LIVRE 1, CHAPITRE XIV
rapporté, de la part du khan, que des paroles arrogantes et des ordres de isoï. soumission ^ Les princes d*£urope s'étaient montrés peu empressés de lui fournir des renforts; l'argent venu de France avait été consacré au rachat des prisonniers et à la réparation des châteaux forts.
Les Arabes étaient étonnés des richesses de leur ancien prisonnier, en le voyant , libéré à peine des plus onéreux engi^[ements , reprendre des travaux que les rois de France et d'Angleterre , dans toute leur puissance , n'avaient pu antrefois terminer. Saint Louis avait employé des sommes considérables à refaire ou à étaoïdre les remparts de Gésarée, de Gaiphas , de la ville de Jaffa , qui , pour la première fois, fut alors protégée d'une enceinte continue rattachée au château^. H fortifia également Sidon, que l'on avait repris aux Arabes, et Saint-Jean d'Acre, dont un faubourg était jusque-là resté en dehors des fossés. Partout le roi encourageait les travailleurs de sa présence; souvent il voulut partager leurs labeurs. B ensevelit un jour, de ses propres mains, les cadavres infects de pauvres ouvriers qu'avaient surpris et massacrés les Sarrasins'. Les voyageurs voient encore aujourd'hui sur leur route, au sud de la ville de Sidon, où le roi donna à ses chevaliers ce grand exemple d'humilité, relevé par l'autorité de son caractère, un ancien fort qu'on appelle depuis ce temps Château de taint Louise Le roi ne pouvait faire un meilleur u^e de ses trésors. Pour conquérir et reconstituer l'ancien royaume de Jérusalem, s'il était permis de conserver encore un semblable espoir, il fallait, avant
tout, protéger et garder ce qui en restait sur la côte.
Aux approches du carême de l'an 1254, assuré par l'insistance des che- Loroi revient valiers et du dei^é d'outre-mer ^ que la prolongation de son séjour n'était plus nécessaire, saint Louis se décida à revenir en France. Il était bien loin sans doute d'avoir atteint le but que sa piété et son couri^ entrevoyaient à son départ; sa croisade avait, du moins, prouvé aux Orientaux qu'ils n'étaient pas tout à fait abandonnés par l'Europe. U partit de Jafifa le 34 avril avec Marguerite de Provence, la courageuse compagne de son pèlerini^. Geoffiroy de Seigines, autrefois vassal des sires de Chàtillon, appelé par le roi à son service depuis le commencement de la croisade *, et parvenu , par un rare
^ Joinville.p. s65. de Nangis, Gesta, ap. Bouqnet, t. XX» page
* /daii, p. 275, 28s.. 384.
' Voy. Areh. dts missions scienâfi^oês, 1. 1 , ^ Joinviile, p. 282 ; Matih. Paris, p. 698.
p. to5. * Coniia. de GuUU de Tyr, p. 44 1, 629;
^ Le eonfeaseur delà reine Marguerite. Gniil. de Nangis. GeH; p. 386, 389; Sa>
p. 99', io3; Joinvitle, p. 262, 276; Gtiill. nudo, p. 220.
1251. mérite, au poste de sénéchal du royaume de Jérusalem, resta eo Syrie comme lieutenant particulier du roi de France. G*était un des chevaliers les plus appréciés du roi et Tun de ses conseillers habituels. Il s'était trouvé seul auprès de saint Louis lors de sa capture à Mansoura. « Et le roi me conta , « dit Joinville, que monseigneur Geoflroy tournait autour de lui pour éloigner «les Sarrasins avec son épée, comme le bon valet écarte les mouches du «hanap de son seigneur ^ • Le roi lui laissa un corps de cent chevaliers et de cent hommes à pied, qui devaient rester à sa solde ^. Ces broupes étaient entièrement indépendantes du baile qui gouvernait le royaume au nom de la cour des liges, jusqu'à ce qu'on eût donné la saisine de la régence à la reine de Chypre, au nom de son fils.
Un brusque renouvellement, survenu dans le bailliage, semble indiquer qu'il y eut alors un dissentiment momentané parmi les barons de Syrie. Avant la fin de l'année 12549 le sire d'Arsur résigna ses fonctions, et le comte de Jaffa, Jean d'Ibelin, fut investi du gouvernement à sa place'. Ce changement détermina une vive et courte reprise des hostilités au moment même où l'on croyait les trêves conclues définitivement.
1255- 1250. Le premier besoin du pays, après le départ de saint Louis, semblait être Trive» d'avoir la tranquillité. On ouvrit, à cet effet, des pourparlers avec les Arabes.
les Sarrasin». Mais unc partie des chevaliers ne voulaient pas qu'on manifestât une trop grande appréhension de la guerre. De ce nombre étaient Geoffroy de Sergines et le nouveau baile. En acceptant un traité de paix pour le reste du royaume, Jean d'Ibelin avait stipulé que sa seigneurie de Jaffa, qui comprenait un grand nombre de villages , resterait en dehors de la trêve ^. L'ancienne Joppé, port naturel de Jérusalem, était devenue, bien que les travaux ordonnés par saint Louis ne fussent pas tout à fait terminés ^, une des bonnes positions de la côte. En l'exceptant du territoire pacifié, on ne trouvait pas seulement l'avantage d'éloigner les hostilités de la campagne de Saint-Jean d'Acre; les chrétiens avaient peut-être l'espoir de tenter par là une marche sur Jéru-
^ Joinville, p. 239. Le kanap est la coupe. * Coalin, de GuUL de Tyr, nu. de Rothe-
' Contin. d$GailL de 7yr;Nangis, loc, cit, lin, p. 63o; Amadi, fol. 167. Ibeiin fait al-
Amadi, fol. 167; Hbt, de Chypre, t II, lusion à ces faits dans ses fragments sur la
p. 7 1 . régence : • Si os à besoignier à Japhe contre
' Contin, de Guill, de Tyr, p. 4di; cf. des ennemis de la foi.i [Aisùes, t. Il,
Amadi, fol. 167, ann. i255. Jbelin rappelle p. à 01.)
ce changement, sans en dire le motif, dans * ^bl. de XÈc, des Chartes, 4* série, t. IV,
ses fragments. (Assises, t. If, p. doi , cfa. n.) p. sgS, art. 11 ; Joinville, p. 37$.