LIVRE 1, CHAPITRE XÎV
cherchées, de mors et d*éperons dorés, de gants élégamment cousus, de i254-]257. souliers façonnés en pointes recourbées ^ de boucles, de cordons, de ceintures d'or ou d*ai|;ent, ni de bagues, à moins que Panneau ne soit le signe de leur dignité. Qu^aucun d'eux n'ose participer en rien aux métiers déshonorants de mimes, de jongleurs, ou de ces histrions qui vont chanter leurs histoires dans Tintérieur des maisons et sur les places publiques^.
L'archevêque, d'accord avec le pouvoir civil ^, défend enfin à tous les clercs, quel que soit leur rang, de s'occuper de professions séculières, surtout de commerce^. Il s'élève contre les fraudes des courtiers de Nicosie^, et renouvelle les condanmations déjà portées, mab toujours en vain, contre l'industrie criminelle de ces hommes pervertis par l'amour du gain , qui prenaient du service sur les navires sarrasins ou qui approvision nouent les inQdèles du fer, des armes, des bois nécessaires pour équiper leurs armées et leurs flottes^.
Dans ces ordonnances, conmtie dans tous les actes de l'administration d'Hugues de Fagiano, se révèle un vif sentiment de la dignité chrétienne, de la supériorité et de l'infaillibilité latine. Hugues veut amener ou maintenir ses prêtres à la plus parfaite pureté ecclésiastique ; il poursuit surtout le vice honteux de l'avarice simoniaque qui, dans les Églises d'Orient, rabaisse encore aujourd'hui la collation des sacrements les plus saints à un métier de mercenaire. Si Hugues de Fagiano se fût contenté d'exiger de son clergé et de ses fidèles cet état de perfection morale qui les eût élevés au-dessus des Grecs par la pratique religieuse autant qu'ils l'étaient déjà par les armes et le commerce, sa sollicitude, fût-elle parfois trop rigoureuse, aurait été toujours légitime et bien méritoire. Mais la mesure dans la voie du bien lui semblait un relâchement, une coupable indifférence. Non content de gouverner les Latins , il voulait régenter les Grecs et les réduire de gré ou de force à suivre ses enseignements et à plier sous son autorité. U n'observait qu'à regret les prescriptions des papes, qui protégeaient les rites dissidents, et obligeait la reine à veiller sans cesse sur ses entreprises.
Des querelles bien plus graves troublèrent le royaume de Jérusalem peu 1255-1257. après la conclusion des traités avec les sultans d'Alep et du Caire. Les pré- Gnem- civiu
en Tpitc Hainlc.
' Les souliers à la pouiaine. ^ Cap. vin.
^ Cap. Tiii. ^ Cap. xzix.
' Cf. Assises, t. II , p. 36 1 ; Ban du vicomte * Cap. xv. Hist de Chypre, i. II , p. 1 25 ,
de Nicosie de 1 398. note.
1236-1257. tentions conlraiies des Génois et des Vénitiens à la possession de Téglise de Saint-Saba d'Acre furent l'occasion d'une véritable guerre civile dans les Etats chrétiens d'Orient, et de la première guerre maritime survenue entre les deuiL républiques, qui voulurent soutenir par les armes les griefs de leurs nationaux. En même temps que les flottes capturaient les galères marchandes sur la mer, les hostilités se poursuivirent sur les côtes de Syrie, principalement à SaintJean d'Acre et à Tyr, où les belligérants trouvèrent des alliés et des ennemis passionnés ^
LesPisans, d'abord incertains, devinrent acharnés contre les Génois, leurs adversaires naturels. Ils conclurent avec les Vénitiens, dans le cours des événements, un traité défensif de dix ans pour tous les pays d'outre-mer jusques et y compris l'île de Crète ^. Les Provençaux et les Languedociens se mirent dans le même parti, ainsi que la population syrienne d^origine européenne, qu'on appelait plys particulièrement les Poulains, avec laquelle les gens de Venise, généralement laborieux et paisibles, avaient toujours eu de bonnes relations. Les Templiers et la plupart des barons de Chypre et de Palestine furent également favorables aux Vénitiens'. Le comte de Jaffa, qui avait eu des difficultés avec le cx)nsul de Gênes, pendant son court bailliage, au sujet d'un malfaiteur génois condamné à la perte du poing, se déclara publiquement ennemi de la nation. Il se fit inscrire sur les rostres des citoyens pisans, voulant remercier la colonie de l'accueil qu'il avait trouvé dans son quartier un jour qu'il s était vu poursuivi par la populace, sur le quai des Génois, où il passait avec une suite peu nombreuse, à sa sortie décharge^. TiC bailc du royaume, Jean d'Ibelin d'Arsur, avait incliné d'abord vers les Génois, ainsi que Philippe de Montfort, seigneur de Tyr^. Si le baile reconnut plus tard les droits des Vénitiens et les protégea, le sire de Tyr resta toujours dévoué à leurs ennemis ^, avec les Aragonais et les chevaliers de l'Hôpital '^. Il dépouilla brutalement les Vénitiens des privilèges et des domaines qu'ils étaient parvenus à recouvrer à Tyr depuis l'expulsion des Lom-
* Voy. le Contin. de Gaiil. de Tyr, p. 443 , Pis,Bp. Murât, t. VI, col. 1 92 ; cf. Barthélémy
ch. 111, et ms. de Roth. p. 633; Sanudo, Scriba, continuateur de Gairait>(ilfiAii^fîfn.
p. 320; Canale, La Cron. des Véaicirns, ap. Murât, t. VI, coi. 626], qui ne parait
p. 452 cl suiv. Amadi, foi. 167-169. pas connaître la véritable cause de la guerre
^ Cf. Âmadi, fol. 168; et un fragment dite de Saint-Saba.
anonyme de riiistoire de Pise» Breviar, ap. ^ Âmadi,fol. 168.
Muratori, Script, Ttal. t. VF, coi. 192. ^ Ganale, p. 46o.
"^ Cf. Contin. de GuilL de Tyr^ms.deRotii. '^ Idem, p. 46o« 472 , 54 S.
p. 634; Canalc, p. 45o, 46o; Breviar. kist. ^ Contin, de GuiU, de Tyr, p. 63.^.
cir Jn'usnicin.
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bards. li attribua leurs biens aux Génois, et, par ses vexations multipliées, 1257-1258. il obligea les sujets vénitiens à abandonner la ville, dont ils avaient été autrefois, pour un tiers, les seigneurs absolus ^ Montfort voulait mettre ainsi fin à une copropriété gênante, et, en se séparant ouvertement des chevaliers de Saint-Jean d* Acre , marquer sa résolution de posséder allodialement la ville de Tyr.
La reine de Chypre était alors avec son fils à Tripoli, auprès de son frère ' ta ni»!
lie Clijprt'
Boémond VI. On engagea le prince d*Antioche à venir avec Plaisance et •égonio son neveu à Saint-Jean d'Acre, afin d'instituer la régence et d'aider la reine à mettre quelque ordre dans les aiïaires du royaume. Il n'est pas question , dans ces événements, de Mélissende de Lusignan, la veuve de Boémond IV, morte peurétre alors, et qui, en 12^6, au décès de sa sœur Alix de Champagne, reine de Chypre, avait eu la pensée de demander pour elle-même le bailliage du royaume de Jérusalem ^. Les efiTorts des chevaliers de l'ordre de l'Hôpital et des gens de la commune de Gênes, qui, sous prétexte de défendre la prérogative souveraine, poursuivaient les amis des Vénitiens, n'empê obèrent point la haute cour de reconnaître les droits de Plaisance et du roi Hugues^. La reine reçut l'investiture de la seigneurie de Jérusalem *. C'était la conséquence naturelle de l'avènement de son fils à la couronne de (Chypre, et de sa propre accession à la régence de ce royaume. Le bailliage de Jérusalem, rehaussé des pouvoirs d'une véritable royauté, avait été déféré, en 12^6, au roi Henri de Lusignan, le plus proche héritier présent en Syrie de l'empereur Frédéric et de son fils. Conrad n'en était pas moins resté le roi légitime de Jérusalem. A sa mort, survenue le 21 mai 12 54, Conradin, fils de Conrad, avait succédé aux droits que la chevalerie d'outre-mer et le Saint- Siège lui reconnaissaient^; mais ces droits étaient devenus, conune on l'a vu, purement fictifs et nominaux. L'absence du père et du fils, prolongée abusivement et contrairement à la constitution , ne leur permettait d'exercer en réalité aucune autorité dans le pays.
^ Voy. ci-dessus , p. a 5. le style vénitien, comme Sanudo, p. 220, ^ Voyez ci-dessus , p. 337. et Amadi, fol. 169. La proclamation de la "^ Contin. de GuilL de Tyr, p. 634* régente serait donc de 1 a 58, dans le nouveau ^ Doc. sur la saccessihUité et la réfjcnce, style. Assises, t. II, p. 4oi, cb. 11 et m. La reine ^ Dès 1 aai. Innocent iV confirme à Coude Chypre et son frère Boémond vinrent à radin le royaume de Jérusalem et la princi- Acre le 1 *' février 1 2 67 , d'après le continua- pauté de Souabo. ( Rinaldi , 1 2 5à • S 47 , t. XX I , leur de Guill. de Tyr (p. /|43), qui suit ici p. 507.)
1257-1258. L'ordre de THôpital, les Génois, les Barcelonais, eurent beau refuser le serment de fidélité à la mère du roi Hugues, alléguant que laféauté n'était due qu'au fils de Conrad, petit-fils de la fille de Jean de Brienne, héritier du royaume; les liges, les communes, la garnison française, Tordre du Temple, les chevaliers teutoniques eux-mêmes, sans méconnaître la souveraineté de Conradin , firent honunage à la reine comme régente et promirent de soutenir son gouvernement ^ Boémond VI obtint cet heureux résultat par sa bonne intelligence avec le comte de Jaffa, et grâce au concours actif qu'ils trouvèrent Tun et l'autre dans le consul des Vénitiens et le grand maître des Templiers *.
iros. Le prince d'Antioche ne négligeait aucune occasion de consolider Tauto-
Boémondvi rite dc sa sœur. Le sire d'Arsur s'était séparé d'abord de la nfajorité des
ir goDveracment ligcs au sujct des Géuois ; d'autre part, et al occasion du mariage de la reine
de sa sivur. , i.>
avec Bahan son fils, sans cesse ajourné depuis quatre ans, il n'avait pas agi suivant les désirs de Boémond. Le prince oublia tous ces griefs et se réconcilia avec lui, afin d'assurer son adhésion à la régente^. De leur côté. Plaisance et Balian d'Ibelin , ne voulant pas rester plus longtemps sous le coup de la désapprobation à peu près générale qui s'opposait à leur union , se digèrent réciproquement des promesses qu'ils s'étaient faites et des obligations qu'ils avaient pu contracter, car il y avait eu au moins entre eux de positives fiançailles, si ce n'est un mariage^.
Boémond engagea Plaisance à maintenir le sire d'Arsur dans ses fonctions de baile ^. Il mit lui-même son trésor et ses ressources à la disposition dlbelin , pour rétablir l'ordre à Saint-Jean d'Acre. Il recruta tous les Français libérés qu'il put trouver dans le pays. 11 en forma un corps de huit cents hommes, dont il assura la solde pendant un an, et laissa cette troupe au baile, en l'exhortant à ne pas faiblir vis-à-vis des Génois et des Aragonais. 11 se retira peu après et revînt à Tripoli, sa résidence ordinaire, avec le petit roi et sa mère ^.
' Contin. de GuUL de Tjr, p. 634. *'' Contin, de Guill. de Tyr, p. 443.
' C'est ce que signifient ces mots dans le ^ Ibid, p. 443; Sanudo, p. aso; Ainadi,
continuateur de Guillaume de Tyr : • Par fol. 169; FI. Bustron, fol. 183. Voy. ci-
« Vembrasement du Temple et du comte de dessus, anu. i254>
«JaffeJohan d'Ibelin » (p. 443), passage inin- ^ Contin. de GuiU. de Tyr, p. 443; ms.
tcUigible, si on ne fe rapproche de Sanudo de Rotbei. p. 634 ; Sanudo, p. a 30.
(p. a 20) et d'Amadî (fo). 169). (Cf. Ganale, ^ ConUn, de GuiU, de Tyr,p, 443; ms. de
p. 46o.) Rothcl. p. 634; Sanudo, p. 230.