‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 231 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVJ · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVJ

Depuis ce temps les Occidentaux se résignèrent à rinactiou. Les Templiers et les Hospitaliers avaient traité de nouveau avec le sultan. Le roi d'Arménie cherchait à réparer ses pertes. Les seigneurs de Tyr et de Tripoli avaient élé obligés de licencier leurs vassaux. La propre armée du roi Hugues était menacée de dissolution , les barons chypriotes témoignant depuis quelque temps rintention de quitter la Pfilestine et de se retirer dans Tile.

Les chevaliers de Chypre voulaient regagner leurs foyers, depuis qu'ils Dii.»cutiment ne voyaient plus une issue honorable et avantageuse à la guerre. Le roi leroidechyp. Hugues s'opposait à leur départ, et prétendait les retenir en Syrie autant qu'il •« »»j«'t le jugerait convenable. Les liges lui déniaient formellement ce droit. Us sou- >eivicaniiiitairo tenaient que le service militaire sur le continent était, de leur part, un acte entièrement volontaire et de pur dévouement religieux. Personne , sous aucun prétexte, ne pouvait les y assujettir. La question était ainsi posée et agitée depuis longtemps entre le roi et ses hommes. Elle ne concernait pas seulement la guerre en Syrie contre les infidèles. 11 s'agissait de savoir, d'une manière générale, si le devoir féodal du au roi par les liges, c'est-à-dire par les vassaux et les arrière-vassaux de la couronne, comprenait le service de mer. La coutume de Terre sainte ne précisait rien à cet égard. Dans les discussions des cours, on n'avait jamais bien déterminé si le suzerain était en droit d'imposer aux liges, indépendaimncnt du service militaire qu'ils lui devaient dans le royaume pour leurs fiefs , un service quelconque au dehors des limites du royaume. On résolut, d'un commun accord, de porter le débat devant le prince Edouard, quand l'armée fut rentrée à Saint- Jean (PAcre ^

Les motifs les plus élevés provoquaient, d'ailleurs, les résistances des che \aliers chypriotes. Ce n'était chez eux ni lâche désir de repos, ni aifaiblissoment de la foi religieuse. Ils ne. cherchaient pas à se prévaloir de l'assise de Belbeis, qui, sous Amaury P^ avait autorisé les chevaliers de Syrie à

* Doc. sur le service miUlaire, dans les appendices aux Assises, t. II, p. d 27. Le chanoine de Gisburn, Gautier d'Hemingford , chroniqueur anglais contemporain , entendit parler de la discussion du roi et des barons (le Chypre; mais Tcspril national en a.^chez lui, dénaturé tout à fait le caractère. A Ton croire, les chevaliers do Cliyprc, après avoir rcfnsé d*accompagnrr le roi Hugues III de

Lusignan en Terre sainte , se seraient rendus de suite à Tappel d^Édouard , en assurant le prince qu*ils seraient toujours disposés à lui obéir et à exécuter les ordres des rois d'Angleterre , dont les ancêtres avaient régné sutleur lie. (C/iron. ap. Gale, t. II, p. 591. Kuyghton a répété la fable patriotique de Gautier d*IIeiliingford. Ap. Twisdcn cl Seldon, t. II, col. 2457.)

cin roi.

1271. refuser le service militaire pour une guerre d agression étendue au delà d*uDe journée de cheval loin des frontières ^ U y allait de leur honneur de ne pas porter les armes hors du royaume, même en Palestine, quand on voulait considérer la guerre sainte comme une conséquence obligée du service féodal , et quand on déclarait pouvoir les appeler à la croisade par une réquisition forcée telle qu était la senionce ordinaire du devoir militaire. Au lieu d*invoquer un prétendu droit, si on faisait appel avec confiance à leur dévouement, on les trouverait prêts à sacrifier leurs personnes et leurs biens, partout et sans condition , toutes les fois que le service de Dieu ou Thonneur du suzerain l'exigerait. Ces sentiments furent exposés avec une noble et chaleureuse éloquence, au nom de la communauté des liges, par un des principaux seigneurs du royaume de Chypre, Jacques d'ibelin, que l'on croit être Tun des petit»-fils du roi Hugues. III lui-même, et qui, plus tard, dicta, du lit de souffrance où il finit ses jours, un abrégé clair et substantiel des assises de Jérusalem, à Fusage du royaume de Chypre^.

l'iéicniioD» Le roi Hugues prit le premier la parole dans la réunion convoquée chez le prince Edouard. Il déclara expressément que tous les honmies liges du royaume de Chypre lui devaient le service militaire , tant à Tintérieur qu'au dehors des frontières du royaume, sans distinction; et cela en vertu de l'acte même de la concession de leurs fiefs, dans lequel il n'existait ni condition ni limite. « Le privilège royal , dit le roi , porte ces mots : Je te donne telle « chose en fief pour le service de ton corps, ou pour le service de tant de «chevaliers et sous l'honmiage lige, sans ajouter rien de plus. » La nature et la durée du service est donc laissée à l'appréciation du seigneur, et le roi affirmait que tel avait été, en effet, l'usage des fiefs en Syrie, ^depuis le règne de Godcfroy de Bouillon. Il ajoutait que, depuis ce temps, les feudataires de Jérusalem avaient toujours servi le suzerain en dehors des terres formant le domaine ou royaume proprement dit ', tant dans le comté d'Edesse et la principauté d'Antioche que dans le pays des païens ou àConstantinopIe, soit par terre, soit par mer, en guerre ou en ambassade. Les mêmes usages, con-

' Voy. Assîtes, t. I , p. 455, ch. x\xi. tain que ce Jacques dMbelin soit le chevalier

* Assises, t. 1 , p. 453 , notes. Tout parait du même nom , petit-fiis du roi Hugues III ,

indiquer que Jacques d'Ibelin , l*auteur d'un fils de Balian dlbclin , seigneur de Ttbë-

livre des assises, inséré dans le recueil des riade, et d'Alix de Lusignan. lois d'outrc-nier (t. I),cst le même qui dé- ^ Ce territoire, le ret^num, s'étendait, dans

fendit le droit des liges dans la question du i origine, depuis Beyrouth jusqu'à Gaza indu-

service mililnire; mais il n'est pas bien rcr- si\cmcnt.

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