joinville, p. aSi. 3)3.

^ Idem, p. a43.

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