‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 206 sur 283 · LIVRE ï, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE ï, CHAPITRE XIV

DÎente à admettre ainsi Thérédité des femmes, quand on se trouvait en prér 126M262. sence d^une autre parente que la mère même. On n'était pas suffisamment rassuré en voyant les droits d'un jeune héritier défendus seulement par une fenokme. Bien que le bailliage, quand il passait à une héritière autre que la mère, et dans le cas même de secondes noces de la mère, fût exercé., en réalité f par le mari de la régente, coinme Gautier de Montbéliard sous Hugues P', les chevaliers chypriotes, frappés, par les exemples survenus dans le royaume de Syrie et par leur propre expérience, des inconvénients du gouvernement des femmes, inclinaient vers les principes saliques du royaume de France. Us cherchaient à modifier et à fortifier, sur ce point, par la pratique, rinfluence des anciennes assises de Syrie, trop favorables à l'hérédité féminine.

Us agirent en conformité de ces dispositions dans la circonstance qu'a- Mars-avniiset mena la mort de la reine Plaisance. En donnant la régence de Hugues U à uugiies

<l*Anlioche

Hugues d'Antioche, au détriment d'Isabelle de Lusignan, ils optèrent pour m

rcgenl de Chypre

l'héritier mâle éloigné au préjudice de la parente plus rapprochée d'un parrinOocnro degré; ils préférèrent le neveu à la sœur du roi défunt, le cousin germain principe» à la tante du roi régnant.

Au XIV* siècle, le roi Hugues IV, invoquant les principes de l'hérédité chypriote quand il réclama la couronne de son oncle, Henri H, devant la cour de Nicosie, rappela ce précédent, resté depuis, dans la tradition du royaume, comme une règ^e politique. « Par la connaissance que firent les prudhommes « du royaume, fut connu que monseigneur Hugues de Lusignan avait plus < grand droit en l'échéete ^ du royaume que n'en avait madame Isabeau , sœur « dudit roi (Henri P% parce qu'il était homme et elle femme ^. » Ainsi s'exprima Hugues rV, en i324.

Les dispositions de la haute cour de Nicosie devaient être pressenties. Isabdle de Lusignan et son mari, Henri d'Antioche, ne réclamèrent point la régence de Chypre. Hugues de Brienne, plus jeune que Hugues d'Antioche, n'adressa pas non plus de requête à la cour. Un motif de déférence filiale dicta surtout son abstention. Privé de bonne heure de sa mère, Marie de Lusignan, sœur du roi Henri I*', il avait été élevé par sa tante Isabelle*. Quoique parvenu alors à l'âge de la majorité^, il aurait cru manquer d'égards

^ Héritage. ' Assises , t. II, p. 4 08, ch. vi.

* Assisesde Jérusalem: Doc, reL à la succès- ^ «En son parfait aage. » (Assises, t. FI,

sibilité et la régence j t. II, p. 420. p. do6; cf. 770.)

à sa tante en agissant autrement quelle ne faisait elle-même en cette drconstance. Hugues d' Antioche fut admis ainsi sans contestation , mais par une exclusion tacite de sa mère et de son cousin au bailliage du roi Hugues II, dont il devait, peu après, recueillir la couronne ^

Dans le royaume de Syrie , les privilèges du mâle n'eussent peut-être pas prévalu en ce cas. Hugues d'Antioche n'aurait pas été vraisemblablement appelé à la régence du vivant de sa mère et en opposition à ses droits. Plus tard, en'effet, quand Isabelle de Lusignan se présenta avec son mari devant la cour de Saint-Jean d'Acre , elle reçut sans difficulté le bailliage et le gou> vemement du pays. Mais elle tarda de deux ans à adresser aux liges cette requête personnelle, de laquelle la législation d'outre-mer faisait dépendre la mise en possession réelle du pouvoir.

1261. De funestes événements survinrent avant cette époque et contribuèrent,

Les chinois, commc la guerre de Saint-Saba, dont ils étaient la conséquence lointaine, des Y^aitien», à compromcttrc les faibles bases de la domination des Latins dans le Le-

aident 1rs Grecs

i reprendra VaUt.

Pendant que les chrétiens de Syrie étaient dans l'attente des malheurs que le règne de Bibars semblait annoncer, les Génois, chassés de Saint- Jean d'Acre, avaient déterminé la république à défendre par les armes l'honneur et les intérêts de ses nationaux. L'évêque de Bethléem, légat apostolique, tenta encore, mais sans résultat, d'amener les consuls de Venise, que soutenait la faveur des Francs de Terre sainte à s'entendre avec ceux de Gênes, pour prévenir la guerre. La restitution immédiate des établissements génois à Saint-Jean d'Acre n'ayant pas été accordée^, les ressentiments entre les deux pays devinrent implacables et s'étendirent bien au delà de la Syrie.

' c J^os le bailliage dou royaume de Ghipre» » dit Hugues d'Ântioche lui-même , en plaidant plus tard contre son cousin, Hugues de Brienne, pour la régence de Jérusalem, «come le plus droit heir dou fis dou roy « nostre dit oncle à avoir son bailliage , sauve «ma mère, et se elle le requiert.» (Assises ^ t. Il, p, 4o6; cf. Contin, de Guill, de Tyr, p. 446; Sanudo, p. a2i; Amadi, fol. 170.) Hugues d^Ântiochc indique ailleurs que son installation définitive, en qualité de régent de Chypre , dut avoir lieu au mois de mars ou d'avril 1262, puisque sa régence ()nt fin au commencement du mois de décembre

1 267, date de la mort du roi Hugues H , et qu'elle avait duré cinq ans et huit mois. ( Doc. sur le service mil. Assises, t. H, p. 4 29, art. 17.)

* L'évêque de Bctliléem rend compte des inutiles réclamations qu'il adressa , à cet effet, au nom du pape, aux consuls de Venise et de Pise, en présence de l'archevêque de Nicosie , des prélats et des barons de Terre sainte , dans une déclaration du 1 1 janvier 1261. (L. Sauli , Delta colonia dei Gefwvesi in Galata, 2 vol. in-8', Turin, t83i,t. I, p. 56; t. II, p. 199; Fontes leram Austriac. t. XIV; Doc. de Venise, t. lïl. p. 39.)

Page 1