‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 202 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XIV

(le Saint-Jean cTAcre, au moment où il s'était vu sous les murs de la ville, ueo. grâce à la garantie des chevaliers, avec des forces considérables, en se por> tant à la rencontre des Mongols ^. L^instigateur d'une pamlle perfidie succédant à Koutouz , les Francs s'attendaient à le voir rentrer en Syrie avec ses troupes, aussitôt qu'il aurait affemù son autorité en Egypte. L'inquiétude régnait sur toute là côte. Les traités semblaient suspendus, et déjà les musulmans du nord de la Syrie, malgré les promessses et les trêves, faisaient expier aux chrétiens, par des massacres et des spoliations, les courts moments de liberté que leur avait donnés la tolérance ou l'indifférence des Mongols^.

Le royaume de Chypre, demeuré presque étranger à la guerre de Saint- Nouvmi»&

conflits

Saba , eut le bonheur d'échapper encore aux dangers qu'amena l'invasion des «t»

l'trdksvéaue

Mongob sur le continent. Pendant que les villes de Syrie étaient dans les i«iin alarmes, les Lusignan n'avaient eu qu'à s'occuper des débats animés, mais r^ sans péril, qu'entretenaient, au sein du clei^é chypriote, les privilèges lais- do Chypre, ses par la cour de Rome aux prêtres grecs. Exempts heureusement des excès qui affligèrent d'autres pays, ces conflits d'attributions, où se cachait l'inévitable antagonisme des deux nationalités, n'en excitaient pas moins les esprits.

Hugues de Fagiano ne pouvait se faire au partage de l'autorité métropolitaine qu'Innocent IV avait décrétée en 1 261 , en autorisant la nomination d'un nouvel archevêque grec^. Il rendait justice aux vertus de Germain; mais il considérait sa présence à la tête du clei^é grec comme incompatible avec la primauté nécessaire à l'archevêque latin. Ni les réflexions de l'absence, ni les conditions mises à son retour n'avaient modifié ses convictions. Le cardinal Eudes de Ghâteauroux avait pu quelque temps, et non sans peine, le maintenir dans la résignation. Après le départ du légat, Hugues oublia le respect du aux décisions apostoliques et les reconoutnandations de l'autorité royale. Croyant défendre nounseulement les prérogatives de son siège, mais l'honneur même de l'Eglise romaine, il reprit son système de surveillance et d'oppression contre Germain. Un jour il cita son collègue à sa barre pour répondre de quelques faits d'administration particulière qu'il prétendait examiner en qualité de supérieur. L'archevêque grec refusa de se rendre à une pareille injonction, en appela au Saint-Siège, garant de ses privil^es, et partit avec Irois de ses suflragants pour conjurer le pape de mettre un terme aux per-

^ Guîll. de Tripoli , De ftatu Santcenor. ap. * Makriu , irad. t. I ; p. 98 , 108.

Du Chesne, t. V, p. 433. * Voy. ci-dessus, p. SSy. *

1360. sécutions qu'il endurait. Hugues de Fagiano , loin d'être arrêté par son recours , excommunia Germain, dépouilla ses vicaires de leurs fonctions, cassa les sentences qu'il avait rendues et envoya ses propres commissaires avec ses plaintes en cour de Rome.

Alexandre IV confia l'instruction du procès au cardinal de Tusculum , Eudes de Châteauroux lui-même, qui avait autrefois investi Germain de ses fonctions d'archevêque, en Chypre, et c'est devant ce conmiissaire, le plus compétent des juges, que les procureurs de l'archevêque latin, après avoir tenté d'introduire des incidents dilatoires, écartés par le cardinal, eurent à exposer le fond de leurs récriminations.

Les décrets de Célestin ID et les règlements du cardinal d'Albano ^, dirent les envoyés d'Hugues de Fagiano, en organisant l'Église catholique dans l'île de Chypre, tonibée au pouvoir des Latins par suite de la perfide inimitié des Grecs, avaient suffisamment établi qu'il ne pouvait y avoir dans le royaume qu'un seul chef ecclésiastique, à savoir l'archevêque latin de Nicosie. L'appel de Germain était donc sans fondement. Ses actes de métropolitain étaient, d'ailleurs, une usurpation, et son élection entachée d'un vice radical, attendu que le droit d'élire l'archevêque n'appartenait point aux évêques, ses suffragants, puisque, à l'époque où ils procédèrent à la nomination de Germain, en vertu de l'autorisation d'Innocent IV, ils étaient tous sous le coup de l'excommunication dont Hugues les avait frappés pour faits de désobéissance.

La cause semblait devoir se prolonger et occasionner des frais considérables, malgré le bon vouloir du cardinal Eudes. Germain supplia le pape de prendre en considération la pauvreté de son clergé et de prononcer luimême, en toute justice, sur le différend qu'il lui soumettait. Le pape acquiesça à sa demande. Il supprima les délais, simplifia la procédure, et rendit, sous forme d'arbitrage, un règlement général, connu dans l'histoire ecclésiastique sous le nom de Bulle ou Constiiation chypriote, qui resta depuis lors, jusqu'à la fin de la domination franque en Chypre la constitution respective de l'Eglise grecque et des communions orientales rattachées à sa destinée, vis-à-vis de l'Église latine. La bulle fut publiée à Anagni, où résidait alors Alexandre IV, le 3 juillet 1260. Elle fut souscrite par le pape et par les cardinaux présents à la cour pontificale^.

* Voy. ci-dessus, p. 123, aog et suiv. 1 260, S 36 et suiv. Mansi, ConciL t. XXIIJ ,

* L'acte publié par Riccardi , sous le titre col. 1087; Labbe, t. XI, col. loSy; HardeConstUatioOypnaAlexandripapœIV{^otnet douin » t. VII ; Gherubini , BalL magn. Rciuin-fol. i636) se trouve aussi dans Riualdi, hard,t. I, pr. p. 53.

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