LIVRE I, CHAPITRE XV
/il7
«(IWcre, la capitale, le refuge et Tespoir des chrétiens. Un Sarrasin nous a «dit que le sultan ne cherchait, en ce moment, à paraître généreux à noti^ - ég^d qu'afin de donner bonne opinion de lui aux habitants d'Acre et de "S*emparer plus facilement de la ville, au moment opportune »
Les circonstances étaient devenues toutefois moins défavorables à une croisade. La victoire de Bénévent, en assurant la couronne de Sicile à Charles d'Anjou , avait inspiré plus de confiance à Clément IV et déterminé de nouvelles prédications pour la Syrie ^. Le pape n'était pas éloigné de croire que les princes du royaume d'Aragon, dont les chevaliers et les marchands avaient seuls paru jusque-là en Orient, iraient payer eux-mêmes leur dette à la Terre sainte. Séduit par de nouvelles démonstrations de Michel Paléologue, il se flattait même que les troupes grecques se réuniraient enfin aux Francs contre les infidèles '.
Les Orientaux ne partageaient pas ces espérances. Leurs désirs se bornaient à voir la défense de Saint-Jean d'Acre assurée, et, pour première condition de sécurité, ils demandaient que la paix fut rétablie entre les communes italiennes. Chacun des hauts feudataires ayant à protéger ses propres terres , la capitale se trouvait souvent sans autres troupes que les ordres militaires et le corps de GeoiTroy de Sergines. On attachait une extrême importance à conserver encore quelque temps les cinquante chevaliers amenés par le comte de Nevers et par Erard de Valéry. Le patriarche de Jérusalem, Guillaume d'Agen, adressa un message à Amaury de La Roche, commandeur du Temple en France, pour le prier d'exposer ces vœux au roi Louis, et d'être l'avocat de la Terre sainte auprès des princes chrétiens ^.
Le patriarche recommandait instamment qu'on fit parvenir en Orient les fonds nécessaires à la solde des chevaliers, au moins pendant un an encore.
DeniandM
en Oricalaux
aux princes
d'Europe.
* Guillaume de Tripoli , De Stalu Saracenorant, ap. Du Chesne , ScripU t. V ; cf. p. ^ 3d , 435. Cet écrit, dont on possède plusieurs manuscrits et deux textes contemporains, un latin , Tautre français , fut dédié par Guillaume de Tripoli à Théaldc Visconti (Grégoire X), archidiacre de Liège, chanoine de Lyon, alors pèlerin à Saint-Jean d*Acre, où il se trouvait encore q^and il fut élu pape en i a 7 1 , à la mort de Clément IV. Les derniers paragraines portent la date de Tannée 1 273. Ce sont des additions ajoutées postérieurement,
et par fauteur lui-même peut-être, à la première rédaction, qui parait avoir été arrêtée avant la prise d*Antioche , et , par conséquent , avant le mois de mai 1 a 68. (Cf. Du Chesne , 'loc. cit. p. 433.)
* Rinaldij Amud. 1267, 1268; Marlènc, Thei. anecd, t. II, col. 4 2 a*
^ Lettres de Clément IV, ap. Martène, Thés, anecd. t. II, col. 43d» 439, 468, 469.
* Recommandations du patriarche Amaury de la Roche, publiées par M. Servois; Bihl. de l'Ec. des chartes, 4* série, t. IV, p. 291.
1267. et, s'il était possible , jusqu'à Tarrivée de la grande croisade, dont il était de nouveau question. Il insistait pour qu'on ne manquât pas de payer r^ulièrenient les gages des hommes de Geoffroy de Sergines, et pour que le pape ou le roi Charles d'Anjou, sur qui Ton comptait beaucoup alors, parvinssent à obtenir, de gré ou de force , la certitude d'une longue trêve entre les Génois et les Vénitiens. L'animosité des 'deux peuples était toujours la même, et des malheurs irréparables pouvaient en résulter pour la Palestine.
Dernièrement, Luchetto de Grimaldi , à la tête de dix-huit galères génoises , avait reparu à l'entrée de Saint-Jean d'Acre. Il était resté pendant douze jours maître absolu du port et ne s'était retiré qu'après avoir capturé ou renvoyé à Tyr tous les vaisseaux venus dans la rade, et avoir brûlé deux navires pisans ^ Le patriarche engageait le roi de Sicile à entretenir en permanence six galères armées dans les eaux de la Syrie, pour arrêter ou diminuer au moins la contrebande de guerre. Il demandait, qu'en hâtant et augmentant les renforts, on. ne laissât venir cependant en Orient que des honmies propres à porter les armes. Il voulait enfin que, juscpi'au départ de la croisade générale, le pape affectât à la défense du royaume de Jérusalem la dîme des églises chypriotes, estimée à une somme annuelle de deux mille livres tournois ^,
5 déc. 1267. Pendant que les prélats d'Orient s'efforçaient de préparer les voies à la Mort croisade, une courte maladie enleva le jeune roi de Chypre. Hugues H
roi ae Chypre, mourut Ic 5 décembre , veille de la fête de Saint Nicolas '. Il avait quatorze ans , et touchait presque à l'époque de sa majorité. Il était marié depuis peu de temps ^ à Isabelle d'Ibelin, héritière de la baronnie de Beyrouth, et n'avait pas d'enfants^. Isabelle, fille de Jean II d'Ibelin, mort en l264^ mourut elle-même, vers la fin du siècle, sans laisser de postérité des trois maris qu'elle avait eus après le roi Hugues : Raymond L'Étranger, seigneur anglais, Nicolas L'Âleman , sire de Césarée, et Guillaume Barias. Sa sœur Echive hérita du nom et des terres de la branche ainée de la maison d'Ibelin , et par
^ Contin, de Guill. de Tyr, p. 456; Sanudo.* du seigneur de Beyrouth décédé. (Martène ,
p. 2 23. Thés, anecd, t. II, col. ]35; Reinhard, t 1 ,
* HisL deChypre, t. II, p. 72. pr. p. 60.) Jean d'Ibelin, sire de Beyroutb ,
' Âmadi , fol. 1 74 ; FI. Bustron , fol. vi et était mort en 1 264* ( Voy. ci-dessus , p. 399 ,