‹ L'île de Chypre: sa situation présente et ses souvenirs du moyen-âge (volume 2)Chapitre 236 sur 283 · LIVRE I, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XVII

sonne, hors de Tile, à la seule condition cpie le roi ou son fils fussent présents dans Farmée^ Il eût été superflu de rien statuer touchant les missions ou ambassades, un semblable service, même pour les suivants de Tenvoyé, ne pouvant être rempli que de l'entier assentiment de ceux qui en étaient honorés.

Grégoire X fut satisfait d'apprendre la fin de cette contestation ,' dont son expérience savait la gravité. Il s'empressa d'adresser ses félicitations au roi Hugues^. En même temps, il lui recommandait de redoubler d'activité et de sollicitude en Palestine ; il le conjurait de vivre en bonne harmonie avec le patriarche de Jérusalem, nouvellement désigné, Thomas de Lentino', précédemment évêque de Bethléem, alors archevêque de Cosenza, et d'unir ses efforts aux siens, dès que le prélat serait de retour en Syrie, pour maintenir les chrétiens du pays dans la paix et l'union, jusqu'au concile général convoqué à Lyon, qui devait s'occuper de la Terre sainte^.

Le pape se plaignit vivement au patriarche de ce qu'il avait détourne de sa véritable destination une partie des sonmies reçues dans les églises et réservées aux besoins de la Terre sainte^. Quel que fût le résultat du concile, la prudence commandait de pourvoir avant tout à la sécurité immé< diate de Saint-Jean d'Acre. Pour réparer le tort involontaire qu'avaient pu lui causer les dispositions du patriarche, Grégoire X, quand le prélat partit pour l'Orient, envoya avec lui, aux frais du trésor apostolique, cinq cents honmies de pied et de cavalerie*.

Thomas de Lentino était investi, par son titre même, des pouvoirs de légat du Saint-Siège dans le royaume de Jérusalem. Il jouissait, de plus, de l'évêché d'Acre, qu'Urbain IV avait réuni au patriarcat, en compensation des terres enlevées à sa manse par les conquêtes arabes. Le pape étendit son autorité sur tous les pays chrétiens de la mer de Syrie, nonomément en Arménie, en Chypre et sur la principauté d'Antioche, ou de Tripoli, dont on voit ici marîjuée de nouveau l'indépendance politique ''.

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* Contin, de GuilL de Tyr, p. 463 ; Sanado,

fol. 2 25.

' Rinaldi, 1375, S 36, t. XXII, p. 337; Reinhard, 1. 1, pr. p. 62.

^ Thomas Agni , de Lentino ou Léontino , en Sicile, était dominicain. On a de lui, comme évoque de Bethléem , une lettre sur rinvasion des Mongols, en i258. (Ap. L.

Hugo, iSocr. ont, monum, t. I, p. 534 , dans la chronique de Tabbé Mencon.)

^ Rinaldi , loc. cit.

* Idenis 1272, S 17.

^ Contin, de GailL de Tyr, p. 462 ; Sanudo,

^ Rinaldi, 127a, S 17, t. XXII, p. 298; Contin. de GuHl. de Tyr, p. 46a.

De tous les princes d'Europe , le roi de France secondait le plus habituellement les mesures de Grégoire X, en faveur de la Terre sainte. Philippe IJI avait gardé à sa charge la solde et le renouvellement des hommes d'armes laissés par son père à Saint-Jean d'Acre ^ Retenu en Europe par les nécessités de son gouvernement, sans pouvoir réellement penser à la croisade dont il avait cependant pris les insignes^, il ne négligeait aucune occasion d'envoyer quelques subsides en Syrie ou de renforcer les compagnies de secours qui s'y trouvaient, tantôt en se concertant avec le Saint-Siège, tantôt directement et de ses seuls deniers*. Olivier de Termes, un des derniers seigneurs du Languedoc soumis au roi de France, mourut à Ptolémaïs, en 127^1 après avoir conmiandé ainsi à divers intervalles, depuis la croisade de 12/1 9, un certain nombre de chevaliers enrôlés au compte de saint Louis et de Philippe le Hardi. Lui-même avait vendu ses domaines paternels, afin de pouvoir librement consacrer sa fortune et sa vie au service de la ^Ferre sainte^. Son exemple fut surtout remarqué alors, parce qu'il eut malheureusement trop peu d'imitateurs.

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11 eût fallu cependant des dévouements aussi nombreux qu'au temps de Pierre l'Hermite pour éloigner les périls qui se multipliaient au dehors du royaume et pour arrêter les progrès de sa propre désorganisation. Un esprit de défiance et de jalousie succédait à l'adhésion générale qui avait accueilli et soutenu les premières années du règne de Hugues III. L'incertitude de la position du roi Hugues vis-à-vis du sultan , la compétition notoire de Charles d'Anjou réveillait dans la population européenne un aveugle désir de résistance et de contradiction. La crainte et l'hésitation troublaient les conseils des chevaliers. Trop souvent préoccupés de dangers personnels, les barons semblaient se considérer comme dégagés des liens de la solidaiîté féodale. Chacun agissait ou négociait suivant ses intérêts, ne pensant qu'à son propre salut. Un fait étrange donnera une idée du désordre moral qui r^^ait alors dans le royaume de Jérusalem.

Un seigneur anglais, nommé en Orient Edmond l'Ëtranger, qu'Isabelle

* Cf. Condn, de Guill. de Tyr, p. 467, 478; Uist. de Chypre, t. II, p. 67 1 .

* Rinaldi, 13741 S 34.

^ Conûn, de Guill. de Tyr, p. 463, 464 • 467; Saniido, p. 230, 236.

^ Contin, de Gaili de Tyr, p. 449» 466; Sanudo, p. 336. Dom Vaissète n'a rien né-

gligé de ce qui était connu de la vie d*Oiivicr, seigneur de Termes, dans le haut Languedoc. (Liv. XXVI, ch. xxxyii.) Avec Sanudo. D. Vaissète marque, par erreur, croyonsnous , en 1 276 , la mort d*01ivier, que le continuateur de Guillaume de Tyr, source plus autorisée que Sanudo, fixe au 12 août 1374.

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