LIVRE 1, CHAPITRE XIV
Le traité dé Nymphée, conclu le i3 mars 1261, sous Tiafluence de ces sen- i^oi. timents , fut un pacte d*association et de vengeance entre les Génois et les Grecs ^ pour combattre les Vénitiens et les Français dans tout TOrient, et pour assiéger d*abord Gonstantinople.
Le traité devint superflu par la rapidité des événements , qui devancèrent l'action des confédérés. Au milieu d'une trêve offerte et acceptée pour un an > tandis que le conmiandant d'une ville grecque située près de la mer Noire attirait Tarmée de Baudouin loin de Gonstantinople par des offres de soumission, le Gésar Alexis Stratégopule surprit la capitale dans la nuit du 25 juillet 1261. La ruse et la hardiesse triomphèrent encore une fois de Timpéritie, succès assuré d'ailleurs et bien mérité, s'il n'eût. été le prix d'un parjure.
Les Grecs, retrempés par le malheur, n'avaient jamais désespéré de leur patrie. L'humiliation de la défaite avait réveillé leur esprit militaire et sus* cité des chefs dignes de les commander, tandis que le nouvel empire gallovénitien, à de rares exceptions près, dont le vieux Jean de Brieone fut la plus honorable, vit se succéder sur le trône des princes incapables ou asservis par les plaisirs.
Michel Paléologue associa généreusement les Génois à spn triomphe. Il les affranchit des péages dans tout l'empire; un quartier entier du port oriental de la ville de Gonstantinople, où ils avaient eu des établissements dès le XII* siècle, leur fut abandonné en toute propriété; et, depuis, Galata fut le grand entrepôt du commerce de Gènes avec ses colonies de la Kazarie dans la mer d'Azof^.
Le développement de la puissance des Grecs et de leurs alliés inquiétait 1261-120-2. moins les Latins de Terre sainte que les dispositions attribuées au nouveau Trâvein«uenjun sultan d'Egypte. L'avènement de Bibars, sans amener un état de guerre ou- «vcc Bibars. verte, avait donné le signal des hostilités. L'émir de Jérusalem avait déclaré prisonniers tous les pèlerins venus aux saints lieux sur la foi des traités^. Les Francs, répondant aux agressions ou les devançant, avaient franchi les limites de leurs terres et ravagé le pays sarrasin. Dans une rencontre meurtrière qu'ils eurent avec les Turcomans , ils perdirent tous les bagages du Temple et un
' Le traité a été publié par Du Gange, lib. IV. c. xxv; Ganale, Cron. des Véniciens,
HisL de ConsUmt. éd. in-8%"t. I . p. 438. Voy. p. 48o.
p. 34 1. 447; Barthélémy Scriba, continua- * Voy. Sauli, Galata, i» I, p. 66; Bihl. de
teur de Cafiaro, Annal, Genuens. ap. Murât. VEc. des chartes, a* série, t. 11 , p. 489.
Script, ital. t. VI, col. 628; Cantacuzène. ' Contin. de Guill. de Tyr, p. 639.
1261-1262. grand nombre de chevaliers marquants. Une somme de 20,000 besants d*or dut être comptée pour racheter ie seul Balian dlbelin de Beyrouth ^. Bibars trompa cependant les pressentiments qu'on avait eus. Préoccupé, avant tout, de la nécessité de garantir le nord de ses Etats contre les Mongols, et de repousser dans le sud les populations de la haute Egypte, il ajourna tous ses projets contre Saint- Jean d'Acre. 11 renouvela même les trêves avec les Francs, en convenant de la restitution réciproque des captifs, condition qui parait avoir souffert quelques difficultés, ou des retards, de la part des grands maîtres 2.
On ne croyait pas néanmoins à la durée de la paix, et, de part et d'autre, on s'observait dans la défiance. L'incertitude et le découragement qui régnaient chez les chrétiens se manifestèrent par les résolutions extrêmes que prirent alors plusieurs seigneurs de Palestine. Julien de Sidon vendit sa seigneurie aux Templiers, ainsi que son château de Beaufort ou de Schakif, pour en assurer la défense'. Vers le même temps, des raisons semblables déterminèrent Balian d'ibelin à céder aux chevaliers de l'Hôpital sa ville d'Ârsur, fortifiée par saint Louis*.
bibar» chrrcho Bibars, prcsseutaut une nouvelle expédition du roi de France, dont on
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ebei commençait à s'entretenir dans les ports de la Méditerranée, faisait cepen-
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dant augmenter les fortifications de ses côtes et construire des navires à Alexandrie. Il cherchait en même temps, par des moyens pacifiques et d'habiles agents, à s'assurer des alliances chez les princes chrétiens. H s'empressa de féliciter Michel Paléologue de ses victoires, et conclut avec lui un traité, qui, en autorisant le rétablissement de l'ancienne mosquée de Constantinople, ouvrait le Bosphore aux cargaisons d'esclaves que les sultans d'Egypte faisaient annuellement acheter dans la mer Noire, pour entretenir la milice des Mameloucs^. Il entretint avec Mainfroy, roi de Sicile, les relations d'amitié qu'avaient eues Malec-Kamel et Frédéric®.
H prospdrii. L'ile de Chypre était plus rassurée que la Syrie sur les dispositions de .ie*chyp°re. l'empercur et du sultan. Sa position vis-à-vis de princes ayant peu de marine,
^ Contin, de GailL de Tyr, p. 445. * Voy. ci-deMus, p. 376.
^ Reinaud, Chron, p. 485; cf. Aboulfëda, ^ Nicépb. Grégoras, Hist. BjrxanL iib. IV,
trad. Reiske, t. V, p. 3. cap. vu, t. I, p. 101. Voy. HîsL de Ckypre,
^ Contin. de Gnill de Tyr, p. 445; cf. 1. 11, p. 127. p. 467. * Reinaud, Chron. ca-ahés, p. 48a*