‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 197 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIV

salem, pendant que les sultans de Damas et du Caire en étaient encore aux 1255-1256. prises.

Les ordres militaires vinrent, en effet, rejoindre les chevaliers dans les murs de Jaffa et firent avec eux de fortes reconnaissances. On obtint d'abord quelques succès en feignant de marcher vers Gaza et Ascalon ; mais on ne put jamais s'avancer sur la route de Rama, que les Arabes et les Bédouins couvrirent de forces considérables. Le sultan d'Egypte, Moêz-Aïbek , le premier sultan de la race des Mameloucs, croyant qu'une nouvelle croisade se ibr* mait en Europe, fit détruire alors la ville de Damiette, par où les chrétiens avaient deux fois pénétré en Egypte , et conclut la paix avec le prince d'Alep , en lui abandonnant la Syrie ^ Les chrétiens se virent bientôt dans la nécessité de demander une nouvelle trêve. On l'arrêta, en i256, avec les deux sultans, pour dix ans, dix mois et dix jours ^. L'armée rentra alors à Saint- Jean d'Acre; le comte Ibelin renonça au bailliage, et Jean d'Arsur en fut de nouveau chargé'.

Les Chypriotes ne semblent pas avoir pris part à ces rapides événements, 1254-1257. bien que le comte de Jaffa eût pu faire venir des vassaux et des amis nom- zèic

de l'archevènno

breux de l'ile de Chypre, où tout était dans la tranquillité. Aucun obstacle do Nicosie sérieux n'entravait le gouvernement de Plaisance. L'archevêque de Nicosie, u tiu^ipiine

, j 1 \ ccclc»iaslique.

Hugues deFagiano, en regrettant, et ne respectant pas toujours les bornes que la nomination de l'archevêque grec imposait à sa juridiction , se dévouait à l'administration de sa province et s'efforçait d'entretenir, par l'exemple autant que par le précepte, la belle discipline de son clergé. Vers l'an 1267, au sein d'une réunion synodale qu'avait précédée une retraite spirituelle , il promulgua, avec l'adhésion des assistants, sous une forme nouvelle, et réunies en corps de règlements, les principales constitutions qu'il avait rendues depuis son retour en Chypre^. Quelques-unes de ces décisions, au milieu de prescriptions générales, réglant des détails secondaires et naïfs, comme toutes les lois du moyen âge, font connaître des particularités de la vie et des mœurs anciennes.

Deux fois par an, après l'Epiphanie et après la Pentecôte, les prêtres, les

^ M. Reinaud , CAroR. arabes, p* ^77- ^ Conlin. de Guill, de Tyr,^, àh 2 \ kmadit •

^78. fol. 1 67 ; Ibeiin , Assises, X II , p. hoi,

* Omtin, de GuilL de Tjr, p, 682, 633; * Conslilaiiones Nicosienses, ap. Mansi ,

cf. 4 4 2 ; Matthieu Paris , p. 6 1 4.; Amadi , ConciL t. XXVI , coi. 3 1 1 ; Labbe , ConciL t. XI ,

fol. 167; M. Reinaud, p. 477. col. 2376-3386.

1254-1S57. diacres et les sous-diacres latins du diocèse de Nicosie devaient se rendre au synode métropolitain , pour conférer ensemble sur les devoirs de leurs chaînes et les besoins des fidèles ^ L'archevêque recontmiande à ses clercs d'éviter, dans leurs voyages, les hôtelleries mal famées. Il les exhorte à n'entrer dans les tavernes qu'en cas de nécessité absolue ^, à s'éloigner, en tout temps, de la compagnie des femmes ', à ne jouer ni aux dés ni à aucun autre jeu de hasard^; à ne jamais rester, le soir, hors de chez eux. Il autorise les gardes ou sergents de la ville de Nicosie, s'ils trouvent un clerc dans les rues après le troisième coup de la cloche annonçant le couvre-feu , à l'arrêter sans écouter ses réclamations et à le livrer, le lendemain matin, à l'oflicialité ^. Il engage ceux de ses prêtres qui desservent les oratoires des chevaliers, ou qui célèbrent les saints mystères dans la demeure des grands , à faire observer fidèlement autour d'eux les jeûnes et les autres obligations de la religion^. Et, comme il faut se préoccuper du salut de l'âme bien plus que de la santé du corps, il leur recommande expressément d'empêcher qu'au cas de maladie^, on ait recours à des sortilèges ou à d'autres diaboliques divinations^; il interdit d'appeler auprès du malade un médecin juif ou sarrasin, d'autant plus, ajoute l'archevêque, que les mécréants, plus scrupuleux que nous à cet égard, se gardent bien de recourir aux soins d'un médecin chrétien^. II s'élève contre cette « coutume insensée » (et pourtant si commune encore en Orient) , coutume empruntée aux païens et aux juifs, de faire venir des chanteuses et des pleureuses gagées dans la maison du défunt et sur sa tombe. Défense absolue est faite aux prêtres d'assister à tout enterrement où paraîtraient des femmes louées ainsi pour simuler le deuil. Quant à elles , si on les saisit, elles seront fouettées et publiquement attachées au pilori. « Ces • voiles déchirés, ces pleurs hypocrites, dit éloquemment l'archevêque, ne « sont-ils pas une dérision pour la douleur de la famille, et un outrage pour « la foi, qui, dans la mort du chrétien, voit la bienheureuse délivrance d^une « âme inamortelle ^. »

Dans leur maintien et leur costume, les clercs doivent avoir une attitude grave et modeste. Ils éviteront de porter des vêtements trop courts ou trop longs ^^. Ils ne feront usage ni d'étoffes de couleurs brillantes, ni de selles re-

' ConstiU Nicos, cap. i. <' Cap. xxiv.

* Cap. II et vin. ^ Cap. xiii.

^ Cap. VI. . " Cap. XIV.

^ Cap. viti. * Cap. XX.

* Cap. XXVI. '® Cap. viii.

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