‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 20 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE I

Lusignan. La reine Sibylle, sa femme, mourut au camp avec ses deux der- 1100.1191. nières filles, vers le milieu de Tété de Tannée 1 190^ Si Ton eût consulté les précédents établis par la haute cour des barons, Isabelle, la sœur cadette de la reine défunte, devenant reine, aurait associé son époux Humfroy de Toron à la royauté, conune Guy de Lusignan avait partagé. autrefois le trône de Sibylle. Tel fut en effet Tavis de quelques seigneurs et de plusieurs prélats désireux de conserver les traditions d'hérédité. Mais Humfroy était malheuleusement d'un caractère irrésolu et sans énei^e. On Tavait vu une première fois refuser une couronne qu'il se sentait incapable de porter; il ne pouvait devenir le chef d'un Etat désorganisé, qui avait besoin plus que jamais de direction et de défense. D'ailleurs Tordre du Temple et une partie des chevaliers de Syrie déclaraient que Guy de Lusignan , ayant été sacré roi, devait conserver Tautorité. Un parti plus puissant et plus nombreux s'était formé oncontMie

pour Conrad de Montferrat. Les plus grands barons de Terre sainte, tou- LMigaa-

MW lilra de roi.

jours hostiles au roi Guy, bien qu'ils n'eussent plus avec eux le comte de DiTUiou

ilaot l'arma

Tripoli, son principal adversaire, mort ou tombé en démence vers ce temps ^; cbf4ii«D»e. la reine veuve d'Amaury I** elle-même, Balian d'ïbelin, son nouvel époux; le l^t apostolique, archevêque de Pise, le corps entier des Pisans, nation conunerçante, alors la plus considérable en Syrie'; enfin les Français et tous ceux qui, par raison ou par calcul, demandaient un nouveau roi, un roi influent et respecté, désignaient le marquis de Montferrat, l'héroïque défenseur de Tyr, conmie seul capable de sauver le royaume, et voulaient qu'il reçût la couronne avec la main de la fille d'Amaury. Les Vénitiens , dans la crainte de compromettre leurs droits à la propriété du tiers de la seigneurie de Tyr, paraissent être restés neutres dans ces discussions^.

Ce qui augmentait le trouble et les difficultés, c'est qu'Isabelle, à peine âgée de vingt ans, et fortuitement éloignée de son mari, qu'on empêchait de revenir auprès d'elle, déclarait publiquement qu'elle aimait toujours Humfroy de Toron, son légitime époux, et qu'elle refusait de se séparer de lui. On finit cependant par la circonvenir. Sa mère, le bouteiller de France, les partisans que l'or et les promesses de Conrad avaient séduits jusque dans le sein du clergé , troublèrent la conscience de la jeune reine sur la validité

' Condn, de GuilL de Tyr, p. i5i, i5ii. * Peu après, Conrad, agissant comme

* Vînisauf , p. 292. roi , confirma leurs possessions à Tyr et dans

^ Confùi. de GuilL de Tyr, p. 202; ms. d. tout le royaume. [Pontes rer, aastr. t. XII,

Dal Borgo, DipL Pisani, in-4*; Ughelli, Doc. de Feiiûe« t I , p. 2 1 2 , Vienne , 1 856 .

t. III , p. ii 1 5 ; Murât. Aniiq, /t. t. II , p. 9 1 1 . in-8*. )

1191. de son mariage, arrêté irrégulièrement, lui disait-on, avant l*âge de sa puberté ^ Sa première union fut déclarée nulle et sans effet. Humfroy avoua lui-même qu*il ne pourrait jamais se charger de gouverner un royaume^. Isabelle consentit donc à divorcer d'avec lui , en le comblant de faveurs', et à épouser Conrad, ignorant sans doute que ses ennemis accusaient le marquis d'avoir déjà deux femmes vivantes. Tune en Italie, l'autre à Constantinople, où il s'était signalé contre les Turcs avant de venir à Tyr\ «Jamais, dît «un auteur du temps, jamais la reine n'aurait permis qu'on la séparât • d'Humfroy, si par bonheur elle eût été auprès de lui quand on songea au «mariage du marquis; et il n'est pas douteux qu'une si méchante action « n'ait amené tous nos malheurs^. >

Conrad, en effet, bien qu'il se fût mis, dès son mariage, eh possession des droits de la royauté, n'eut guère plus d'autorité que n'en exerçait Lusignan lui-même dans le camp de Saint-Jean d'Acre, représentant alors par les personnages qui s'y trouvaient réunis le royaume entier de Jérusalem. Les étrangers, dont le nombre augmentait sans cesse, ceux qui avaient été le plus favorables au marquis comme les autres , se croyaient dispensés de lui obéir et ne reconnaissaient que leurs chefs. Guy de Lusignan, obligé de s'éloigner, protestait avec ses amis contre l'illégitime royauté de Conrad, et en appelait à la décision des rois de France et d'Angleterre^.

Tels étaient les sentiments et les débats qui agitaient l'armée des chrétiens d'Orient en s'envenimant chaque jour, au moment où le roi de Fnance était arrivé en Palestine, et où le roi Guy de Lusignan avec Humfroy son beaufrère, et Geoffroy de Lusignan , son frère, étaient venus joindre le roi d'Angleterre en Chypre.

Arrivée L'établissement sous les murs de Saint-Jean d'Acre de deux nouvelles ar-

roùda Franco mées, assurées de leurs subsistances, devait faire tomber promptement la d*An^«t«rre viUe assiégée au pouvoir des croisés. Une maladie, suite habituelle du chans«inuj««ii gement de climat, atteignit les rois et retarda cependant leurs opérations. Les querelles des barons d'outre-mer, renaissant sans cesse au sujet de la royauté, passionnaient aussi les nouveaux croisés dès leur débarquement, et empêchaient de concerter les attaques. Leur ancienne hostilité, surexcitée

' Contin. de GniU. de Tyr, p. iSs, i5d; ^ Vinisauf, p. aga.

Yiâisauf, p. a 93; Bkomptoii, ana. 1 190. ^ Conùn. de GaiU. de Tyr» p. i5&.

* CowûxL de GuilL de Tyr, p. i53. * Roger de Hoveden, p. 679; Benoit de

3 Ihid, p. i54. Péterb. t. II, ann. 1 190.

d'Acro.

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