‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 225 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVJ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVJ

Pendant son séjour dans cette grande ville, où Ton comptait encore plus de cent mille habitants ', et où la croix latine avait été, pendant cent soixante et dix ans, arborée, le sultan accepta les conditions de la paix débattues, depuis un an , avec le roi d*Ârménie ^. Haïton l""' dut abandonner toute la partie orientale de la Cilicie jusqu'au Djiboun, et promettre bon accueil aux marchands arabes. Il reçut alors seulement son fils Léon, en échange du jeune favori de Bibars, qu'Âbaga-Khan avait fait rechercher dans tous ses Etats pour être agréable au roi d'Arménie^. Haïton, après un règne long et souvent glorieux, remit ensuite le sceptre à ce fils racheté de la captivité, qui fut le roi Léon III, pour se vouer entièrement à Dieu et à la vie monastique, sous le nom de Macaire^.

Hugues III, obligé de se tenir sur la défensive, sans pouvoir secourir son Négociaiion

^ cl

cousin Boémond, avait demandé un traité de paix à Bibars, après la prise ruptun

d'un traité

d'Antioche, et le sultan avait consenti à lui envoyer des messagers. On fut avccie»aitan.

cependant quelque temps à s'accorder. Le roi voulait seulement traiter pour

rîle de Chypre et se réserver la faculté de dénoncer la trêve en Syrie , si une

nouvelle croisade arrivait d'Europe^. Les Arabes remarquèrent, durant les

conférences, que le roi de Chypre parlait souvent du frère du roi de France,

le roi de Sicile; ils furent frappés de la déférence que le roi montrait pour

ce prince et du 'soin qu'il mettait à éviter tout ce qui aurait pu, avant ou

après les négociations, exciter son mécontentement^. Charles d'Anjou , conmie

successeur de Frédéric et de Conrad dans les Deux-Siciles, paraissait avoir,

dès lors, la pensée de prendre la couronne de Jérusalem, et les lenteurs de

la négociation de Hugues III avec Bibars nous semblent indiquer que le roi

de Chypre n'avait pas encore été investi du titre de roi de Jérusalem, quand

il traitait avec les envoyé» du sultan.

On finit par convenir d'une trêve et d'une nouvelle délimitation des frontières du royaume, en sacrifiant probablement quelques territoires. Les messagers, chargés de préparer le projet de paix, comme ceux qui vinrent plus tard en demander la ratification, traitèrent, par ordre du sultan, avec une extrême hauteur. Ds exigèrent qu'on les fit asseoir sur un siège semblable à

* Makrizi , 1. 1 , 2* part. p. 53.

' Id. t. I, 2* part. p. 42, 54-55; Haîtoii, Hist, orientalis, iive de TariarU, cap. xxxiu , p. 5o.

^ Saint -Martin et Brosset, Hist. du Bas- Empire, t. XVII, p. 478; Haïton, p. 5o;

Contin. de GwlL de Tyr, p. 467; M. Reinaud , Ckron. p. 5o3 , 535 ; Abouiféda , trad. t. V, p. 2 3.

* Haïton , De Tarlaris, cap. \xxJii , p. 5 1 .

* M. Reinaud, Cliron. ar. p. 5i4.

* Id. ibid.

12C8. celui du roi et près de lui. L'un des grands officiers chrétiens s'avançant pour recevoir Tiustrument du traité, que les messagers présentaient, ils refusèrent de le livrer et voulurent que le prince lui-même prit le papier de leurs mains.

«Le roi parlait avec humeur et sur différentes choses, • dit Tun des ambassadeurs dans le récit de sa mission , « mais je lui répondais sur le même « ton. Tout à coup il me regarda avec colère et me fit dire par. l'interprète « de regarder derrière moi; je tournai la tète et je vis sur la place toutes les « troupes du roi rangées en bataille; l'interprète eut même soin de m*en faire «remarquer le nombre et l'attitude martiale. Alors je baissai les yeux, et, « après qu'on m'eut promis de respecter mon caractère de député , je dis au « roi qu'il y avait, en effet, beaucoup de soldats chrétiens sur la place, mais « qu'il y en avait encore plus dans les prisons du Caire. A ces mots , le roi « changea de couleur; il fit un signe de croix et remit l'audience à un autre • jour'. »

Le repos fut de courte durée. Quelques mois après la conclusion du traité, Bibars se plaignit de retards que l'on mettait à lui rendre certains mameloucs enfuis à Saint-Jean d'Acre; il déclara la trêve rompue et fit recommencer les dégâts sur le territoire franc ^. La rivalité des princes qui aspiraient à la souveraineté de Jérusalem favorisait les desseins du sultan et le laissait, en réalité, maître de la pajx ou de la guerre en Syrie. A peu près à la même époque, un message amical de Charles d'Anjou vint lui reconmiander les chrétiens de Palestine, et un député de Conradin sollicita des secours pour, son maître, « l'ami des Sarrasins d'Afrique, » afin de l'aider à défendre la Sicile contre l'envahisseur de ses domaines^. 3ibars chercha par ses réponses à satisfaire les deux princes, sans prendre un engagement avec aucun. Il ralentit cependant les hostilités en Syrie, désireux de conserver de bonnes relations avec Charles d'Anjou, dont la puissance commençait à l'inquiéter.

N!«rif Les dangers de la situation n'empêchèrent pas les chevaliers d'Orient de

cl'Anlioclie i« • ii i i a t» ¥ïi

contPBio suivre, avec les formes ordinaires, 1 examen de la requête que Hugues lU

les druils du roi ••11

Hugues adressa, sur ces entrefaites, à la haute cour dAcre pour être investi de la

à la couronuo . 1 , . ,

de royauté*. Son admission a la régence, en 1264, avait déjà préjuge en sa

Jérusalem.

' Mohi-eddin. (M. Reinaud , p. 5 1 4.) * On n*a pas la date précise de cette nou-

' M.Reinaud.p. 5i5;MakriKi,t. Ls^part. velie discussion de la cour d*Acre. Mais le

p. 68. compte rendu original qui s*en trouve dans

^ M. Reinaud, p. 5 1 5, 5 16. les appendices des Assises (t. II. p. 4i5 et

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