‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 226 sur 283 · LIVRE 1, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAPITRE XVI

faveur la question de la successibilité définitive. Hugues de Brienne, écarté par la cour, avait quitté la Syrie; mais le débat semblait devoir recommencer aujourd'hui vis-à-vis d'un nouvel adversaire. Marie d'Antioche disait être rattachée plus directement que Hugues III, son neveu, à la tige des anciens rois de Jérusalem, attendu que sa mère, Mélissende de Lusignan, seconde femme de Boémond IV \ était fille d'Amaury de Lusignan et de la, reine de JéiTisalem, Isabelle I'^, et, par conséquent, tante dlsabelie II de Brienne, morte la dernière en possession de la couronne de Jérusalem. Marie d'Antioche était alors âgée de soixante ans ; elle n'agissait pas dans l'intérêt de sa postérité, car elle n'était pas mariée, comme l'indique le titre de damoiselle, qu'elle prenait dans ses actes ^. On sut plus tard que les Templiers, mal disposés pour le roi Hugues, avaient suscité la jalousie de la vieille princesse pour faire passer ses droits au roi de Sicile ^.

La haute cour ayant été convoquée à Saint Jean d'Acre, Hugues exposa brièvement devant elle l'objet de sa demande. Sans aller au-devant des contestations qu'il attendait de la part de sa tante, présente à la séance, il rappela à l'assemblée qu'il s'était hâté de venir en Syrie aussitôt qu'on l'en avait prié, pour deux motifs principaux, «d'abord, dit-il, pour subvenir, s'il est « possible, au périlleux état du pays, et ensuite, pour prendre possession du « royaume, qui lui était échu par la mort de son cousin, le roi Hugues. » Il offrit de prêter aussitôt le serment royal, conformément aux assises^. Après une courte délibération, l'un des chevaliers, le comte Jacques Vidal , prenant la parole au nom de la communauté, annonça que les honomes liges, «par

• suite de la claire requête du roi, étaient prêts à lui faire les hommages,

• les services et les redevances que l'on doit au seigneur du royaume. »

siiiv.), en reproduisant la réponse du roi Hugues à la requête de Marie d'Antioche, qu*on lira plus loin , établit ce point essentiel , qu*elle eut lieu avant la mort de Conradin , c*cstnà-dire avant le 29 octobre 1268. (Voy. Hist, de Chypre, t. II , p. 78.)

' Voy. ci-dessus, p, 337.

• Hist. de Chypre, t. II, p. 86, notes; cf. .Amadi, fol. 176; FI. Bustron, fol. 188. On a souvent confondu cette princesse avec Marie d*Antiochc, femme de Nicolas de Saint-Omer, seigneur de Passava , en Morée , laquelle était fiUe de Boémond VI d'Antioche. [Assises, t. II , p. d 1 6 , notes.) G^est par erreur que les auteurs de ÏArl de vérifier Us dates (ch. des

princes d'Antioche) ont dit que Marie d'Antioche , fille de Boémond IV, le prince borgne , épousa Frédéric, fils naturel de Tempereur Frédéric II. La femme du prince Frédéric se nommait Marguerite , et notre Marie 4'Antioche, la tante du roi Hugues Ifl, qui ne se niaria jamais, fut appelée, même après sa mort, damoiselle Marie. (Voy. Hist, de Chypre, t. II, p. 86, 88, i3o; Assises, t. II, p. 421.)

' Cf. Contin. de GuilL de Tyr, p. 475 ; Sanudo, p. 237; Jean d'Ypres, Ckron. Bertin, ap. Mart. Thés, anecd. t. IIl , col. 764*

* Assises de Jérusalem, t. II ; Doc. relat. à la saccess. ch. xiii, p. 4i5.

On allait procéder à la reconnaissance du roi.^quand un clerc se leva du milieu de Tassistance et lut, au nom de Marie d'Antioche, la protestation ou contre-requête suivante, écrite en forme de charte :

tPar devant vous, monseigneur Hugues de Lusignan, par la grâce de Dieu, roi de Chypre, moi, damoiselle Marie, je viens ici; et devant vous, seigneurs, devant les religTons^ et les hommes liges de la haute cour du royaume de Jérusalem, je fais à savoir ce qui suit : U est certain que la reine Isabelle (l*^), dame et héritière du royaume de Jérusalem, eut plusieurs filles. L'une fut la reine Marie (de Montferrat), fille du marquis, mère dlsabelle II (de Brienne), qui épousa l'empereur Frédéric. De cette Isabelle naquit le roi Conrad , père de Conradin. L'autre fille fut la reine Alix, mère du roi Henri de Chypre, qui fut père de Hugues, mort avant sa majorité. Une autre fille fut madame Mélissende, princesse d'Antioche, fille du roi Amaury de Lusignan, ma mère. Pour laquelle chose, je vous prie, conmiie plus proche héritière du royaume, et fille de la fille de la reine Isabelle, mère^ du roi Conrad, la dernière saisie du royaume de Jérusalem, ma mère ayant survécu à toutes ses sœurs, de me faire les hommages et les redevances comme à la dame et au plus direct héritier de Jérusalem qui soit, en ce moment, au royaume. Et je suis prête à faire tout ce que les seigneurs et les dames doivent faire à leurs vassaux '. >

Le roi Hugue*

mainlieut

M requête ,

«ans engager de débat.

Le roi demanda alors à sa tante si ce qu'on venait d'entendre avait été lu par ses ordres; et, sur la réponse affirmative de la princesse, il lui adressa ainsi la parole :

« Madame, nous vous répondrons, parce qu'il y a, dans ce que vous venez « de faire dire, certaines choses qui nous concernent directement; les honmies « répondront comme ils le jugeront convenable à ce qui les regarde. Sachez, « Madame, que nous voudrions que vous eussiez partout biens et honneurs, « car vous nous appartenez de bien près , conmie Ton sait. Nous voudrions « aussi que chacun vit combien Ton vous mal conseille. Nous ne voulons « point plaider, car vous êtes si peu en position de commencer régulièrement « un plait, que, si vous n'étiez personnellement présente ici, et si l'on n'eût « adressé votre requête à la cour, conmie elle vient d'être faite, la cour n'y

^ Les ordres religieux.

* Lisez aïeule ou grand'mère. Marie d'Aiilioche était, par Mélissende de Lusignan, petite-fille d'Isabelle P, reine de Jérusalem,

laquelle était, par Marie de MonlTerrat. grand'mère d'Isabelle II (de Brienne), mère de Conrad.

'^ Doc. ch. XIV ; Asiisfs, t. II. p. iii).

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