‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 217 sur 283 · LIVRE I. CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE I. CHAPITRE XV

vinrent la notifier, et déclarèrent, par Torgane de Yuh d'eux , que , suivant les ^s^assises de Jérusalem, le bailliage du royaume appartenait à Hugues d'Antioche, fils d'Isabelle de Lusignan, parce qu'il était aîné de son cousin le comte de Brienne.

Alors Geofiroy de Sergines s'avança le premier aux pieds du régent, et lui prêta hommage^ à genoux, sans manteau, sans armes et sans éperons, les mains nues et réunies dans les mains du baile. Hugues, en le relevant, suivant l'usage, lui donna sur la bouche le baiser, signe de l'union et de la foi, que le seigneur doit à l'homme, comme Fhonmie à son seigneur^. Après le sénéchal, les honmies liges firent aussi honmiage ainsi que les grands maîtres; les chefs des conmiunes et les confréries prêtèrent ensuite le serment de fidélité au nouveau régent'.

Les décisions de la cour fixaient le droit politique du royaume sur deux Resuiuu points essentiels, qui n'avaient été résolus d'une manière suffisante, ni par la po«rie droit

doiaeceuibililé

législation , ni par les précédents. Contrairement à la doctrine que le comte ^ ^ de Brienne cherchait à faire prévaloir, il résulta de la déclaration des liges (]ue la représentation entre cousins -germains n'était pas admise, et <{ue l'aînesse devait se constater par l'âge des survivants, sans remonter aux ascendants. £n second lieu, l'avantage des héritiers mâles sur les femmes, implicitement déduit pour les successions royales de l'usage des fiefs ^, contesté cependant par Hugues de Brienne; invoqué, avec quelques restrictions encore par Hugues d'Antioche, fut expressément confirmé dans la personne d'Hugues d'Antioche lui-même, d'abord par sa mise en possession de la régence et, peu d'années après, par sa proclamation comme roi. Les principes français prenaient, on le voit, plus de force en ces matières; on ne parla plus, dans la suite, de l'abstention d'Isabelle de Lusignan , bien que le baile de Chypre considérât encore sa mère comme fondée à prétendre avant lui au bailliage. De la reconnaissance de Hugues, on tira la conséquence que sa mère avait été formellement exclue de la régence parce qu'elle était femme ^.

Sans demander qu'on rendtt, à l'occasion de ces faits, une assise formelle

' Cf. Doe. relata h êttcc€ss,ch.%j 'y Assises, ^ Cf. Doc, ch. xi et xvii; Assises, t. II,

t. II , p. /^ 1 5. p. 4 1 5 , 4 1 9 ; Contin, de GailL de Tyr, p. ^78 ,

* Les Assises décrivent plusieurs fois les note a. formalités de rhommage. (T. I, p. 3i3, * No^. Assises, }.A,i^. 375.

i^5,etc.) * îhid. t. Il, p. A 20.

pour régler éveutuellement et en principe les cas semblables dans l'avenir, ce qui répugnait toujours aux instincts de la haute cour, Hugues d'Antioche, après son avènement au trône, fit dresser une charte publique, confirmée du sceau des prélats, où Ton rappela les discussions et les délibérations à la suite desquelles la cour lui avait conféré, par deux esgards successifs, la régence et la couronne de Jérusalem, de préférence à sa mère et à son cousin de Brienne '. Ce fut, pour les royaumes de Jérusalem et de Chypre, une sorte de loi de succession , à laquelle on se référa dans la suite , et dont on invoqua toujours l'autorité.

Siluatioo

difficile

de la Syrie.

A voir le calme et la lenteur des délibérations de la cour de Saint-Jean d'Acre, on aurait pu se croire dans le pays le plus heureux et le plus paisible de la chrétienté. L'avenir n'avait jamais été cependant plus incertain et plus inquiétant. Au moment où les liges cherchaient à fixer les principes de l'hérédité souveraine, le royaume, plus exposé que jamais, pouvait périr par un accident inattendu, comme l'empire latin de Gonstantinople était tombé en un jour. L'Europe entière semblait ne plus s'intéresser à ses destinées. Saint Louis, sans cesser de fournir à l'entretien des hommes de Geoffroy de Sergines^, avait été détourné par des intérêts plus pressants des projets qu'il ne cessait de former pour la délivrance des saints lieux. Le développement de l'administration de son royaume et le règlement des aiTaires d'Angleterre l'avaient d'abord absorbé. Depuis i263, il secondait les efforts de son frère Charles, dans la conquête des Deux-Siciles. Urbain IV, luimême, ancien patriarche de Jérusalem, adoptant la politique de Grégoire Dk et d'Innocent IV, voulait, avant de secourir la Terre sainte, assurer Tafiranchissement de l'Eglise et consommer l'abaissement de la maison de Souabe. Une partie des croisés et des subsides destinés à la guerre d'outre-mer étaient par ses ordres envoyés à Naples , quand les périls de la Syrie auraient réclamé tous les efforts et toutes les ressources de la chrétienté.

^ Doc. nlatifs à la success. ch. xvii. La majeure partie de ce livre est extraite de la charte, dressée, en i a 68 ou 1369, à la demande de Hugues d*Antioche , et renfermant une relation authentique des délibérations à la suite desquelles il avait été saisi successivement de la régence et de la couronne. (Assises, t. IL p. 419.)

* M. Servois a fait connaître les emprunts conti'actés ou garantis alors par saint Louis à

des marchands de Sienne , de Plaisance et du Languedoc. Le change se faisait entre les banquiers d*Europe et ceux de Saint-Jean d'Acre, pour éviter le transport des espèces. (BibL de VÉcole des chartes, h' série, t. IV. p. 11^, 282.) Une somme de 2, 4oo livres fut payée à Saint-Jean d'Acre, au nom de saint Louis , à Geoffroy de Sergines , le 3o juin I 267. (M. Jubinal , Œuvres de Ratebet^, i. I . p. 38o.)

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