‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 220 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XV. U · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XV. U

roi d^Arménie de rouvrir les routes de son pays aux caravanes arabes, et 1266. exigea de lui, s'il voulait avoir la paix sur le Taurus, de payer un tribut annuel, semblable à celui que ses prédécesseurs et lui-même s'étaient obligés de payer aux empereurs mongols, leurs suzerains. Haïton ne parait pas avoir été efirayé d'abord de la déclaration du sultan. Il alla , avec une partie de son armée , chercher des renforts auprès des chefs mongols de Tintérieur, qui disputaient aux Turcomans les provinces de Tempire d'Iconium. Sa trop grande confiance amena une effroyable catastrophe sur le pays. En son absence, ses frères et ses fils furent battus par Témir d'Hama, commandant Tannée de Bibars; trois des princes furent tués; Léon, son fils aine, depuis Léon m, fut fait prisonnier; Sis et les provinces maritimes livrées au pillage '. Les hommies en état de porter les armes furent partout massacrés, les enfants emmenés à Damas, puis au Caire, pour grossir les rangs des Mameloucs^. De longtemps l'Arménie ne put se relever du coup qu'elle avait reçu.

A la même époque, les Francs éprouvèrent un grave échec près du Saphed. Le régent de Chypre étant revenu à Saint-Jean d'Acre, l'armée avec les ordres militaires et le corps de Geoffroy de Sergines s'était mise en marche vers le lac de Galilée, espérant surprendre le château avant que les travaux de réparation ordonnés par Bibars, pour faire de la place une forteresse inexpugnable, entre Damas et Saint-Jean d'Acre, fussent terminés. La supériorité des troupes qu'on trouva réunies autour du Saphed était telle, qu'on fut obligé de reprendre promptement la route de la côte. Dans la retraite, l'avant-^arde s'étant éloignée pour piller quelques villages ennemis, le corps de bataille tomba dans une embuscade disposée par les Arabes à l'entrée de la plaine d'Acre, et fut complètement mis en déroute^.

L'année finit aussi malheureusement qu'elle avait conunencé. Au mois Mon de décembre, mourut Jean dlbelin^ comte de Jaffa*, l'ancien compagnon de ^conite Philippe de Navarre durant la guerre des Lombards. Par sa fortune, son expérience politique, sa connaissance parfaite de la constitution des assises, que sa bravoure et son talent avaient aidé à défendre sur les champs de

* Voy. le moine Haïton, seigneur de Gor- M. Reinaud, p. Soi ; Hist. de Chypre, t. II ,

higos; De Tartaris , ch. xxxiii, p. 5o, édit. p. ia8.

citée; Makrizi ; 1. 1 , 3* part. p. 34 . ann. 664 ^ Contin. de GuUl, de Tyr, p. 455 ; Sanudo ,

(1266) ; Aboulfaradge , loc, cit. ; Sanudo, p. a 2 2 ; Makrizi , 1. 1 , 2* part. p. 38. p. 222. Conflit, de Guill, de Tyr, p. 455. ^ Contin. de Guill. de Tyr, p. 455 ; Sanudo ,

' Aboniféda, tr. de Reiske, t. V, p. 19; p. 222.

de Jafla

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12GC. bataille et dans les cours de justice, le comte d'Ibelin était un des hommes les plus considérables des deux royaumes. Depuis quelque temps il semblait ne pas approuver ce qui se faisait à Saint-Jean d*Acre. Mais, loin d'imiter Philippe de Montfort, qui, sur une mésintelligence, s'était cantonne à Tyr avec les Génois dans une véritable hostilité contre les liges, il aidait de ses avis les hommes chaînés du gouvernement et profitait de Taccès que sa loyauté lui avait conservé auqprès de Bibars pour essayer d'obtenir des caprices ou des calculs du sultan la prolongation d'une paix toujours éphémère.

Jean d'Ibelin, qui, dans l'histoire, a effacé le souvenir de son oncle Jean, premier du nom, le vieux et énergique sire de Beyrouth, dont le rôle a depuis longtemps fini dans notre récit, est surtout célèbre par son traité concernant les coutumes et le régime politique importés par les Francs en Orient. H donna à sa composition le titre de Livre des assises des royaumes de Jérasalem et de Chypre, Cet ouvrage , le plus précieux monument de droit féodal du moyen âge qui existe, fut d'abord invoqué avec réserve et répugnance dans les tribunaux d'Orient, tant on craignait de gêner, même par un écrit dépourvu de caractère public, la liberté d'interprétation des cours judiciaires. Mais la déférence attachée à la mémoire du comte de Jaffa, la précision et la commodité des règles qu'il avait réunies dans son livre, sous forme de solutions, touchant les questions les plus importantes et les plus usuelles de la vie féodale, donnèrent une prompte notoriété à l'ouvrage et fondèrent son autorité.

Les avantages d'un semblable recueil furent surtout appréciés dans le royaume de Chypre, à mesure que la paix et l'aisance générale modifièrent les habitudes militaires de la noblesse. Pour éviter des discussions de principes, devenuesr laborieuses et de moins en moins accessibles à la généralité des feudataires, les chevaliers de Nicosie s'accoutumèrent à s'en référer à l'avis du comte de Jaffa. Sa décision fixait l'usage et prévalait toujours en cas de doute ou de partage. L'ensemble de sa doctrine devint peu à peu la jurisprudence et par le fait même la législation du royaume. La sanction légale manquait seule à ce que le temps avait consacré, quand, en iSôg, à l'avènement du roi Pierre H, on prit le sage et indispensable parti de donner force de loi à ce commentaire, toujours écouté, de la coutume du pays.

12GC-12C7. Durant les dernières années de sa vie, le comte de Jaffa avait incliné tout Force de Bibârt à fait vcrs la paix. L'inaction des princes d'Europe l'avait découragé sans

«o Syrie.

doute autant que la force et les projets du sultan. Il ne voyait pas de salut

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