‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 190 sur 283 · LIVRE I, CHATITRE XIII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHATITRE XIII

«me levai d'ilec, il ne me souvint onqiies de chose que il m'eût dite ne «raamtée^»

L'iiftbitude de combattre les Sarrasins avait permis aux barons d'outremer de s^Migager avec plus de mesure que les Français dans la bataille de Mansoura, et de mieax résister dans la déroute. Leur corps tint ferme, et fut en entier fait prisonni^ avec ses chefs ^. Durant la captivité , beaucoup d*0rientaux, parlant Farabe comme Baudouin dlbelin ^ durent servir de truckemans et faciliter les coouMinications entre les deux peuples. Philippe de Montfort, sire de Toron, remplissant Toffice de message lors de la prise du roi, conserva sa liberté^, et saint Louis ne fut pas obligé de payer pour lai une. rançon comme pour les autres chevdiers des royaumes de Jérusalem et de Chypre, tous rachetés, ainsi que les Français, des deniers mêmes du saint roi ^.

L'archevêque de Nicosie, Eustorge, originaire d'Auvergne, qui avait déjà partagé les périls de l'armée croisée au premier siège de Damiette, et qui resta en Egypte en l^^g^ après le départ du roi Henri, ne revit pas comme lui nie de Chypre. Il mourut à Damiette, le 28 avril 1260^, regretté de tonte l'armée, estimé surtout des Chypriotes, dont il était, depuis près de trente-dnq ans, le pasteur et le conseiller.

Son successeur, Hugues de Fi^ano, né au village de ce nom, près de Pise, ancien doyen de l'Église de Reims, en Champagne, savant et vertueux

Fait»

pcfléslaslîqiirs.

^ Joinville, p. 346. Le patriarche de Jérusalem rappelle la captivité de Guy d^Ibelin dans une lettre écrite d'Acre le 1 5 mai 1 3 5o. (Fell, Script, rerum. AngUc. Oxford, i684.

* Cf. Joinville , p. 93s , 3^3 , 3^4 » 346^. ' Idem, p. 346.

* Idem,-p, 339; Amadi, fol. i64<

^ ContÛL de Guill. de Tyr, p. 619; Joinville, p. 943, 348; Nangifl, Ge$ta,i. XX, p. 3 80; lettre de saint Louis, août i35o, ap. Du Ghesnc, Script, t. V, p. 43o.

* Amadi, fol. i63. Eustorge avait été nommé archevêque de Nicosie en 131 5 ( Le Quien , t. III , col. 1 3o3 ). La durée de .son épiscopat et son zèle incessant pour sa métropole sont marqués dans le cartnlaire de Sainte-Sophie par une série de pièces pres-

que continues , depuis Tan 1217 jusqu^à Tannée 1349, ^'^ ^à, 43, 44. 47-60, 58- 64 » 83 , 96. Rien n indique, dans ces documents, que deux prélats portant le même nom . et doués tous deux du même esprit d'initiative et de prudence, aient successivement occupé le siège de Nicosie. D'autre part , des lettres d'Innocent IV, de l'an 1 363 , insérées dans le cartulaire (n** 3i et 33), font mention de Tarchevéque Eustorge comme récemment décédé , et parlent d'un nouvel archevêque chypriote non encore institué. Il est donc probahle qu'une erreur s'est glissée dans la chronique jd'Albéric des Trois-Fontaines,où il est dit, dans une phrase isolée et peut-être déplacée par les copistes , que l'archevêque de Nicosie, Eustorge, mourut en 1339. (Bouquet, t. XXI, p. 636.)

1250 1253. prélat, n'eut pas toujours sa prudence. Venu en Orient à la suite de saint Louis, il fut chargé de la métropole de Chypre, probablement à la recommandation de ce prince. Les actes nombreux du temps de son épiscopat témoignent, chez lui*, d'un grand zèle pour maintenir la discipline ecclésiastique et pour étendre Faction catholique sur les populations indigènes ^ Une de ses constitutions, lue au peuple assemblé, le dimanche des Rameaux i25i, dans le grand cimetière de Tég^ise de Nicosie, frappe d'excommunication les Grecs qui nieraient la prééminence de TEglise romaine* et refuseraient obéissance à ses ministres ; ceux qui , mariés suivant le rite romain , n'assisteraient pas, au moins le dimanche, aux offices de Tég^se' cathédrale latine, et ne se confesseraient pas aux prêtres latins. La même peine est décernée contre tout chrétien qui porterait des armes, du fer ou du bois, aux Sarrasins, ou qui servirait sur leurs vaisseaux ^; enfin, contre tous ceux qui négligeraient de payer la dime à TEglisc de Nicosie ^.

Ces dernières comminations ^'adressaient aux fidèles de tous les rites , car les dîmes des domaines laissés aux Grecs et aux autres Orientaux avaient été, d'une manière générale, attribuées à l'Eglise latine, dès son institution en Chypre, au même titre que les dîmes des terres possédées par les Européens, comme une nécessité de son existence et de sa suprématie. L'archevêque était fondé à les réclamer avec insistance ; mais son désir d'assurer promptement la suzeraineté occidentale lui fit dépasser quelquefois les bornes de la modération.

On sait que le pape Célestin III et le cardinal Pelage, en r^ant l'établissèment de l'Eglise romaine en Chypre, avaient posé le principe de l'unité du pouvoir spirituel dans les mains de l'archevêque de Nicosie, seul métropolitain de l'île. Néanmoins le Saint-Siège avait approuvé les tempéraments apportés par les rois à ces décisions, en permettant encore aux Grecs de conserver leurs archevêques ^. Cette dérogation momentanée aux canons des conciles généraux , d'après lesquels un seul chef doit être mis à la tête des diocèses, était sans inconvénient. Elle montrait aux Grecs tout le prix qu'on attachait à leur adhésion, et permettait d'espérer qu'avec le temps et des ménagements on les habituerait à l'autorité latine.

^ Documents de 1 25 1 à i a 57 faisant par * Voy. notre HisU de Chypre, t. II , p. 1 «5.

lie des constitutions de l'Église de Nicosie. note.

(Mansi , Coll. concU, t. XXVI , col. 3 1 1 , 3i 7, ' Mansi , L XXVI , col. 3 1 1 , 336; Labbe ,

322, 336} Labbe, CoU. concil. t. XI, coli t. XI, col. 2375,2399. 2376. 2382 et sniv. 2399.) * Voy. ci-dessus, p. 324.

Page 1