‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 21 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE I

par le mariage de Richard, que les Français considéraient comme un ou- uoi. trage, et la belle conquête des Anglais, qu'ils enviaient, occasionnaient, dans les loisirs du camp, de fréquentes collisions entre les chevaliers et les sergents des deux nations. Guy de Lusignan, dès que les rois alliés avaient été réunis, s'était empressé de porter ses réclamations dans les formes légales devant leur cour de justice.

Les princes, sans juger en ce moment le fond du débat, avaient décidé DiscuMion»

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que ni Conrad ni Guy de Lusignan ne jouiraient des privilèges attachés à la de u royauté dignité royale, et que les ordres du Temple et de THôpital feraient conjoin-^ j^ruMiem tement percevoir par leurs préposés les revenus de la couronne ^ La source iiiedeChypr*. la plus importante des droits régaliens était alors, indépendamment des terres et des châteaux qui pouvaient rester de l'ancien domaine royal, les tarifs divers prélevés sur les nombreux marchés que nécessitait Tentretien d^armées considérables, et sur les navires abordant à la plage d'Acre^. Les Aquitains, les Aurais, et avec eux les chevaliers de l'ordre du Temple, qui avaient élu vers ce temps pour grand maître Robert de Sablé, un des seigneurs du Maine venus en Orient avec le roi Richard, leur suzerain, auraient voulu abaisser davantage l'orgueil de Conrad, le candidat des Français.

Geoffroy de Lusignan se chargea de lui adresser un défi. Son caractère brave et mesuré avait acquis à Geoffroy une grande considération dans l'armée, et donnait de la gravité à toutes ses déterminations. Il accusa Conrad de foi-mentie, de trahison et de parjure à l'égard du roi de Jérusalem et de la chrétienté; il déposa en même temps son gage d'appel contre lui, ce qui, d'après la procédure féodale du temps, devait amener un combat singulier entre les deux adversaires. Le marquis, indigné , car son couri^ ne peut être soupçonné, refusa de répondre à une citation outrageuse, et se retira à Tyr avec les siens. Il en fut rappelé ensuite par le roi de France , qui chaque jour se prononçait davantage en sa faveur; Conrad prit place dès lors parmi . les officiers habituels de sa cour et de ses conseils. A son instigation , Philippe-Auguste réclama peu de temps après, du roi d'Angleterre, la moitié de l'ile de Chypre et la moitié du butin fait sur les Grecs, en prétextant qu'un semblable partage devait découler du traité d'alliance arrêté entre eux

' Brompton, ool. i sos ; dicardi , ap. Mu- * Brompton , col. i aoa ; Benoît de Péterb.

rat. t. VII , coi. 6 1 d. t. II ; ann. 1191.

1191. à Messine, bien qu'en réalité rien de pareil ne se trouve dans cet accord, dont la teneur nous est parvenue^.

Richard répondit qu'il donnerait volontiers la moitié de Tile de Chypre à son frère d'armes, si le roi de France consentait à lui céder une part du comté de Flandre et des autres terres échues depuis peu à sa couronne par suite du décès de Philippe d'Alsace, mort devant Acre. On abandonna bientôt ces récriminations inspirées par le ressentiment plus que par la raison, et l'on convint dans un acte public qu'il serait seulement fait un partage des villes et des biens conquis dans le royaume de Jérusalem et sur les infidèles^.

so«ièv«m«ni U faut maintenant retourner pour un moment dans Tile de Chypre , où M ypriotafc ^^^^ avous laissé un corps de l'armée anglaise isolé au milieu d'une population infiniment supérieure en nombre et surprise par l'invasion. Quelle qu'ait été la force du détachement chargé par le roi Richard de la garde de l'ile, les Anglais ne purent occuper, au moyen de garnisons nécessairement peu considérables, que les châteaux du nord et les villes principales: Nicosie, Cérines, Famagouste, Limassol et peut-être Paphos. Tout le reste du pays échappait à leur action et à leur surveillance. Des rassemblements , que les historiens des conquérants appellent séditieux, s'y formèrent dès le départ du roi d'Angleterre. Les chroniques laissent ignorer dans quelle partie de l'ile les premières agitations se manifestèrent; ce fut probablement vers l'ouest, dans la vaste région montagneuse du Mâchera et de l'Olympe, où les étrangers ne pouvaient sans danger pénétrer, et où les Grecs, qui ne s'étaient pas soumis, pouvaient librement se plaindre et se concerter. Le mouvement parait s'être propagé avec beaucoup de rapidité, et avoir pris tout à coup le caractère d'une insurrection nationale. Les révoltés appelèrent à eux tous les hommes libres et généreux qui voulaient défendre l'indépendance du pays contre les Latins; ils se donnèrent un chef, et proclamèrent conmie empereur de Chypre un moine grec, parent d'Isaac Comnène'.

Dans les dangers semblables , quand un peuple entier menace de s'armer contre ses envahisseurs toujours moins nombreux , ce n'est que par la décision et la rapidité de l'action que l'on peut conjurer le péril et conserver le prestige de }a puissance. L'un des lieutenants du roi Richard avait alors quitté

^ Rigord , Ge$ta PhiL Àag, ap. D. Bouquet, ' Brompton , col. 1 202 ; Roger de Hove-

t. XVII, p. 3a ; Rymer, Fœdera, nouv. édit. den, p. 698 ; Benoit de Péterb. t. II, p. 667. 1 1, p* 54- ^ Brompton, col. i2o3.

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