‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 208 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XIV

et raccroissement de ses ressources intérieures, pendant les trente années de 1262. paix écoulées depuis la guerre des Lombards, justifiaient sa sécurité. La race firanque, durant ce long intervalle, avait augmenté à Nicosie et dans tous les ports de mer où elle résidait de préférence. Sans se mêler à la population rurale, die pénétrait nussi par des acquisitions dans Tintérieur du pays, où il avait fallu créer de nouvelles paroisses ^ Les plus grands barons du royaume de Jérusalem, le comte de JaSa, les Ibelin de Beyrouth et d'Arsur, les Giblet, les Montfort, possédaient des propriétés considérables dans les campagnes de rtle. Les relations avec l'Europe avaient donné une forte impulsion au commerce du pays. Nicosie était devenue un centre actif d'échanges et d'opérations d'argent. L'archevêque Hugues de Fagiano, dont le zèle ne laissait aucun abus échapper à son active surveillance, s'était plaint, en 1257, de l'avidité des usuriers, de la fraude des courtiers ou barateurs de cette ville, qui semblaient vouloir dévorer l'île entière par leurs agiotages^. Nicosie était encore le centre principal des relations et des affaires de l'ile. Famagouste n'avait pas l'importance conunerciale que lui donna la destruction des comptoirs chrétiens de Saint-Jean d'Acre à la fin du siècle.

Les monuments historiques, en indiquant le mouvement de l'industrie Bon^ut chypnote, par des faits encore isolés et rares, attestent néanmoins la conti- mUiuirM. nuité des progrès de l'occupation latine dans l'ile, depuis le commencement du siècle, où nous en avons vu signaler déjà l'étendue par un voyageur allemand.

Hugues d'Antioche, en sa qualité de baile de Chypre, exerça une favorable influence sur le gouvernement et la fortune du pays. L'esprit militaire, heureusement entretenu , se régularisa par ses soins, sans rien perdre de son énergie. La chevalerie de Chypre acquit, sous sa régence, un grand renom de discipline, d'expérience et de valeur^.

Peut-être la prospérité donna-t-elle trop de confiance aux Chypriotes. Les BibmMvengo

des

Arabes les accusent d'avoir, au milieu de la paix, arrêté des vaisseaux égyp- chYpriot«t

•or 10 princo

tiens qui conduisaient une ambassade à l'empereur de Constantinople, et d'Antioche.

^ Labbe, CbnciL t Xf, col. a4o2;Maasi, ' «Baylivus Cypri» cum pulchra mili-

t XXVf , col. 339 ; Cartal. de Sainte-Sophie, « tia Erat autem tune militia regni Cypri

pauim, « magni valons , magnaeque prudentias. > ( Sa-

' Labbe, ConciJ. t. XI, coi. 2383; Mansi, nudo, en 1266'. Secnt Jideliwn cracis,

t. XXVI, col. 319. p. 222.)

1262. retenu captifs les députés du sultane Bibars reprochait déjà aux grands maîtres de s'être refusés à la restitution des prisonniers convenue par le dernier traité 2. Exaspéré de l'insulte faite à ses envoyés, et ne pouvant s'en venger sur les vrais coupables, il fit attaquer Boémond d'Antioche, oncle du roi de Chypre , l'instigateur infatigable des invasions mongoles. Les émirs de l'Oronte marchèrent par ses ordres sur la principauté, pénétrèrent jusqu'à Séleucie, et brûlèrent tous les vaisseaux du port*"^. Bibars commençait avec eux le siège d'Antioche , quand l'approche des Mongols le détermina à la retraite^. Les chrétiens gagnèrent seulement quelques mois de repos à son éloignement.

1262-1263. Les rapports amicaux de Michel Paléologue et de Bibars ne pouvaient être

Michel un danger pour les Francs d'outre-mer, surtout pour les Chypriotes. La menace couquétc dcs proviuces éloignées du Bosphore présentait d'insurmontables

difficultés. La principauté d'Antioche était couverte par TArménie et par l'empire d'Iconium, où les Mongols régnaient en protecteurs plutôt qu^en alliés. Les iles n'étaient abordables qu'avec le secours d'une puissance maritime. Assurés dû concours de la marine génoise depuis l'alliance de Nymphée et la prise de Constantinople, les Grecs voulurent essayer d'enlever Candie aux Vénitiens. Chypre parut menacée du même coup , et Urbain IV communiqua au régent les informations inquiétantes qu'il recevait de Constantinople sur les projets de l'empereur ^. Michel Paléologue comptait sur les propres efforts des Chypriotes. 11 les croyait prêts à se soulever contre les conquérants de leur pays, et ne paraissait pas douter que les Génois ne consentissent à débarquer dans l'ile un corps de troupes impériales^.

12C31264. Les appréhensions du Saint-Siège étaient heureusement exagérées. De loog- Ménegcmcnu tcmps BucoTe Ics Géuois uc firent rien d'hostile à un pays qui les traitait

excessifs i i» y^i . , . /» /

d« avec les plus grandes faveurs. Les Chypriotes n auraient pas refusé sans doute

àicgara de se joindre à une armée libératrice, venant leur rendre, avec les vieilles lois paternelles, la liberté de leur Eglise, qui était pour eux la marque la plus

^ Makrizi , t. I, p. 196; M. Reinaud , ^ Hist. de Chypre, t. III, p. 656.

p. 685. ® Lettre d*Urbain IV à Hugues d'Antioche

^ Conûn, de Guill. de Tjrr, p. 667 ; Sanudo , et aux barons de Chypre , du 1 2 janvier 1 263.

p. 221. {Hist. de Chypre, t. II, p. 69.) Nous avons

^ M. Reinaud, p. 436. donné le texte même de cette lettre intéres-

^ Conlin. de Guill, de Tyr, p. 44 3 ; Sanudo , santé , d'après le registre d'Urbain IV, t. III .

p. 321; Amadi, fol. 170. p. 653, 654*

des Grrcs.

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