LIVRE I, CHAPITRE XIV
croyances et de leurs cérémonies. • Ordonnez expressément à Farchevéque et 1254. « aux évéques latins, écrivait-il à Eudes de Ghàteauroux, son légat en Orient,*' . > de ne point inquiéter les Grecs et de* ne rien exiger d*eux de plus que ce • qui est marqué dans notre présente déclaration ^ « La reine se montrait en toute occasion disposée à faire respecter les franchises accordées aux Grecs. Elle ne voulait pas cependant mécontenter ouvertement Tarchevéque latin , dont le consentement était nécessaire à la réalisation d'un projet qu'elle avait formé.
Dès les premiers temps de son veuvage, Plaisance d'Antioche avait pensé ^rojn
de mariagte
à se remarier. Sans chercher, en dehors des pays d'outre-mer, une plus haute de i* reine
avec
union, elle promit sa main à Balian d'Ibelin, fils aine du sire d'Arsur^. Baii» d*ibeii
d'Arsnr.
Après les familles souveraines de Chypre et d'Antioche, il n'y en avait pas de plus illustre outre mer que «elle de Balian. Son père occupait la première dignité du royaume de Jérusalem. A la mort du roi de Chypre, la cour de Saint-Jean d'Acre l'avait maintenu dans les fonctions de baile , en attendant que le roi Hugues, héritier de la seigneurie de Jérusalem, vint avec sa mère en requérir personnellement l'investiture *.
On ne connaît pas l'âge qu'avait alors la reine de Chypre, mais son fiancé semble avoir été à peine un adolescent. Le roi saint Louis l'avait armé chevalier aux fêtes de Pâques de l'année 1 254 ^, et l'on sait que les jeunes gentilshommes pouvaient recevoir, en Orient, l'ordre de la chevalerie, qui leur ouvrait les portes de la cour féodale, dès Ykge de quinze ans. Rien n'indique pourtant que le fils de Jean d'Ibelin ait obtenu cette faveur, précisément à l'âge où il avait droit d'y prétendre: La coutume autorisait, pour certains cas, peut-être exceptionnels, l'adoption militaire d'enfants à peine arrivés au seuil de la puberté. Mais l'appréciation des parents pouvait, suivant les circonstances, retarder l'émancipation et l'armement du jeune récipiendaire, en le laissant, jusqu'à son entière maturité, dans les rangs des écuyers ou des pages.
' Voy. lettres d'Innocent IV à Eudes de ^ Contin, iê GaUL de Tyr, p. M i » où il est
Ghàteauroux, cardinal évéque de Tusculum, nécessaire de faire passer dans le texte les
du 17 février et du 6 mars 1254» Constitution mots seignùr d'Arsar fournis par le ms. B;
d'Eudes , du 6 août 1 3 54-, ap. Rinaldi , 1 254 . Amadi , fol. 1 66 , FI. Bustron , fol. 1 82.
S 7, t. XXI, p. 494 ; Gherubini , Bull, nuyn, ^ Ibelin , Docsarla ré*jence: Assises, t. If,
1. 1 , p. 100; Labbe , t. XI , col. 6 1 3 ; Rein- p. 4oi , ch. 11.
hard, 1. 1, pr. p. 49; notre Hist de Chypre, * Contin. de GnilL deTjrr; Amadi, loc. cit,
t. Il, p. 68. Sanudo.p. 320.
12âi.
Le projet de mariage de Plaisance avec le fils du baile n'eut pas Tasseu- Himent général. On y vit des difficultés; on rechercha la parenté des futurs, et la cour de Rome ordonna, en 13^5, à Tarchevéque de Nicosie, de prononcer la nullité des engagements déjà formellement et inconsidérément contractés entre eux ^/ En même temps des esprits se préoccupaient de trouver, pour la reine et pour le jeune enfant que lui avait laissé Henri I^, des alliances plus utiles. On voulait marier Plaisance à Edmond d'Angleterre, fils cadet du roi Henri ID, à peine âgé de seize ans, et on réservait la main de Tune des sœurs d'Edmond pour le roi de Chypre lui-même^. Aucune de ces prévisions ne se réalisa* De hauts dignitaires du clergé syrien y pensaient encore cependant après le départ du roi de France'; ce qui laisse dans le doute la question de savoir si le mariage de la reine de Chypre et de Bdian , depuis sire d'Arsur, fut effectivement accompli ou seulement projeté.
Tr«vaax
Je m! ni Loaift
en
Palestine,
Saint Louis avait appris depuis longtemps la mort de sa mère. Il savait que de graves dangers menaçaient son royaume du côté de la Guyenne et de la Flandre. 11 hésitait encore à quitter la Terre sainte. Cruellement déçu ,
en Egypte, de ses premières espérances, il avait pu croire un moment, en recouvrant la liberté , qu'il reprendrait quelque avantage dans les n^ociations , à la suite de la révolution qu'avaient amenée le meurtre de Touran- Schah et l'établissement de la puissance des Mamdoucs. Le royaume de Damas avait refusé d'accepter les ordres des émios du Caire et s'était donné au sultan d'Alep , Malec-Naser Yousouf. Chacun des partis musulmans désirait avoir les Francs comme auxiliaires, s'il était attaqué; et saint Louis avait essayé d'obtenir, pour prix de son alliance, la restitution de Jérusaton \ On n'en vint jamais toutefois , de part ni d'autre , à de formelles propositions. Les moyens militaires du roi étaient , d'ailleurs , trop restreints pour loi permettre d'appuyer efficacement 'ses résolutions, il n'attendait rien des Kfongols et regrettait même de leur avoir envoyé une ambassade, qui ne lui avait
* c Ut irritent matrimonium. • (Balte d'Alexandre IV, du a 8 août i a55 ; Hût <2e Cfypre, t. II. p. 68.)
^ Henri III remercia Thomas de Lanlîi , évéqne de Bethiéem, et le cardinal Jeaa, moine anglais de r«>rdre de Citeaux, nommé le cardinal Blanc, de lui avoir soumis ces projets. ( Rymer, Ftadera, t. I , p. 34 1 . )
^ Les lettres d'Henri III à Tëvéque de
Bethléem et au cardinal Blanc sont de
* Coniùk, de GuilL de Tyr, ms. Rothelin , p. 619; M. Reinaud, Ckn^ arabes, p. 477; JoinviUe, p. 358, 161. 374; Matth. Paris, p. 564* Paris cite une lettre du cardinal Blanc (ann. 1 95 s , p. 563) qui avait donné quelipie espérance, en Eun^, de voir réussir \ts négociations de saint Liouis.