‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 219 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV

France, qui, disait-il, plutôt que de consumer ses efforts en Italie, aurait dû uee. voler au secours d'Acre et de Geoflfroy de Sergines *.

Bibars, revenu en 1366 devant les murs de Saint-Jean d'Acre, trouva les échecs

des chrétiens.

Francs sur leurs gardes et préparés à le repousser. Ne voulant pas entreprendre le siège de la ville avant d'avoir achevé la réduction de ses défenses extérieures, il se porta avec les machines qu'il faisait voyager à dos de cfaameau, vers le grand château du Saphed, terminé depuis peu par les Templiers , au nord du lac de Tibériade. Rien ne gênait plus ses oonununications avec l'Egypte dans le sud de la Syrie, si ce n'est la principauté de Jaffa, qu'il épargnait encore par égard pour Jean dlbelin. Cette année même , il s'empara cependant de Rama, considérée jusque-là comme une dépendance de Jaffa, mais dont la position « sur la route directe de Jérusalem à la mer, lui convenait^.

Les villes d'Arsur, de Césarée et de Caïphas, avaient été occupées ou détruites dans la première campagne. Au nord, Tyr et le Saphed étaient les seules.protections d'Acre et les seuls obstacles que rencontrassent les armées de Damas pour pénétrer dans la Palestine. Bibars fit avancer un corps de troupes vers Tyr. D'après Makrizi, écrivain musulman qui a laissé une histoire des sultans mameloucs régnant alors sur l'Egypte et la Syrie, Bibars reprochait aussi bien à Philippe de Montfort qu'aux Génois le défaut de concours qui avait fait échouer trois ans auparavant sa tentative sur Saint- Jean d'Acre^. Cette circonstance confirme, en l'aggravant, ce qu'avait dit Ibn- Férat, autre historien arabe, de l'accord secret formé en i263, par les Génois et Montfort, contre leurs ennemis de Saint-Jean d'Acre^. Bibars envoya aQssi des détachements ravager les territoires de Triplai et de la Phénicie; mais il concentra ses efforts personnels sur le Saphed.

C'était avec Maxkab, château de l'Hôpital, au nord de Tortose, un des plus forts établissements militaires des croisés. Cent soixante villages, habités par plus de dix mille paysans, en dépendaient. Sous son abri» tout le pays arabe conquis par les chrétiens était tranquillement cultivé du Jourdain à la Méditerranée. Depuis que les Francs Pavaient achevé, les Sarrasins de Damas n'osaient plus se hasarder au delà du fleuve qu'en forces

^ Ruiebeuf, Œuvres publiées par M. Jubi- * Makrizi , t. I » a* part. p. 3s.

nal, t. 1, p. 61, 65, gS : Complaintes du ^ M. ifeinaud, p. ^95, 499; Makrizi,t. 1,

comte de Nevers et de Geoffroy de Sergines, 2' part. p. 27, 98.

Complainte d'outre-mer. ^ Voy. ci-dessus, p. 396.

supérieures ^ Attaque par une nombreuse armée, le commandant duSaphed, templier d origine syrienne, demanda à capituler à la fin du mois de juillet^. Bibars , dont les instincts sanguinaires s'étaient exaspérés de la résistance des chevaliers, promit tout pour saisir sa proie. Quand la ville lui fut livrée, prétextant que les assiégés, contrairement à la capitulation, avaient emporté quelques objets du château, il les désarma, les fit conduire sur une colline voisine de la ville, leur proposa d'embrasser Tislamisme, et, sur leur refus, il ordonna à ses émirs de les massacrer'. Presque seul, le châtelain, que Ton accusa de trahison, ne partagea pas le sort de ces glorieux martyrs^.

Guerro commerciale

du sultan en Arménie.

Le sultan s'éloigna alors de la Syrie pour attaquer les chrétiens sur un autt e point. Il voulait se venger du roi d'Arménie , qui , se croyant sûr de la protection mongole, harcelait sans cesse la province d'Alep, et qui récemment avait interdit tout commerce avec ses sujets^. La mesure prise par le roi Haïton l*' était un acte d'hostilité plus efficace que ses incursions continuelles dans la Piérie et la Comagène. A l'irritation qu'elle provoqua chez Bibars, on juge combien elle lui était nuisible. Pendant que les Francs étaient maîtres .d'une partie des côtes de Syrie, et que les Mongols interceptaient le cours supérieur de l'Euphrate, les Sarrasins pouvaient encore se procurer, par la petite Arménie, les bois, le fer et les animaux dont ils avaient besoin. Leur enlever l'accès des marchés d'Asie Mineure, en leur fermant la Gilicie, c'était, tant qu'ils n'avaient qu'une marine peu nombreuse ^, les obliger à recourir à la contrebande européenne, que gênaient les décrets apostoliques, et qui, d'ailleurs, ne pouvait suffire à pouryoir l'Egypte des objets de défense militaire''.

L'éloignement d'Abaga-Khan, dont les forces se trouvèrent appelées en même temps aux deux extrémités de son empire, dans la Perse et dans le Kaptchak, engagea Bibars à agir immédiatement contre Haïton. Il somma le

* De conslrucùone castri Sapkel, ap. Baluze, Miscell. 1. 1, p. aSo-aSi. (Voy. ci-dessus, p. 319.)

* Makrizi, t. II, 2" part. p. 3o", M. Reiiiaud ,p. 495 ; Conûn, de GuilL de Tyr, p. 45â ; Sanudo, p. 222.

^ D*après Ibn- Ferai, les défenseursr du Saplied étaient au nombre de deux mille. (M. Reinaud, p. 497-498.)

^ Pierre Coral , Chion. S. Maiiial, Lemovic. ap. Baluze, MisccU. in-fol. t. I, p. 23 1 ; Bou-

quet , t. XXI I p* 7 73 ; Sauudo , p. 2 2 2 ; Contm. de Guill, de Tyr, p. 455.

^ Cf. M. Reinaud, Qhron, ar. p. 5oo; Aboulfaradge ou Bar Hebraeus, Cknnûfae syriaqae, traduite en latin par Kircb; Leipsick , 1 789 , in-4^ t. II >p. 568 et suiv. Aboulfaradge, était primat des cb retiens jacobites d*Orient. 11 mourut en 1286, près de l'Euphrate. .

* Cf. Makrizi , tr. Quatr. t. I , p. 1 î 1 .

' Voy. His(. de Chypre, t. Il, p. 120.

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