‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 229 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVI

croissante des idées monarchiques, on affectait de répéter^ que le roi i2C9. Hugues ni, chef de la seconde dynastie de Chypre, avait reçu ses droits au royaume de Jérusalem par la mort du dernier enfant de Frédéric II. Il est historiquement prouvé à nos lecteurs, que, du vivant même de Conradin, alors majeur, mais absent, la haute cour d'Acre, dans la légitimité de ses attributions, mais faisant une application rigoureuse des assises, avait accepté, proclamé et institué, aussi complètement qu'elle le pouvait, Tancien régent, pour roi définitif. Le droit d'Hugues m procédait donc de sa reconnaissance par les grands vassaux conmie héritier le plus proche de la dernière reine de Jérusalem, et non de Théritage de Conradin. La cérémonie religieuse du couronnement seule fut postérieure à l'extinction des princes de Souabe, et, si cette cérémonie, réduite à n'être qu'une formalité, quand le sacre ne l'accompagnait pas, était le complément nécessaire de la prise de possession royale , elle n'était cependant que la conséquence de l'hommage des grands vassaux, première et véritable intronisation du roi, dans les Etats aristocratiques.

Durant les pacifiques débats de la succession d'outre -mer, quelcpies Faits miiitaim. croisés avaient devancé les armements du roi de France, et gagné déjà la Palestine. On fit avec eux quelques marches vers les terres du Jourdain , on dressa des embuscades dans l'espoir de surprendre le Saphed , ou quelques* unes des positions moins fortes de Bibars. On trouva partout un ennemi supérieur et l'on fut presque toujours, ramené avec perte sur la côte. Dans l'une de ces expéditions, qui semblent avoir été accordées à l'impatience des nouveaux venus, expédition entreprise au mois de décembre 1269^, et à laquelle assistaient deux fils du roi d'Aragon , Jacques P', les chrétiens perdirent Robert de Cresecques, chevalier inscrit parmi les sénéchaux du royaume de Chypre', et un frère d'Olivier de Termes*, de la famille du haut Languedoc, qui montra, au milieu du découragement si général alors en Europe, une confiance et un esprit de sacrifice admirables pour le service de la Terre sainte.

Le rétablissement de la royauté effective , dans les mains d'un prince obéi et respecté*, permettait d'espérer, pour un temps opportun, des opérations

* Le roi Hugues IV le disait lui-même , en - Quatremère, t. I, 2* part. p. 77, 78; Contin.

1 3 3 4 > à Nicosie. (Assises , t. Il , p. 4 2 1 » et voy . de GnilL de Tyr, p. 4 5 8 ; M. Beinaud , p. 5 1 7 . f/ûr. J«C/ijpre, t. II, p. 73,notes.) * Coniin, de Gaill. de Tyr, p. 458; Cf.

' Assises, 1. 1*', p. 409. p. 449 1 463 , 466.

^ Cf. Sanudo, p. 323; Makriii, trad. de ^ Assises, t. II, p. 419.

plus heureuses. La croisade pouvait compter sur une coopération efficace des Orientaux, à la condition qu'elle fut elle-même en état de conunencer la guerre. Le roi Hugues, secondé alors en Syrie par les seigneurs et par les ordres militaires, avait en Chypre un corps de chevalerie d'élite. Les républiques de Gènes et de Venise, sur les instances du Saint-Siège et du roi de France, avaient enfin donné la paix à leurs colonies ^ Bibars disposait, il est vrai, de forces considérables. Ses côtes d'Egypte étaient armées et en état de résister à l'invasion ^. Mais les Mongols promettaient de repasser l'Euphrate. Abaga-Khan avait adressé des messages réitérés aux princes d'Europe; il offrait de réunir ses troupes aux leurs et donnait rendez-vous à tous les Francs en Arménie, pour commencer ensemble la conquête des Etats du sultan'.

1270. La crainte de compromettre leur commerce avec l'Egypte n'avait pas

Doianonvdi« permis aux Vénitiens de louer à saint Louis les vaisseaux nécessaires au

croitatio

d" passage de ses troupes en Syrie; mais les Génois avaient assuré ses moyens

de transport^. Si, dans ces circonstances, le roi eût repris les projets pré- - matures de 1248, et débarqué en Chypre ou en Arménie, en s'unissant aux Mongols, il est permis de croire que de grands événements, et peut-être la conquête de la Palestine, promise par Abaga, eussent marqué cette guerre. Malheureusement, les déceptions que saint Louis, préoccupé surtout de la conversion des Mongols, avait éprouvées dans son premier voyage, lui avaient inspiré de la défiance et de l'aversion pour ces peuples. Il comptait moins sur leurs propositions, au moment où elles étaient plus sérieuses et plus praticables. Sans les rejeter absolument pour l'avenir, il ajourna l'alliance qui s'offrait, et s'arrêta à un incident qui devint fatal, quand il eût fallu porter de suite toutes les forces chrétiennes en Orient.

L'expédition de Tunis était, dans la pensée du saint roi, le prélude de la campagne d'Egypte ou de Syrie, on peut douter cependant, quoi qu'en dise un contemporain, éloigné de ces pays^, que le roi de France se fût déterminé spontanément à conmiencer sa croisade en débarquant en Afrique. Les relations politiques ou militaires çntre les royaumes de Tunis et d'Egypte

* Ganale, Cron, des Véniciens, p. 678, 628, 63o. Le traité conclu pour cinq ans, en I a 70, fut ensuite prorogé. (Canale, p. 686 ; Rinaidi, i368,S 63. 1270.)

' Makrizi » 1. 1 , 2* part. p. 83.

^ M. Reinaud, Ckron, arabes, ]p, 617.

• Voy. lettre de Clément IV, du 17 sep-

tembre 1 368 , ap. N^rtène , Thés, anecd, t. II col. 628; Rinaldi, ann. 1268, i269;M. Jal. Pacta nauloram, dans les Mélang, des Doc. histor. t. I , p. 5 1 6 , in - 4**. Gollect. de doc. inéd. concernant THist. de France.

^ Matthieu Paris, éd. Watts, p. 677 ; Sanndo le répète , p. 2 23.

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