LIVRE I, CHAPITRE XlV
avec ses prédécesseurs par son frère Sempad. Haîton offrait aux khans la coopération d'une armée aguerrie , plus nombreuse qu'on ne Tavait jamais vue ^, et répondait des bonnes dispositions des Francs*
L'état du royaume de Jérusalem justifiait peu cette confiance. La régente résidait en Chypre, auprès de son fils encore enfant. Les difficultés trop manifestes d'une nouvelle croisade, les inimitiés permanentes des communes italiennes, conomandaient aux chevaliers de Saint-Jean d'Acre d'observer une extrême circonspection entre les musulmans , dont l'union pouvait achever leur perte, et les Mongols, dont ils n'étaient pas sûrs. Boémond seul osa confirmer les promesses d'Haîton. Il rompit les trêves avec les Sarrasins, et fit alliance avec Houlagou, frère et lieutenant de Mangou-khan, dans Tespoir de rejeter définitivement les Arabes au delà de l'Oronte. Son fils paya chèrement, dix années plus tard, cette noble tentative, où les rêves de son ambition. Houlagou, presque toujours heureux, battit les Turcs dlconium, s'empara d'Alep, de Damas et de tout le pays de l'An ti -Liban, siège de la puissance du Vieux de la Montagne, après avoir, dans l'intervalle, détruit le califat de Bagdad, qui demeura depuis réuni à l'empire mongol. Les contingents du roi d'Arménie^ et du prince d'Antioche' figuraient dans ses années, tant qu'il agit en deçà de l'Euphrate. Ses troupes inondèrent bientôt les provinces orientales de la Syrie, et firent descendre des partis nombreux jusque dans la Palestine et l'Idumée.
Le sultan Malec-Modaffer Koutouz, désespérant de résister aux bandes envahissantes^ avait proposé aux chrétiens de Saint-Jean d'Acre d'unir leurs forces, car les habitants du pays semblaient tous menacés d'une commune
■ L'année du roi d'Arménie comptait alors douze mille cavaliers et quarante mille hommes de pied. Haîton , seigneur de Gorhigos , neveu du roi Haîton I*' et fils du connétable Sempad, avait commandé une partie de ces troupes avant de prendre Thabit des Prémontrés en Chypre. Il en parie dans son Histoire orientale : c Erat tune temporis regnum c Arménie in tam prospero statu , etc. Et ego , • qui hoc tempore meo vidi , possum perhi- « bere veritatL > ( Histona orientalis, seu de 7ariaris, in-i^ (Brandebourg], 1 67 1 , cap. xxviii , p. 44.)
' Haîton , loc, cit. Saint-Martin , Précis des invasiotis des Mongols, dans Lebeau , Hist. da Bas-Empire, l. XVIJ, p. 465, 467.
' M. Reinaud, Ckr.ar. p. 479.
^ Makrizi, Hist. des salttuis mameloucs, (précieux ouvrage traduit par M. Etienne Quatremëre , qui commence à nous servir ici de source), 1. 1, p. 87, 88, in-4'*; Raschid Eldin, Histoire des Mongols de la Perse, traduit par M. Quatremère, t. I, p. 345, dans la Collection orientale , in-folio , publiée par ordre du Gouvernement français. Raschid Eldin écrivit son histoire à la demande de Gazan Khan, arrière-petit-fils d*Houlagou, dont il était grand vizir. Il la poursuivit jusque la mort de ce prince, arrivée en i3o4. Le premier et unique volume de la traduction de M. Quatremëre s'arrête en 1 264 > à la mort d*Houlagou.
ruine ^. Beaucoup de chevaliers, blessés de la réception hautaine faite auiL messagers de saint Louis, étaient d'avis de se joindre aux Egyptiens contre les agresseurs , et de repousser le danger le plus prochain. D'après les conseils du grand maître teutonique, on se borna à promettre au sultan une entière neutralité et un bon accueil à ses troupes, partout où elles passeraient sur le territoire franc, sans prendre part à la guerre^. Ce parti prévalut, et, quoique les événements n'aient pas permis aux chrétiens d'en retirer grand avantage, on ne peut en méconnaître la sagesse.
Houlagou, ayant été rappelé dans l'intérieur de l'Asie par la mort de Mangou , son frère, dont il se portait héritier, Koutouz profita de l'hésitation des corps mongols pour les attaquer. H battit un premier lieutenant du khan , posté à Gaza ; il vint organiser ses troupes dans la campagne de Saint-Jean d'Acre, où il trouva toute sécurité, comme on le lui avait promis, et marcha de là sur la principale armée mongole, qu'il battit au lieu d'ilm Goliath, la fontaine de Goliath, en Galilée^. LaDécapole et la Cœlé-Syrie furent promptement délivrées. Un mois suiBt^ pour dégager toute la Syrie, et refouler les Mongols au delà d'Alep. Koutouz rentrait en Egypte, vainqueur et confiant, quand il fut assassiné, le 2 à octobre 1360, par l'émir Bibars Bondocdar.
ioquiéludc
des
chr(^(iens
à l'aviSoemeLl
de Biban.
Ancien esclave turc acheté par Malec-Salah ^, Bibars. s'était élevé de grade en grade, par cette audace de la force et du crime, qui, dans les Etats fatalistes, remplace tous les droits. Il avait inauguré la domination des Mameloucs, lors de la captivité de saint Louis, de concert avec Aîbek , en massacrant Touran- Schah et faisant proclamer sa belle-mère, dont ils furent les ministres. Un second meurtre le porta au trône ^. Esprit ouvert et rusé, d'une violence féroce dans l'action, généreux dans le succès, d'une activité infatigable, Bibars donna , du reste, à l'Egypte musulmane un de ses plus beaux règnes. A son avènement, les chrétiens conçurent 4es plus vives appréhensions. Koutouz avait respecté les trêves. Il avait même résisté à Bibars, qui l'engageait à s'emparer
' Contifi. de Guill, de Tyr, p. 687.
* Ihid, nu. de Rothelin, p. 687. D'après Guillaume de Tripoli, demeurant alore à Saint-Jean d^Âcre, dans le couvent des dominicains , an traité formel fat conclu , à cet effet, ehtre le sultan et les chrétiens. [De statu Saraceaor. ap. Du Ghesne, SciipL t. V, p. 433.)
^ Voy. RasAid Eidin , t. I, p. 3^9; Ma-
krizi, t. l,p. ioi*io6; Haîton, a^. uzi, p. 48; Contin. de GuUL de Tjrr, p. hhà% 633-
* Le mois de septembre 1 260.
* Makrizi, trad. 1. 1, p. 116.
* «Qui de vous a tué Koutouz? demanda a le chef des émirs à Bibars , revenant au Gaire « avec l'armée. — G'est moi. — Dans ce cas, • le pouvoir t'appartient. • ( Maluriù , tom. 1 .