‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 228 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVI. ' k · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVI. ' k

prouva pas d*abord la décision de la cour de Saint-Jean d'Acre. Il ne re- i^os. cherchait pas quelles étaient les exigences particulières du droit féodal d'outre-mer, et, dans les débats touchant l'hérédité royale, sa règle était la loi ordinaire de la succession romaine. Nous l'avons vu , au milieu même de ses guerres contre la maison de Hohenstaufen , reconnaître toujours pour seuls rois de Jérusalem Frédéric II et ses enfants, fils et petits-fils des deux Isabelle. A la mort de Conrad, en i25A> Innocent IV avait expressément confirmé ce titre à Conradin , avec la principauté de Souabe ^.

Le clergé d'Orient, fidèle aux doctrines romaines, se trouva alors dans un grand embarras. Il parait que le patriarche et les prélats restèrent , comme le légat apostolique , tout à fait éloignés des délibérations de la haute cour et qu'ils n'adhérèrent à la royauté de Hugues III qu'après la mort de Conradin. On n'a rien de formel à cet égard. L'extinction de la famille de Frédéric, par la fin tragique de ce dernier prince , suivit de si près la proclamation du nouveau roi de Jérusalem, qu'il est difficile de savoir si certains événements ont précédé ou suivi la décision des chevaliers de Saint-Jean d'Acre.

Conradin, battu à Tagliacozzo le 23 août 1268, fut décapité à Naples le 29 octobre. Les scrupules de Clément IV, qui avait vainement interposé son influence pour sauver la tête du prisonnier, ne survécurent pas à sa mort. La dynastie de Frédéric II n'avait plus d'héritier légitime qui pût perpétuer ses droits au trône de Jérusalem. Charles d'Anjpu , sachant les dispositions du pape, n'osa élever de prétention personnelle à la royauté vacante. La couronne dlsabelle II revenait à ses collatéraux. d'outre*mer, et les principes de la succession civile se trouvaient d'accord avec les prescriptions des coutumes d'Orient pour la déférer, en vertu d'une double hérédité, à Hugues III, cousin d'Isabelle II, petit-fils d'Isabelle I^ de Jérusalem, et de Hugues P' de Chypre. Marie d'Antioche n'avait cessé, jusque-là, de solliciter le patriarche pour être couronnée de ses mains, mais Guillaume d'Agen avait résisté à toutes les obsessions. Après la mort de Conradin , sans s'arrêter aux demandes et aux appels successifs de la princesse, il déclara ne voir aucun obstacle au couronnement du roi de Chypre^, et la solennité fut fixée à l'année suivante.

Le 24 septembre 1 269 , Hugues III , venu à Tyr, la nouvelle ville du sacre, Couronncmcm

'' du

fut couronné par l'évêque de Saint-Georges de Lidda, délégué spécial du roïHoguo».

' Rinaidi , 1 sSd * S 47» t. XXI , p. Ô071 tine , 24 octobre 1372. Rinaidi , 1 272 , S 20 ,

^ Cf. la lettre de Grégoire X à rarchevêque t. XXII, p. 3oo; Reînhard, Hist, de Chypre, de Nazareth et aux autres prélats de Pales- t. I , pr. p. 61.

patriarche^ en Tabsence, sans doute, de Tarchevéque deTyr^, à qui Tusage réservait le privilège de donner Tinvestiture ecclésiastique au nouveau roi, quand le patriarche en était empêché.

Au milieu de la cérémonie, un clerc osa élevet tout à coup la voix, et s'écria que, par ordre de Marie d'Antioche, il s'opposait à Tintronisation du roi Hugues'. Il réussit à se perdre dans la foule, et on ne donna aucune attention à rincident. Mais un notaire était venu avec lui, et probablement acte de protestation fut dressé en secret comme mesure conservatrice des droits de la princesse. Le roi voulut se précautionner également vis-à-vis des récriminations de sa tante et des réclamations que pouvait élever Charles d'Anjou conune successeur de Conradin. Les usages de la haute cour n'admettant pas un procès-verbal régulier des délibérations, le roi s'adressa au clergé, et fit rédiger une charte où furent rapportées, sous l'attestation du légat du Saint-Siège, des prélats du pays et des grands maîtres militaires, les décisions des barons de Jérusalem, qui, après l'avoir appelé d'abord à la régence, lui avaient remis ensuite définitivement le pouvoir royal, que la bénédiction ecclésiastique venait de confirmer en ses mains. « Et tant pour- « chassa le roi Hugues vers le légat et vers tous les gens de la religion , dit « un ancien compilateur des lois d'outre-mer, qu'ils lui firent une lettre pa- « tente, portant leurs sceaux, de tous les précédents; et comment le royaume « lui était échu par l'usage, et comment il le requit aux honmies comme son «droit; conmient les hommes lui firent hommage, et comment nul n'était « plus direct héritier que lui , ni le comte de Brienne ni damoiselle Marie ^. »

oburvaiions Le souvcuir de ces événements s'altéra cependant en Chrient avec la pra- 1m ^v^ncroenu tiQue exacte des principes féodaux. Dès le siècle suivant, sous l'influence

^ Lettre de Grégoire X à rarcheyéque de Nazareth, du 94 octobre 1 372 , ap. Rinaldi , 1273, S 30, t. XXII, p. 3oo; Assises, t. II, p. 419; Coniin, de Gaill. de Tyr,^. 467 ; Sanudo , p. 323 ; Amadi , fol. 1 76 ; FI. Bustron , fol. 188.

* Gilles, archevêque de Tyr, était mort en 1 367, en France, où il était allé prêcher ia croisade, et Jean de Saint-Maiient, son successeur, n* était pas^encore institué. (Le Quien , Or, Christ, t. III ; BibL de l'Ecole des chartes, 4* série, t. IV. p. 387; Continuât, de Gnill, de Tyr, p. 463.) Geoffroy de Sereines,

mort le 1 1 avril précédent [Conùn. de GatU. de Tyr, p. 467), et remplacé seulement en 1273, comme sénéchal du royaume de Jérusalem , par Jean de Graîlly, ascendant du célèbre captai de Buch , manqua aussi à la solennité. [Conùn, de Guill, de Tyr, liv. XXXTV, chap. xyi,p. 463.)

' Amadi, fol. 176.

^ Assises, t. II , p. 4 19 > ch. xvii. Les chapitres III à XVII des Documents relatifs à la régence et à la successihiiité royale dans le royaume de Jérasalem semblent formés d'extraits textuels de cette charte.

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