LIVRE I, CHAPITRE XIII
La concession n'avait pas suffi toutefois. Les Grecs avaient élevé des exigences qu'Eustoi^ avait dû combattre; et, plutôt que de s'abaisser devant lui, Tarchevéque et les évéques dissidents avaient eu recours à leur moyen habituel de défense, ils s'étaient éloignés de Tile de Chypre, jetant ainsi la perturbation et l'inquiétude dans les campagnes. Ramenés par les conseils du l^at apostolique, frère Laurent, pénitencier du pape, prédécesseur d'Eudes de Cfaâteauroux, ils profitèrent des dispositions bienveillantes qui se manifestaient à leur égard pour demander au Saint-Siège la suppression des constitutions du cardinal d'Albano, la restitution des dîmes, le rétablissement de la juridiction particulière et des quatorze évéchés qu'ils avaient eus autrefois dans l'ile avant l'arrivée des Latins ^ Eudes de Châteauroux, à qui le pape renvoya l'examen de ces demandes ^, ne put y acquiescer. De telles faveurs eussent détruit la création de Célestin III, et donné aux Grecs, par la supériorité du nombre de leurs évéchés , plus que l'égalité. On leur offrit une autre satisfaction, à laquelle ils attachèrent un grand prix, quoiqu'elle fut momentanée. L'archevêque grec étant mort dans ces circonstances, et le vœu des Chypriotes se portant sur un digne caloîer nommé Germain , Innocent IV, par une bulle du 20 décembre i25i, permit au clergé grec, sans qu'il pût en tirer conséquence pour l'avenir, de nommer encore une fois, et par pure tolérance, un nouveau métropolitain^.
Germain, élu aussitôt, reçut la consécration des mains des évéques grecs, ses suffragants. Sa nomination fut confirmée au nom du pape, et son installation, effectuée par le cardinal Eudes de Châteauroux, nonobstant la protestation des vicaires de l'archevêque latin, alors absent. Germain et ses évéques renouvelèrent, à cette occasion , les promesses de soumission à l'Eglise romaine ^.
Cette humble déférence, dont la cour de Rome se contentait, ne satisfit pas Hugues de Fagiano. La nomination d'un métropolitain grec lui paraissait an danger permanent pour son. Eglise et pour la foi. Obligé cependant d'accepter la décision apostolique, il en contraria les effets et accabla Germain de vexations. Des difficultés au sujet des dîmes paraissent s'être mêlées aux motifs de mécontentement que lui donnait l'élection du nouveau prélat. Le
Difficulté»
ivec les Grecs
et avec
Tarchevéque
latin.
' Cr. Rhialdi, 1247» S 3o*, l'iSo, S 4i . t. XXI, p. 378, 43a.
* Lettre du 2 1 j uiliet 1 2 5o ; RinaJdi , 1 3 5o , S4i.
^ Hist. de Chypre j t. II, p. 65 et note 1 .
* Ces faits sont rappelés dans le préambule de la constitution donnée par Alexandi^e IV pour rÉglise chypriote en 1 a 60. (Rinaldi , 1 360 , S 36 , t. XXII. p. 65 ; Reinliard , 1. 1 , pr. p. 53.)
12501253. pouvoir civil n ayant pas obtempéré à ses réclamations successives, Hugues alla jusqu'à jeter Tinterdit sur le royaume. U se retira en Toscane, et ne revint en Chypre qu'après la mort du roi ^.
Mariage
r( mort du roi
Henri.
Le dissentiment survenu avec Tarchevéque est le seul événement remar quabie de la fin du règne de Henri P^ Le roi de Chypre, demeuré t depuis son départ d'Egypte, loin du théâtre sur lequel se concentre Tattention des chroniqueurs , passa les dernières années de sa vie dans Toubli le plus complet. Privé de sa seconde femme, sœur du roi d'Arménie, et n'ayant pas encore de postérité, il avait épousé en troisièmes noces, au mois de septembre 1 25o^, Plaisance d'Antioche, fille de Boémond V. Saint Louis, alors à Saint- Jean d'Acre, vit avec plaisir ce mariage', que sa sagesse avait sans doute conseillé, afin de mettre un terme aux mésintelligences qui divisaient depuis trop longtemps deux familles dont l'union était si nécessaire au repos de la Terre sainte.
Henri eut un fils de ce dernier mariage et mourut à Nicosie, le 18 janvier 1 253 ^. Il avait feit mettre en écrit ses dernières volontés, et désigné pour exécuteurs testamentaires Guy d'Ibelin, le connétable, qui l'avait accompagné en Egypte, Philippe de Navarre et Robert de Montgesard. H reoonunanda à ces chevaliers, dans une disposition expresse , de réparer le tort qu'il avait pu causer à l'Église de Nicosie, par la détention injuste des dîmes et autres revenus ecclésiastiques^. Son corps fut inhumé, suivant ses désirs, dans l'église du Temple, à Nicosie ^.
Les écrivains modernes'' ont fait un éloge tout à fait imi^nairede ce prince. On a dû reconnaître sa droiture en plusieurs circonstances, mais on ne peut dire que ses actions le recommandent à la postérité. Des choses considérables furent accomplies de son temps outre-mer; la couronne de Chypre fut aflranchie de la suzeraineté impériale ; la Syrie, sans dénier le droit de Frédéric II, devenu l'époux de la reine de Jérusalem; sut défendre sa constitution et son indépendance ; les Francs envahirent l'Egypte : le roi de Chypre ne figure que nominativement dans ces événements ; il n'y a jamais qu'un rôle secondaire et passif.
Le vieux sire de Beyrouth, et après lui ses trois enfants, Balian, Guy el
' Voy. Amadi , fol. 1 66.
* Conlin, de GuilL de Tyr, p. 439 ; Saniido , p. 220; Amadi, foL i65.
•^ Conlin. de Gaill. de Tyr, p. 6a 4.
^ Ihid, p. kk 1; Amadi , 166 ; Bustron , 1 8 j
^ HisL de Ckjrpre, t. IIl , p. 65s.
* Amadi, fol. 166.
' Lorédano et Jauna.