LIVRE I, CHAPITRE XVI
tiouait le roi, avaient été suivis en Chypre depuis que l'ile appartenait aux i^^i. Latins, et il énumérait toutes les circonstanœs dans lesquelles ses prédécesseurs, comme son bisaïeul, Amaury II, son aïeul, Hugues P% et son oncle, Henri I*', ou même les simples régents, usant du droit royal, conmie Gautier de Montbéliard, avaient employé, à leur volonté, hors de Tile, tous les hommes liges du royaume en guerre ou en mission, soit à Satalie, soit à Rhodes, en Arménie ou à Damiette, et enfin en Palestine, si souvent et si fréquemment, qu'il n'y avait pas un homme, dans les pays d'outre-mer, qui pût prétendre l'ignorer ^
La réponse de Jacques d'Ibeiin est un modèle de convenance et de fermeté. Il faudrait citer en entier cette belle harangue, que nous abrégeons à regret en la traduisant cependant littéralement :
«Seigneurs, dit le défenseur des hommes liges, nous avons entendu ce oroiu «ii^gncs que monseigneur le roi a dit devant vous; nous avons suivi ses longues letkomaies explications sUr les précédents; nous y répondrons aussi briève^lent qu'il nous sera possible. Toute la force du discours de monseigneur le roi porte sur deux points : l'un est la teneur du privilège de concession des fiefs , l'autre est l'usage suivi jusqu'à présent dans le service des fiefs. Nous toucherons ces deux points.
« Et quant au premier, sauf son honneur et sa grâce, nous sonunes bien loin de l'entendre conmie monseigneur le roi , qui dit que notre service doit être sans limite et sans condition, parce qu'il n'y a, dans la formule de notre investiture ni réserve ni manière. Mais, s'il en était ainsi, ce serait certes trop lai^ment l'entendre, et il y a nécessairement une limite et une condition déterminée dans le service. La limite, c'est la frontière même du royaume , rien de plus et rien de moins. La condition , c'est la manière dont on doit faire le service. Or nous devons le service de chevaliers, et celui qui exigerait de nous le service de mer dénaturerait déjà beaucoup le service de chevalerie. Nous ne croyons pas que nul homme lige ait jamais été soumis à telle obligation. Mais, séparément et volontairement, chacun de nous a pu et peut contracter cette obligation. Et certes, les occasions et les motifs ne manquent pas pour nous y engager. C'est avant tout le désir de servir Dieu et de mériter la rémission de nos péchés; c'est ensuite l'amour de l'honneur et de la gloire, ou bien le dévouement pour notre suzerain
* Assises, t. II, p. d 2 8-4 a 9.
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HISÏÔIHE DE l1lE DE CHYPRE.
OU pour un ami; enfin, les bons gages qu'on peut offrir aux chevaliers. Voilà comment et pour quels motifs nous faisons le service ( hors du royaume ) . Et conmient le devrions-nous , sans limite et tout à la discrétion du roi , quand les serfs des domaines royaux eux-mêmes ne le doivent pas ainsi? car le roi ne peut exiger d'eux que deux jours de travail par semaine, s'il ne veut leur faire tort.
«Quant à ce qui a été dit des usages de Chypre et de Syrie, nous n\' voyons rien qui puisse tourner à notre préjudice. On sait, conmie monseigneur Ta rappelé , que ces royaumes ont été fondés par des Latins qui étaient particulièrement de la couronne de France et de plusieurs autres pays d'outre les monts. Or regardez s'il y a nulle province d'au delà la mer dans laquelle les hommes doivent le service tel qu'il nous est requis. Nous croyons certainement que non. Si monseigneur le roi dit que nous le devons à son plaisir, parce que nous l'avons offert et pratiqué ainsi jusqu'à présent; cela ne serait poipt juste, car notre dévouement et notre bonne volonté pour la cause de Dieu et pour nos seigneurs terriens nous tourneraient à dommage. Mais, s'il en était ainsi, la même raison assujettirait les barons et les bacheliers des royaumes de France et d'Angleterre, et d'Allemagne, et de Hongrie, et de tant d'autres terres, qui souvent sont venus , par deçà la mer, avec et sans leurs seigneurs, pour la cause de Dieu. Sans doute, il est bien vrai que les geâs de Chypre sont plus particulièrement allés et venus dans tous les pays deçà la mer, avec ou sans leurs seigneurs, et à toutes les croisades et en toutes autres occasions , quand leur aide a pu être utile et pour défendre l'Hôpital ou le Temple, et souvent avec le vieux sire de Beyrouth, ou avec le seigneur de Beyrouth, son fils (Balian III), et avec le jeune sire de Beyrouth, qui est mort il n'y a pas longtemps (Jean II), et aussi avec le comte de Jaffa (Jean d'Ibelin). Les gens de Chypre ont été, de cette manière, toujours errants hors de leur pays; mais c'est par dévouement, et, s'il « plait à Dieu, ni leur bonne volonté ni leur valeur ne seront invoquées • pour les asservir. »
Jacques d'Ibelin, reprenant ensuite une à une les allégations du roi, s'efforça d'établir que, dans toutes les occasions où les chevaliers chypriotes étaient allés hors du royaume au nom du roi , en expédition militaire ou en ambassade, soit quand l'empereur Frédéric vint en Orient, soit pendant la croisade du roi de Navarre , soit pendant celle du roi de France , le service , de leur part, avait été entièrement volontaire, et non pas fait sur réquisition. • Beau- « coup d'entré nous se rappellent que, lorsqu'il s'agit d'aller à Damiette (eu