LIVRE I, CHAPITRE XV. /i
Les défenseurs de la Terre sainte manquaient souvent eux-mêmes de la i264-i265. prudence que la faiblesse au moins aurait dû leur conseiller. Les difficultés venaient presque toujours des croisés, surtout des croisés non enrôlés, qui, se trouvant bientôt sans ressources, après leur arrivée en Orient, voulaient vivre en maraudeurs sur les terres ennemies. Souvent aussi les Arabes, abusant de leur supériorité, se plaignaient d'hostilités que leurs agressions avaient provoquées. En i264t au milieu de la paix, Gérard de Picquigny, châtelain de JaiTa, avait été odieusement capturé sur la route de Rama, avec quelquesmns de ses hommes. Les chevaliers de Saint- Jean d'Acre, n^ayant pu obtenir la restitution des prisonniers, ravagèrent la Samarie maritime et attaquèrent avec avantage un corps arabe près d'Ascalon'. Bibars était satisfait de ces représailles, malheureusement nécessaires, qui pouvaient justifier, au besoin, ses nouveaux projets aux yeux des émirs. A cacha néanmoins son dessein de recommencer la guerre, dans la crainte que les Arméniens et le prince d'Antioche ne le prévinssent , en décidant les Mongols à faire un mouvement offensif vers la Syrie. ,
Au commencement de Tannée 1266, se croyant en état d'agir, il engagea uûb. une grande chasse dans la Samarie, avec une armée entière, divertissement mhm fréquent des princes orientaux. Il trompa les chrétiens sur le but de sa Ugaerre. marche, et, après quelques jours d'incertitude appai^ente, il se jeta à l'improviste dans la plaine de Saron , en se dirigeant vers Césarée. Le comte de Jaffa essaya vsrinement encore de l'arrêter ^. Bibars occupa sans difficulté la ville basse de Césarée et surprit la citadelle, en feignant d'ouvrir des pourparlers avec la garnison; il détruisit les travaux dispendieux élevés par saint Louis, et descendit vers Arsur, que ne purent sauver ni les fortifications du roi de France, ni l'énergique défense des Hospitaliers, à qui Balian d'Ibelin avait peu auparavant cédé sa seigneurie. Après quarante jours de siège , le corps de ville fut enlevé d'assaut, et le château obligé de capituler*. Satisfait de ces premiers succès , le sultan ne poussa pas plus loin les travaux de cette année. Dans l'entrée triomphante qu'il fit au Caire, à son retour de Syrie,
' Sanudo, p. 3 22;Ainacli, fol. 171; Fi. n en continuèrent pas moins à payer annuel-
Bustron, fol. i83. lement, au sire d'Ârsur, vingt-huit mille be-
' M. Reinaud, p. 691. sants, prix de la vente de la ville. (Cf. Sa-
^ Le 3o avril 1 265. (M. Reinaud, p. i^gS; nudo, Secret, fidel. crucis, p. 222 , et p. 2/^6 ,
Makrizi.cn 1264, t. I, 2* part. p. lo; Con^ où le texte porte, par erreur, TemplaHo-
dc Guill. de Tyr, p. A&o.) Les Hospitaliers mm.)
on vit les malheureux captifs traîner au milieu des rues leurs croix brisées et leurs drapeaux renversés ^.
Le r^eni Sou irruptiou avait été si subite, qu'Arsur put à peine recevoir quelques
quelque, croisa secours maritimes. Hugues d'Antioche vint de Chypre à Saint-Jean d'Acre
■m vent
en Syrie.
le 23 avril, avec une flottille bien équipée, portant un corps de la chevalerie chypriote, alors si estimée. Il comptait cent trente chevaliers, un grand nombre de sergents et d'autres cavaliers^. Rien ne put être distrait de ces forces peu considérables pour aller au secours de la ville d'Arsur, car Saint- Jean d'Acre était entouré de corps ennemis qui couvraient la plaine. I..es habitants auraient pu voir l'armée du sultan KS^éger et détruire sous leurs yeux le château de Caïphas, défense de la rade du CarmeP. Plusieurs sei-
gneurs croisés arrivèrent heureusement alors dans leurs murs. Erard de Valery, Erard de Nanteuil, Eudes de Nevers débarquèrent avec cinquante chevaliers^. Olivier de Termes, croyant au prochain retour de saint Louis, était revenu à Saint Jean d'Acre, dès l'année précédente^. C'était autant de précieux renforts. La ville restait néanmoins dans l'inquiétude et s'attendait toujours à une attaque. L'anxiété redoubla, quand on apprit la victoire de l'émir d'Emesse sur Boémond d'Antioche, et les préparatifs du sultan pour de nouvelles opérations ^.
Dans cette extrémité, les chrétiens de Syrie adressèrent encore une fois leurs supplications à leurs frères d'Occident''. Mais Clément IV sollicita sans succès pour eux le zèle des princes d'Europe^. La guerre de«Pouille absorbait la plus grande partie des ressources que demandait la Palestine. Un poète du temps, dans un langage fort libre et souvent injuste, se plaignait de cette coupable diversion. Il allait jusqu'à blâmer l'inaction du roi de
^ Cf. Makrixi, Hist, des saltaiu manulomcs , trad. Quaftrem. t. I, i* part. p. i5.
« Coniin. de GailL de Tyr, liv. XXXIV, ch. VI , p. 45o ; Sanudo , Secret. fdeL p. 3 a 3 ; Amadi, foi. 173.
^ M. Reinaud , p. 49 i ; Makrizi , en 1 264 , 1. 1, i'* part. p. 339; a* part. p. 3, 7, 8; Rinaidi, aan. 1265.
^ Cotuin. de GuUL de Tyr, p. 4S4. Le comte de Nevers , arrive en 1 965 , mourut en 1 a66 , à Acre. (hid. p. 455.)
^ Ihid, p. 4ii9; Sanudo, p. a 32.
^ Makrizi, t. [, 2* part. p. 25.
* Lettre de Geofiro^ de Serginea, séoéchal de Jérusalem , du patriarche et des chefs d'ordres à Thibaut V, comte de Champagne, 25 mai 1 265. (Martène , Tkes, anecd, 1. 1 , col. 101 3; UUt, Uit. de France, t. XXI, p. 8o€.)
* Lettres de Clément IV aux prélats et aui seigneurs de Palestine , au roi d'Arménie et aux seigneurs de France , juillet 1 265 , mai et août 13 66. (Thés, anecd, t. II, col. 169, 335 , 392 , 4o8 ; Rinaldi , 1 265 ,S37, t. XXII . p. 169; Cfém. Galan, Hist. armena eccksieulica et poliùca, p. 3 60, Cologne, i684.