LIVRE I, CHAPITRE XVJ
• eut doané aucune attention , lors même que vous eussiez été le seul hé- ues. « ritîer. Ce que nous dirons n'est donc que pour éclaircir, devant cette as- -semblée, ce que nous vous dîmes à Tyr, en présence du grand majtre
• du Temple et du seigneur de Tyr. Sachez, Madame, que, d'après les «usages de ce royaume, celui qui veut réclamer un héritage doit le re-
• quérir du chef même du dernier possesseur. S'il en était autrement, il n'y «aurait ni saisine ni possession qui valût, et il arriverait souvent que les « collatéraux pourraient déshériter les descendants de la souche directe. Et
- puisqu'il faut que le droit procède du dernier saisi, nul ne peut dire que «je ne sois le plus immédiat héritier, car le fils de feu mon oncle, le roi «Henri, est mort dernièrement, possédant son droit aussi complètement « qu'un mineur peut en être saisi. Si vous voulez former votre requête de
- par le roi Conrad (Conradin) , nous vous dirons que le roi Conrad est ma- « jcur, qu'il ne peut donc s'agir de son bailliage /et que vous ne pouvez rien « autre requérir de son chef, car il n'a jamais été mis en possession de rien. « Si bien que, si le roi Conrad était ici présent dans le royaume, il faudrait «qu'il adressât sa rec[uête à la cour, non de par lui-même, mais de par le « droit qu'il tiendrait du dernier saisi. Mais, nous le répétons, nous ne disons « pas ces choses en forme de plaît; nous n'avons pas besoin de plaider ^. »
Les chevaliers, retirés un moment à l'écart, revenaient pour notifier ii«»i reconnu
roi
leur décision , quand ils apprirent que Marie d'Antioche quittait l'assemblée. d« j^Miem. Us députèrent trois d'entre eux pour lui demander si elle voulait entendre la réponse à son placet; mais la princesse se refusa à rien écouter et sortit. La cour fit alors savoir au roi Hugues qu'elle n'avait rien à changer à sa première déclaration, si, de son CQté, il persistait dans ses dispositions. Hugues répondit qu'il ne voyait rien qui dut les modifier, et maintint purement sa demande et ses ofires ^.
Le comte Vidal s'approcha alors du roi et lui présenta un écrit renfermant le texte du serment que les rois de Jérusalem prêtaient, à leur avènement, pour promettre de respecter les usages du pays, les assises rendues par leurs prédécesseurs et les concessions de fiefs qu'ils avaient faites^. Hugues, ayant juré d'observer fidèlement tout ce qui était contenu dans la charte , les hommes liges s'avancèrent et le saluèrent comme roi de Jérusalem, offrant de rendre
> Doc. relat, à la success. ch. xy; Assises, ^ Cf. Assises de Jérasalem, Livre de Jean
t. II , p. 4 1 7. d^Ibelio , ch. vu et cxciii , 1. 1 , p. 3o , 3 1 o ,
' Doc. ch. xvi\ Assises, t. II, p. A 18. et ci-dessus, p. 146-1^(7.
l'hommage en ses mains. Geoffroy de Sergines , sénéchal du royaume et commandant des hommes d'armes français, remplit le premier le devoir féodal, et inaugura ainsi la nouvelle royauté. Il fut suivi de Philippe de Montfort, seigneur de Tyr, et de Jean de Montfort, son fils, sire de Toron ^, qui était devenu, vers ce temps, beau-frère du roi ^. Le sire d'Arsur, Balian dlbelin, nouvellement créé connétable et baile de Jérusalem', fonction qu'avait autrefois occupée Geoffroy de Sergines , dut assister aussi à la séance royale. Après que les chevaliers eArent satisfait à Thonmiage, les ordres militaires, les religieux et les confréries de la ville prêtèrent successivement le serment de fidélité au prince *.
Couradin
»o Irottve évincé
de SOS droits
au
royaume
de Jérasalem.
29 octobre.
Mort de Conrad! n.
On a vu avec quel soin le roi Hugues, s'a^sociant évidemment, en ce point, à la pensée de la haute cour, avait évité, dans sa requête, de rien dire qui pût infirmer le droit des enfants de Frédéric et dlsabelle de Brienne. En se montrant toujours disposés à déférer la royauté de Jérusalem au fils et au petit-fils de la reine, mais en ne cessant d'exiger, avant de concéder l'investiture et l'hommage, que l'héritier vint personnellement dans le royaume, conmie les assises le prescrivaient absolument, les chevaliers de Syrie avaient peu à peu relâché les liens qui les rattachaient à la famille de Frédéric et reconquis un gouvernement national. Chaque règne avait avancé l'œuvre de l'émancipation politique. Sous Henri P^ la fermeté des Ibelin avait détruit de fait l'autorité du lieutenant impérial en Syrie , et réduit le droit de l'empereur, depuis la prise de Tyr, au titre de roi de Jérusalem. A la mort de la reine Alix, en 12^6, le gouvernement réel du pays était passé au roi de Chypre avec le titre de seigneur du royaume, La régence avait pris tous les caractères de la souveraineté , sous le règne de Hugues II. Dans la circonstance présente, c'était la royauté même de Jérusalem que Hugues III réclamait du chef de son cousin Hugues, et c'est la royauté effective, avec tous ses attributs, que les barons du royaume lui conférèrent d'un assentiment à peu près unanime.
Le Saint-Siège, qui jugeait les questions de légitimité d'une manière générale, en s'élevant au-dessus des convenances des temps et des pays, n'ap-
' Doc, reïat, à la suce, ch. XYii; Assises, t. II, p. 4 19-
* Hist. de Chypre ,i. II , p. 78 ; cf. p. 453 ; Lignages d'oaire-mer, ch. xv.
* Conlin, de GuiU. de Tyr, liv. XXXIV, cbap. XI. p. 457.
* Doc, relat. à la saccessihilité : Assises, t. II .